Édition du 15 septembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Pauvreté

10 ans après l’adoption d’une loi de lutte à la pauvreté, la situation a empiré

Malgré l’adoption, en 2002, d’une Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale, L’R des centres de femmes du Québec constate plutôt l’augmentation des inégalités et de la pauvreté des femmes et de leurs familles dans les 17 régions du Québec, depuis 10 ans. Alors qu’en 2001, les femmes touchaient en moyenne 70% du salaire des hommes, l’écart a continué de se creuser puisqu’en 2009, elles avaient plutôt des revenus moyens équivalent à 66,7% de ceux des hommes. Les familles, quant à elles, ont vu leur pouvoir d’achat considérablement diminuer, puisque les prix de plusieurs produits essentiels comme les aliments augmentent plus rapidement que l’inflation et beaucoup plus rapidement que les salaires.

Un manque de volonté politique de s’attaquer aux causes de la pauvreté

Depuis 10 ans, nous n’avons senti ni écoute ni volonté politique de la part des gouvernements de s’attaquer aux causes sociales et structurelles de la pauvreté. Ils ne se sont en effet jamais engagés dans un réel plan d’action. Ils ont plutôt adopté une vision presqu’exclusivement économique, en privilégiant la création d’emplois plutôt que la bonification des services publics et des programmes sociaux, qui sont pourtant un filet social véritablement au service du recul de la pauvreté. Non seulement le lien entre les faveurs faites aux entreprises et la création d’emploi n’a jamais été démontré, mais pour que les femmes accèdent au marché du travail et y restent, encore faut-il des programmes sociaux, comme les prestations d’aide et de soutien du revenu, les services de garde, des logements à coût modique, l’accessibilité de l’éducation et des services de santé et le transport public.

Les recettes néolibérales appliquées par nos gouvernements depuis 10 ans réduisent de plus en plus ces services publics et programmes sociaux. Les gouvernements choisissent d’augmenter les taxes régressives - qui affectent davantage les pauvres puisqu’elles sont du même montant pour touTEs, sans tenir compte de la capacité de payer - plutôt que d’augmenter la progressivité des impôts. Ceux-ci représentent pourtant une mesure fiscale très efficace de redistribution de la richesse. De plus, sous prétexte de soutenir la croissance, nos gouvernements diminuent le taux d’imposition des compagnies. Et ils ne font rien pour mettre fin à l’évitement et l’évasion fiscale, alors que la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics estime que le gouvernement pourrait ainsi récupérer 800 millions.

Impacts spécifiques pour les femmes

Les rôles sociaux différents attribués aux femmes et aux hommes ont un impact important sur les revenus des femmes (significativement moins élevés que ceux des hommes) et sur leur place sur le marché du travail (les femmes occupent 70% des emplois à temps partiel). La discrimination en emploi se manifeste par la concentration des femmes dans certains secteurs d’emplois bien précis ou par des emplois à statut précaire (temps partiel, temporaire, travail autonome, etc.) sous-payés et sans bénéfices marginaux. Prises entre des responsabilités familiales prescrites par leur socialisation et un marché du travail en pleine précarisation, elles subissent donc plus durement les impacts des politiques néolibérales et de la mondialisation des marchés.

Des occasions ratées par le PQ qui a fléchi face au lobby des nantis

Depuis son entrée au pouvoir, le Parti Québécois a manqué des occasions de s’attaquer sérieusement à la pauvreté. En effet, le recul du PQ quant à l’abolition complète de la taxe santé suite à la crisette des chambres de commerce et autres victimes « d’angoisses fiscales » en est un exemple éloquent. Or le PQ, même minoritaire, aurait été légitimé, selon L’R, de tenir son engagement électoral, puisqu’un sondage CROP/l’Actualité du printemps 2012 rapportait que 70% des Québécois-es se disaient favorables à l’abolition de cette taxe santé et à son remplacement par un relèvement des impôts pour les revenus de plus de 130 000 $. Par ailleurs, la nouvelle version de la taxe santé est injuste et régressive : elle continue d’affecter de la même manière près de 35% de la population québécoise, et elle coûtera trois fois plus cher à une personne gagnant 20 000 $ qu’à une personne en gagnant 130 000 $.

Le premier budget Marceau a aussi révélé plusieurs occasions manquées d’agir positivement dans une perspective de lutte à la pauvreté : l’inaction pour mettre fin au détournement des pensions alimentaires des enfants à l’aide sociale et dans tous les programmes gouvernementaux (aide financière aux études, aide juridique, aide au logement), sans oublier un indignant silence quant à la précarité de la retraite des femmes. Quant aux hausses d’électricité (indexation du bloc patrimonial couplée aux hausses « ordinaires »), elles sont carrément contre-productives en termes de lutte à la pauvreté puisqu’elles contribueront à appauvrir davantage les hommes et les femmes (malheureusement en plus grande proportion).

La pauvreté, un choix politique

« La pauvreté est un choix politique », conclut Angèle Laroche, présidente de L’R, qui ajoute « quand les gouvernements donnent plus d’importance aux indicateurs de croissance économique qu’aux personnes, quand ils s’obstinent à ne pas soumettre ses choix à une analyse différenciée selon les sexes pour éviter les effets négatifs pour l’égalité hommes-femmes, ils cautionnent l’écart grandissant entre les riches et les pauvres et entre les hommes et les femmes ! ».

Les centres de femmes du Québec sont implantés dans les 17 régions. Construits par les femmes de nos communautés, ils travaillent avec plus 300 000 Québécoises pour améliorer les conditions de vie des femmes.

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