Édition du 20 octobre 2020

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Amérique centrale et du sud

Brésil. Élections : « faire face au bolsonarisme et renforcer la gauche »

Ce dimanche (27 septembre), la campagne électorale commence officiellement. La bataille dans les villes se déroulera dans un contexte de continuité de la pandémie (qui a déjà tué plus de 140 000 Brésiliens et Brésiliennes), de crise sociale intense (25 millions de travailleurs et travailleuses sont au chômage) et de renforcement relatif du gouvernement d’extrême droite de Jair Bolsonaro, qui a gagné en popularité avec les effets de l’aide d’urgence.

Tiré du site Alencontre
1 octobre 2020

Editorial de Esquerda Online

La question clé de ces élections municipales est l’affrontement entre le bolsonarisme et l’anti-bolsonarisme. Le résultat global renforcera-t-il l’extrême droite néofasciste, qui est à la tête du gouvernement fédéral, ou représentera-t-il une défaite pour Jair Bolsonaro ?

Trois grandes forces politiques vont mener ce conflit : l’extrême droite, organisée en plusieurs tendances mais hégémonisée par la famille Bolsonaro ; la droite traditionnelle, divisée en un grand nombre de partis mais dirigée par le PSDB (Parti de la social-démocratie brésilienne) et le DEM (Démocrates, antérieurement nommé Parti du front libéral) ; et la gauche, représentée principalement par le PSOL (Parti socialisme et liberté), le PT (Parti des travailleurs) et le PCdoB (Parti communiste du Brésil).

L’extrême droite s’appuie fondamentalement sur l’influence politique que Jair Bolsonaro et les ordres du jour réactionnaires exercent sur une partie significative de la population. Cependant un secteur s’est constitué dans la société brésilienne, aussi important que le premier, qui rejette catégoriquement le gouvernement Bolsonaro et son programme de destruction. La gauche va certainement chercher le soutien de la masse anti-bolsonariste.

A leur tour, les courants traditionnels de la droite et du centre tenteront de gagner, en priorité, le secteur intermédiaire entre les deux pôles les plus extrêmes (bolsonariste et anti-bolsonariste), en façonnant leur discours, plus ou moins proche de l’extrême droite, selon les différentes réalités locales.

Il faut s’attendre à ce que les trois grandes forces politiques en conflit récoltent des défaites et des victoires, en raison des conditions politiques et sociales spécifiques de chaque affrontement à l’échelle des municipalités. Mais la question centrale est de savoir qui se démarquera et qui perdra le plus, globalement. La lutte politique pour les cœurs et les esprits au cours des sept prochaines semaines déterminera ce résultat.
Tâche prioritaire de la gauche : faire face au bolsonarisme

Il n’y a rien de plus important dans ces élections que de combattre le néofascisme bolsonariste. Chaque candidature de la gauche doit être un fer de lance dans cette guerre politique et idéologique. La consolidation et le renforcement du gouvernement Bolsonaro, avec la possibilité de sa réélection en 2022, est une menace mortelle pour ce qui reste des droits sociaux et démocratiques des masses travailleuses et opprimées.

Les thèmes centraux de la vie de la population active dans chaque ville – santé, emploi, revenu, éducation, sécurité, logement, transport, etc. – devraient être formulés en vue de lutter contre le bolsonarisme. Les villes doivent devenir une étape de la résistance au néofascisme.

En ce sens, il est nécessaire de dénoncer la responsabilité de Bolsonaro et de ses alliés dans chaque ville dans la pandémie, ainsi que celle des représentants de la droite traditionnelle. Il est également nécessaire de souligner leur responsabilité dans le chômage de masse, l’inflation des prix alimentaires, la destruction du Pantanal, de l’Amazonie et du Cerrado, et la violence raciste, misogyne et LGBT-phobe. Il est également important de dénoncer la destruction des services publics, les privatisations et les privilèges des milliardaires.

En même temps, les candidatures de la gauche doivent avoir le courage et l’audace de présenter un programme anticapitaliste positif pour défendre la majorité ouvrière et opprimée, en dialogue avec leurs revendications les plus ressenties. Les villes devraient fonctionner pour le 99% et non le 1%. La périphérie urbaine doit être placée au centre. Pour tout cela, il est nécessaire de donner une place centrale à l’agenda anticapitaliste, en particulier pour la lutte contre le « génocide » des jeunes Noirs dans les favelas et les périphéries, ainsi que pour les revendications des femmes et des LGBTQI+.
Le rôle de la PSOL et de la résistance

Dans le camp de la gauche, le renforcement de la PSOL est évident. La position ferme et cohérente du parti dans la défense des intérêts de la classe ouvrière et des secteurs opprimés, sans faire d’alliances avec la droite, a construit une référence politique qui s’élargit.

Le PSOL était une opposition de gauche aux gouvernements de Lula et de Dilma, en raison de la conciliation pétiste avec une partie de la bourgeoisie brésilienne, mais il a su se positionner contre le coup d’État [la destitution de Dilma Rousseff en août 2016], lorsque la classe dominante a rompu le pacte avec le PT. Le parti a lutté contre le gouvernement de Michel Temer. Il s’est opposé à l’arrestation politique de Lula. Il a dénoncé à cette occasion l’opération Lava Jato et il a été à la pointe de la résistance au bolsonarisme.

Le PSOL a également été au premier plan lors du printemps féministe et de la grande manifestation « Ele Não » en 2018. Le parti s’est allié avec le MTST (Mouvement des travailleurs sans toit) et d’autres mouvements sociaux combatifs. Dans la lutte des opprimé·e·s, il a perdu Marielle Franco, exécutée à Rio de Janeiro (en mars 2018). L’intensité des attaques du Bolsonarisme contre le PSOL est une démonstration de la valeur du parti pour la lutte de la classe ouvrière et opprimée.

À l’heure actuelle, les sondages indiquent que le PSOL a des candidats bien placés dans plusieurs capitales : Guilherme Boulos, à São Paulo ; Edmilson Rodrigues, à Belém ; Elson Pereira, à Florianópolis ; et Áurea Carolina, à Belo Horizonte. Pour la première fois, le parti pourrait devenir la principale force politique de gauche dans plusieurs capitales du sud-est et du sud du pays. C’est un processus positif et d’une grande pertinence pour la réorganisation de la gauche brésilienne.

Dans le cadre du PSOL, le courant socialiste Resistência, qui anime le site Esquerda online, présentera des dizaines de candidatures pour les conseils municipaux (législatif) et des candidatures à la mairie (exécutif) dans plusieurs villes, dont deux capitales d’Etats – Aracajú (Sergipe) et Goiânia (Goiás). Il s’agit de candidatures de travailleurs noirs, de femmes, de jeunes, de fonctionnaires, d’ouvriers, de travestis, d’enseignants et de combattants antifascistes. Tous seront engagés dans la lutte politique contre l’extrême droite et pour le renforcement de la gauche socialiste.

Ce portail est également au service de cette lutte électorale et invite tous nos lecteurs à se joindre à cette bataille dans les prochaines semaines. Il ne s’agit pas seulement de déposer un bulletin dans les urnes, mais surtout de lutter contre l’avancée néofasciste au Brésil. Allons-y ensemble ! (Article paru sur le site Esquerda Online, le 27 septembre 2020 ; traduction rédaction A l’Encontre)

Esquerda online

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