Édition du 16 juin 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Syndicalisme

Enjeux soulevés par le comité intersyndical de QS Montréal en cette période de COVID-19

Mise en contexte

Le 29 mars dernier, le comité intersyndical de QS Montréal a tenu une première rencontre depuis la crise du COVID-19 regroupant une dizaine de membres. Se sont joint.e.s à la rencontre des travailleuses et travailleurs militant.e.s de Québec solidaire enraciné.e.s dans différents milieux de travail (APTS, CSN, CSQ, FTQ…).

Lors de cette rencontre, les militant.e.s ont soulevé.e.s plusieurs enjeux qui leur semblaient prioritaires en cette période de crise.

Au sein du comité intersyndical, un travail d’élaboration et de mobilisation élargie continuera à s’effectuer dans les prochaines semaines pour soutenir les travailleur.se.s plus directement touché.e.s par la crise et pour participer à développer un plan d’action collectif qui puisse permettre une sortie de crise favorable aux travailleur.e.s.

Voici les enjeux soulevés lors de cette rencontre qui sont apparus prioritaires.

Droit politique : pour une réouverture de l’Assemblée nationale le 21 avril Le politique peut mieux que les médias être le relais des orientations et des décisions politiques à prendre pour mieux protéger les salariés et les malades aux prises avec le coronavirus. À cet effet, le comité intersyndical de QS Montréal croit qu’il est nécessaire de rouvrir l’Assemblée nationale dès le 21 avril même si l’on doit y aller selon une représentation proportionnelle comme cela a été fait au Parlement à Ottawa.

Droit de négocier : pour une négociation où les droits de tous les syndiqué.e.s sont reconnus et peuvent s’exercer pleinement Alors que les employé.e.s de l’État ont vu leurs conditions de travail dans les rondes de négociation de 2005, 2010 et 2015 faire du sur place sinon se détériorer, que les salaires obtenus n’ont pas couvert pour la très grande majorité la hausse du coût de la vie au cours de ces périodes, que l’austérité a mené à une déstructuration aggravée des services publics principalement en santé et services sociaux et en éducation, le gouvernement en période de pandémie du COVID-19 tente de faire un blitz de négo pour imposer sa manière de faire.

Alors que la convention collective des salarié.e.s de l’État est venue à échéance le 31 mars 2020, le renouvellement d‘une convention s’étend généralement sur une durée de plus d’une année. Alors que toutes les énergies doivent être mises à assurer la survie des citoyen.nes du Québec et à préserver la vie de celles et ceux qui sont au front à lutter contre cette pandémie, les organisations syndicales sont détournées des exigences démocratiques pour répondre à l’échéancier du Conseil du Trésor.

Toute négociation doit respecter des conditions de base et celle qui a cours ne saurait s’y soustraire. Les revendications des diverses composantes de la fonction publique et parapublique convenues au sein de leurs instances décisionnelles respectives doivent être à la base de la démarche à venir.

Tou.te.s les salarié.e.s doivent pouvoir préserver leur droit de décider du contenu de leur convention collective sur les bases des modes décisionnels contenus dans les statuts des syndicats.

La reconnaissance des droits syndicaux de base que sont le droit de négocier et le droit de décider collectivement des conditions de travail ne peuvent être mis entre parenthèses.

Droit du travail : santé, sécurité et des bonnes conditions de travail pour tous Les exigences posées par la lutte au COVID-19 dans toutes les sphères d’activités de la société, et plus spécialement dans le secteur hospitalier, nécessitent que les mesures de santé et de sécurité au travail soient des plus élevées pour préserver la santé et la vie de celles et ceux qui sont victimes du virus.

Les mesures de protection telles l’accès à du savon, de l’eau, une distanciation réelle, du transport, des repas, des pauses, des gants, des masques doivent être accessibles à tou.te.s tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du milieu hospitalier (camionneur.se.s, caissier.ère.s, travailleur.se.s sociale.s, travailleur.se.s d’abattoir, de la construction...).

Les travailleur.se.s agricoles que le gouvernement souhaite voir venir du Guatemala, doivent pouvoir disposer de toutes les protections nécessitées par le COVID-19. En ce sens, des comités santé-sécurité de travail paritaires doivent être mis en place dans tous les lieux de travail, dans toutes les régions du Québec. Des recours doivent être garantis à toute personne mise à risque ou qui est atteinte du coronavirus.

Les droits des personnes confinées à la maison en télétravail doivent pouvoir s’exercer tout comme si elles étaient sur les lieux de leur travail. Le droit de déconnexion selon les horaires réguliers des gens avant le coronavirus doit être reconnu et pouvoir s’exercer sans représailles de l’employeur.

Les contraintes parentales imposées par l’absence de garderie et de classe pour les enfants doivent être reconnues dans la prestation de travail des personnes en télétravail.

Les conditions de travail dans tous les secteurs de la santé, tant au secteur public qu’au secteur privé doivent être les mêmes. Les bas salarié.e.s doivent voir leur salaire bonifié à la hauteur de la dangerosité du travail exercé. Il ne saurait être acceptable que des économies soient faites sur le dos de celles et ceux qui au quotidien assurent notre survie et notre bien-être. Les « anges gardiens » de toutes les sphères d’activités essentielles doivent être rétribuée.e.s en conséquence dès maintenant.

La crise accentuée par l’austérité : une réflexion critique sur les politiques du gouvernement Legault Actuellement, le gouvernement Legault peut être perçu comme un sauveur aux yeux des médias, ainsi qu’aux yeux des québécoises et des québécois. Il est facile d’oublier le fait que les mesures d’austérité des dernières années ont grandement amplifié la crise du coronavirus qui sévit actuellement.

Selon l’intersyndicale, ce message devrait être mis de l’avant par Québec solidaire. De plus, il serait souhaitable que le parti mobilise des ressources pour analyser les politiques québécoises appuyées par Legault qui ont contribué à accentuer la crise.

Voici deux exemples (ici et ici) sur lesquels le parti pourrait s’inspirer.

Préparer la sortie de crise : quel projet proposons-nous et qui va payer ? Selon le comité intersyndical, il s’agit d’une question centrale qu’il faudra poser rapidement sur la sphère publique. Une analyse comparative des sommes investies par les patrons-banques VS travailleur.e.s pour soutenir la crise serait également bénéfique pour mettre en lumière le rapport de classe et les inégalités sociales dans ce contexte. De plus, de premières idées très embryonnaires ont été soulevées dans l’optique d’un plan de sortie de crise en faveur des travailleur.e.s (ex. majoration du salaire minimum à 20$h, valorisation salariale et des conditions de travail rehaussées pour tou.te.s les salarié.e.s associé.e.s aux services de base permettant une qualité de vie décente, combler le manque à gagner pour les – 25h/semaine, annulation des frais de loyer, assurancemédicament universelle...).

Selon l’intersyndicale, la réflexion entourant un plan de sortie de crise devrait s’élaborer le plus largement possible au sein de Québec solidaire avec l’aide des instances du parti, des technologies disponibles, et en appuyant les initiatives proposées par les membres. Le comité est d’ailleurs conscient des difficultés rencontrées pour réaliser des activités comparables dans un contexte de confinement, et où plusieurs membres vivent des obstacles importants liés à leur travail ou à leur situation immédiate qui peuvent limiter leur participation. Le comité est de tout coeur avec celles et ceux qui se battent actuellement dans ce contexte.

Par ailleurs, c’est paradoxalement en continuité avec la situation décrite que, pour l’intersyndicale, en ces temps incertains, il apparaît important de mettre sur pied des lieux de réflexion collective portant sur un plan de sortie de crise avec les personnes qui peuvent y participer, et en mobilisant des ressources pour favoriser (dans la mesure du possible) la participation des membres aux prises avec des contraintes. Le soutien, l’appui mutuel et la solidarité entre travailleuses et travailleurs, entre allié-es, nous apparaissent plus que jamais essentiels dans l’immédiat ; sans quoi le retour à la normale pourrait s’avérer un désastre pour toutes et tous. Pour l’intersyndicale, la mobilisation et la construction d’un rapport de force social est une responsabilité collective dans laquelle un parti de gauche, tel Québec solidaire, devrait jouer un rôle central en temps de crise, et cela, en prenant appui sur les ressources qui lui sont disponibles dans l’immédiat.

En toute solidarité et en toute bienveillance.

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