Édition du 12 novembre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Mouvement syndical

D'être extrêmement déçu devant l'assaut habituel patronal ne suffit venant du leadership syndical.

En référence à l’article "Unifor dénonce les suppressions de postes annoncées par le Chemin de fer Canadien Pacifique, une société rentable", cette société ne sera par rentable seulement par la rhétorique mais plutôt par la résistance aux assauts du genre. NON C’EST NON doit être cultivé dans les Syndicats au lieu d’être "extrêmement déçu par l’annonce" de mise à pied à CP qui enregistre des profits record au détriment de l’entretien et de l’inspection des rails et de la sécurité publique. C’est comme être déçu que le renard qu’on a laissé en charge de la basse-cours, l’a vidé. Ce n’est plus suffisant que d’exprimer publiquement sa déception, ni comme réaction d’un grand syndicat dont le nom devrait inspirer une force unie de solidarité et une volonté de résistance et d’éducation de ces membres à tenir une minute de plus devant l’assaut patronal et de mettre en pratique "UNE INJUSTICE POUR UN EST UNE INJUSTICE POUR TOUS" en lieu de cette diète de fatalisme et de fait accompli.

Cette descente dans l’Abysse des syndicats et du leadership a commencé très visiblement dans les années 90. La démocratie dans nos organisations est trop souvent assumée à l’outrance de la réalité et où les travailleurs syndiqués ont capitulé toutes leurs acquis croyant conserver leurs emplois. Comme on dit en anglais : "Fool me twice, three, four and five time and more, SHAME ON US !. Ainsi, cette situation démontre un manque de leadership syndical qui définit la démocratie par le biais de la ratification des contrats par les membres bouc émissaire et vulnérables pour ensuite blâmer les travailleurs démunis et vulnérables d’avoir voté pour le contrat.

Si les syndicats sont aussi forts que leurs membres, en temps de crises c’est vice-versa et ça prend un leadership assidu et perspicace qui sait défendre les intérêts des membres sachant leur vulnérabilité d’être exploité par le patronat.

Les entreprises et corporations qui testent le leadership syndical depuis les années 90, ont très vite compris qu’elles pouvaient acculer les syndicats au mur par le biais de la vulnérabilité des membres. Elles ont appris avec le temps comment utiliser les lois et droits du travail pour forcer les membres à voter pour des contrats qui allaient graduellement retirer tous les acquis par des clauses orphelines et en véhiculant des mythes de pénurie monétaire et des mensonges économiques par le biais de statistiques.

Ainsi, les syndicats perdaient des milliers de membres qui ont nécessité des fusions pour former des syndicats comme Unifor qui promettaient un changement en profondeur et une résistance à cette hémorragie sur les acquis de leurs membres. Donc "d’être extrêmement déçu" ne suffit plus et appartient plutôt aux membres d’être déçus que "l’union ne fait pas la force" devant l’assaut corporatif.

Pourtant, les jeunes de l’ASSÉ, leurs professeurs et plus particulièrement ceux et celles parmi les chercheurs de l’IRIS auraient pu expliquer au mouvement syndical vieillissant la dynamique de ces mensonges économiques, de ces mythes économiques et surtout les outils comme les statistiques et l’austérité qui permettent aux entreprises de déposséder les travailleurs et d’accumuler des fortunes en évitant en plus de payer leurs impôts qui se trouvent plutôt dans les paradis fiscaux. Le rôle de l’état est de défendre ces citoyens et non de participer à leur dépossession:un autre rôle manqué.

Le printemps Érable était aussi un occasion pour les Syndicats d’être solidaire avec les jeunes de l’ASSÉ qui dénonçaient les coupures en éducation et qui auront en plus un jour à subir ces clauses orphelines précitées dans leurs emplois futurs dans ces entreprises.

Les syndicats ont trop laissé aller la situation depuis les années 90 en voulant négocier raisonnablement sous prétexte de garder leur sacro-saint crédibilité. Quelle crédibilité ont-ils si leurs membres perdent leurs emplois, salaires, avantages sociaux et fonds de retraite et qui doivent faire des bouchées doubles en mettant en péril leur santé et la sécurité public pour conserver leurs emplois ? Ainsi, il y a des limites à négocier de cette façon pour garder la crédibilité des dirigeants syndicaux pendant que les travailleurs sont soumis des conditions de travail qui « sont à l’origine de la fatigue accumulée excessive des équipes d’exploitation » et où "la pression augmente alors que nos membres sont régulièrement obligés de faire des heures supplémentaires et qu’ils sont de plus en plus contraints d’effectuer à certains endroits des inspections de sécurité et des tests de freins en la moitié du temps normalement requis" et qui constitue « un risque imminent pour la sécurité de l’exploitation ferroviaire ». Il y a aussi des limites d’accepter ou de recommander des contrats de travail du genre sachant la vulnérabilité des travailleurs qui votent avec une vision à court terme voulant préserver leurs emplois sachant en bout de ligne qu’ils vont finir par les perdre à la pièce par des mises à pied ou autres excuses corporatives du jamais assez. Peut-être que les leaders syndicaux devraient cesser de porter l’habit et la cravate et ainsi assumer l’identité de leurs membres. Il est peut-être aussi le temps de redéfinir "CRÉDIBILITÉ" qui est devenue un terme de l’insignifiance pour paraphraser Vincent de Gaulejac.

Comme ont démontré le syndicat des cols bleus de Montréal, les membres sont à l’image du force de caractère de leur leadership syndical qui défendent leurs intérêts et les solidarisent. Voilà aussi ce qu’est la "crédibilité" avec ses membres. Naturellement, ces derniers sont critiqués par les Médias pour leur militantisme et leur détermination et ainsi par certains ex chefs syndicaux qui frayent dans les Médias comme consultant avec des opinions d’autrefois où la crédibilité et l’intégrité étaient respectées de part et d’autre et comme une discipline aussi dans les entreprises. Mais l’histoire n’est plus une option aujourd’hui quand ça dérange l’argent et les profits. La crédibilité c’est pas à genou devant le patronat mais "de rester debout".

Voilà que le truc médiatique est d’interpréter les propos dits en assemblés syndicales hors contexte, de démoniser le syndicat et l’action syndical et ensuite d’amplifier des histoires te propos pris hors contexte pour nourrir les émissions à potin et les préjugés. Pour paraphraser, Eve-Lyne Couturier, chercheuse de l’IRIS :"la classe moyenne blâme les pauvres pour leurs situations et ainsi les travailleurs syndiqués qui essaient de peine et de misère défendre leurs acquis".

De plus, nous y participons en élisant une élite pour nous gouverner et qui est totalement déconnecté de la classe moyenne travailleuse. Ainsi, pourquoi sommes-nous surpris que les ponts du Québec ne seront pas peinturés par les compagnies ferroviaires qui les utilisent à l’usure, que les compagnies continuent à recevoir des subventions en devises USA pour effectuer le travail au Mexique ou dans le tiers monde et que nos sièges sociaux sont vendus aux plus offrants aux USA pendant que les travailleurs doivent se tirer la ceinture et se laisser "austériser" par le Québec inc. ouvert aux affaires (OPENED FOR BUSINESS) sauf au Québec et au Canada. Ainsi, nous sommes malheureusement aussi à l’image de ceux et celles qui nous gouvernent.

C’est presque une " FABRIQUE DE SERVITUDE " (ref. Roger Payette et Jean-François Payette ou pire "une servitude Volontaire" (ref Etienne de La Boétie).

Et bien non, d’être extrêmement déçu de ce qui se trame dans les milieux de travail depuis les années 90, ne suffit plus provenant du leadership syndical.

Bonne journée,

Brian Szczepanik
Rosemère, Q.C.

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