Édition du 16 avril 2019

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Canada

La crise du NPD et le leadership de Jagmeet Singh

L’affaissement dans les sondages et l’appauvrissement des fonds du parti semblent avoir entrainé le Nouveau Parti Démocratique fédéral dans une situation de mini crise à quelques mois seulement de la campagne électorale fédérale.

Les rumeurs sur l’état de la situation au NPD se sont multipliées à l’intérieur du parti face aux critiques du leader Jagmeet Singh, qui cherche à obtenir un siège à la Chambre des communes lors d’une élection partielle en Colombie-Britannique dans la circonscription de Burnaby-Sud le 25 février.

Il serait injustifié de porter le blâme sur le dirigeant du NPD Jagmeet Singh

Singh, qui a été élu chef du parti en 2017, est le premier dirigeant racisé d’un grand parti politique au Canada. L’ancien législateur néo-démocrate ontarien a largement remporté la campagne à la direction du parti au premier tour du scrutin. Il ne fait aucun doute que sa candidature a suscité un regain d’intérêt pour le NPD, en particulier chez les jeunes Canadiens racisés. Mais la promesse de Singh de revigorer le parti avec de nouveaux membres était démesurée. Malgré l’adhésion de milliers de nouveaux membres, les effectifs sont demeurés en dessous du niveau de 2012.

Alors que Singh affirmait que sa campagne avait permis de recruter 45 000 nouveaux membres, les effectifs du NPD passaient de 128 000 en 2012 à 123 000 en 2017. La perte de membres s’est faite dans toutes les provinces sauf deux, Terre-Neuve et Labrador ainsi que l’Ontario. Singh a gagné l’investiture avec 35 000 votes sur un total de 65 000. Ce n’était pas tellement plus élevé que les 33 000 votes qui avaient permis à Thomas Mulcair de gagner la course au leadership en 2012 ; 65 000 personnes avaient alors participé au vote.

L’affaissement des effectifs du NPD avait débuté avant Singh

Le parti a commencé à perdre des membres après 2012, et plus particulièrement après l’élection de 2015. La diminution du nombre de membres du parti a débuté longtemps avant Singh, et les nouveaux membres qu’il a été chercher a à peine arrêté l’hémorragie.

Parti rapidement gagnant dans les sondages lors de l’élection de 2015 le NPD a perdu son avance, en partie à cause de son engagement à présenter un budget équilibré et son refus à s’en prendre aux riches, donnant l’opportunité aux libéraux d’apparaître comme le parti qui taxerait les riches et créerait des déficits dans les dépenses. Après que Mulcair eut été rejeté suite au mécontentement de son membership, la direction du Syndicat des Métallos a présenté une résolution lors du congrès afin de reporter la course à la direction du parti jusqu’en 2017. La résolution a été adoptée, avec des conséquences désastreuses. Le parti s’est mis à battre de l’aile, perdant membres et financement.

Voilà le contexte dans lequel Singh a fait son arrivée. Il n’était pas ce genre de radical enflammé. Sa vision politique reflétait en gros le courant de pensée dominant au NPD. Il était reconnu pour être un farouche opposant aux contrôles policiers de routine et pour sa défense des enjeux concernant la justice raciale. Il a aussi été un des premiers à appuyer la campagne pour le salaire minimum à $15, allant au-delà des positions mitoyennes du NPD Ontario concernant certaines demandes du mouvement pour le salaire minimum à 15$.

Sur la plupart des enjeux Singh était résolument axé au centre, s’appuyant sur les réseaux NPD existants pour ébaucher ses politiques et stratégies. Il a recruté la plus grande partie de son équipe politique au sein de l’institut Broadbent, un organisme de réflexion pro NPD. Singh était le chef adjoint de l’aile parlementaire NPD en Ontario lorsqu’ils se sont présentés sur une plateforme pro-austérité en 2014.

Il a esquivé la question des oléoducs. Durant la campagne à la direction Singh a finalement pris position contre l’oléoduc, mais il est ensuite devenu évasif en ouvrant la possibilité d’un appui conditionnel plus tard. C’est seulement après que les Libéraux eurent annoncés en Mai qu’ils allaient acheter l’oléoduc Trans Mountain qu’il s’y est opposé vigoureusement. Singh a exprimé son soutien pour l’oléoduc LNG en C .B. malgré l’opposition des Wet’suwet’en Hereditary Chiefs. Sa position sur les oléoducs reflète la longue histoire du NPD d’une approche au mieux sélective du respect de la souveraineté des peuples autochtones.

La vague orange était une anomalie

L’incapacité du NPD à se doter d’une orientation consistante n’est pas nouvelle. C’est la raison pour laquelle les libéraux grugent le terrain du NPD au moment des élections. Les Libéraux fédéraux ont introduit des changements radicaux aux législations fédérales du travail l’automne dernier – un salaire minimum à $15, salaire égal pour travail égal, et six jours de congés de maladie payés – pour les secteurs sous juridiction fédérale. Où était le NPD ? Pourquoi n’ont-ils pas pris les devants et défendu ces idées bien avant les libéraux ? Oui, le NPD a appuyé le salaire minimum à $15 pour le secteur fédéral en 2015, mais ils ont rapidement arrêté d’en parler durant les élections après que les libéraux l’eurent critiqué.

Les stratèges du NPD semblent avoir du mal à comprendre la différence entre une politique officielle et être le porte-voix d’un enjeu. Quel est l’intérêt d’avoir une solution technique s’il n’y a pas de volonté politique ou de soutien pour opérer un changement ? Pourquoi ne sont-ils pas à la tête de la lutte pour les droits des personnes immigrantes, pour la gratuité scolaire, pour les soins dentaires, l’imposition des riches, et une nouvelle perspective environnementale. Bref, où sont leurs grandes idées ? Ce problème dépasse de beaucoup la personnalité de Singh.

Le profond désaccord survenu entre les gouvernements NPD de la Colombie Britannique et de l’Alberta concernant le réseau pétrolier Trans Mountain n’a pas aisé le NPD.

Ne détenant pas de siège et face à une cote de popularité anémique, il y avait même des rumeurs d’un coup possible du caucus contre Singh s’il devait perdre l’élection partielle dans Burnaby South.

Depuis que la candidate libérale Karen Wang a démissionné après avoir tenu des propos racistes, la probabilité que cela se produise est maintenant pratiquement nulle.

La probabilité que le NPD subisse des défaites majeures aux élections de 2019 semble élevée. Les dons sont en baisse, et les perspectives politiques mises de l’avant jusqu’ici par le parti sont pour le moins vagues. Et qui finira par assumer le blâme ? Pour plusieurs, cela reviendra à Singh. Il ne fait aucun doute que son équipe et lui portent une certaine part de responsabilité concernant les problèmes actuels du NPD.

Mais il serait injustifié de laisser porter tout le blâme sur Singh. Il existe un réel danger qu’un blâme uniquement porté envers Singh puisse ouvrir la porte à des conclusions racistes par rapport au premier chef racisé d’un grand parti au Canada. Dès le départ, pendant la course à la direction il y avait eu des récriminations au sein du NPD concernant les nouveaux visages et les adhésions volatiles dans le parti.

La vague orange de 2011, lorsque le NPD avait gagné suffisamment de sièges pour former l’opposition officielle pour la première fois de son histoire, était une anomalie, partiellement causée par l’effondrement de l’appui au Bloc Québécois et aux libéraux au Québec. La politique canadienne et la politique mondiale sont encore plus polarisées qu’en 2011. Le NPD n’a pas d’espoir de répéter ces résultats en poursuivant une politique de centrisme et de modération.

Si le NPD veut gagner, il doit s’organiser autour d’une vision audacieuse à gauche qui vise à façonner les termes du débat politique dans ce pays. L’échec d’y arriver ne devrait pas être porté seulement sur les épaules de Singh, mais à l’ensemble de l’appareil du parti qui depuis des années s’est obstinément engagé dans des politiques qui ont échoué.

Tiré de : National observer, The NDP crisis and Singh’s leadership
By David Bush in Opinion, Politics | January 22nd 2019
https://www.nationalobserver.com/2019/01/22/opinion/ndp-crisis-and-singhs-leadership

Traduction André Frappier

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