Édition du 22 juin 2021

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Observatoire des multinationales : Lobbys contre citoyens -Qui veut la peau de la convention climat ?

La guerre de l’ombre des lobbys industriels contre la convention climat

En juin dernier, la « convention citoyenne pour le climat » présentait 149 propositions concrètes pour que la France atteigne véritablement ses objectifs climatiques. Ce 10 février, le gouvernement présente en conseil des ministres un projet de loi censé donner effet à ces préconisations, mais qui est en réalité vidé de toute substance et de toute ambition.

Publié le 18 février 2021 | tiré du site Entre les lignes entre les mots

Les propositions des « citoyens », avant même de pouvoir être examinées au Parlement, ont été l’objet d’une violente offensive de lobbying. Les principaux secteurs industriels concernés – automobile, aérien, agrochimie, publicité – ont mobilisé tous les leviers d’influence à leur disposition, en public et dans l’ombre, soutenus par une large coalition de conservatismes et d’intérêts établis. La convention citoyenne avait été conçue pour ouvrir la discussion au-delà de l’entre-soi des industriels et de l’administration, afin de mener à de vrais changements. Le retour de bâton n’en a été que plus brutal.

Ce rapport expose comment les industriels ont réussi leur travail de sape. On y croise notamment les lobbyistes de Monsanto reconvertis en défenseurs de la liberté de prendre l’avion, de vénérables institutions étatiques mises au service des secteurs qu’elles sont censées réguler, des « experts » qui cachent leurs liens avec les industriels, des chroniqueurs conservateurs qui se répandent en invectives contre les « citoyens » dans des médias eux-mêmes directement affectés par leurs propositions, ou encore des réseaux libertariens venus des États-Unis qui interviennent dans le débat français pour défendre les droits des riches contre toute forme de régulation.

À travers cette opposition acharnée aux propositions des « citoyens », de puissants intérêts industriels et financiers refusent de faire leur juste part des efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Leur influence apparaît plus que jamais comme un obstacle à toute réelle action climatique.

Les auteurs et autrices expliquent « comment réduire à rien les propositions des citoyens » en huit étapes : Avant-tout achetez-vous de l’aide ; Tirez partie de la crise ; Trouvez des cautions vertes ; Faites semblant de défendre les « petits » ; Cultivez l’entre-soi avec les décideurs ; Financez un think tank ; Faites appel à vos alliés au sein de l’Etat ; Lâchez les média contre vos adversaires.

Elles et ils détaillent la coalition de l’inertie, la grande offensive de lobbying, « Les secteurs industriels concernés (automobile, aéronautique, agrochimie, publicité) se sont lancés dans une offensive de lobbying pour obtenir le détricotage des propositions des « citoyens » », la seconde ligne d’obstruction climatique, la minimisation ou la négation des responsabilités industrielles, l’invocation de la liberté, « Derrière cette invocation de la liberté (qui est surtout celle des entreprises et des plus riches), n’est-ce pas le principe même d’une régulation publique de l’activité économique au nom du climat – laquelle peut inclure des moyens tels que l’interdiction totale ou partielle ou la taxation – qui est au fond remis en cause ? », les contre-attaques des cabinets de lobbying et de communications, les alliances entre industries et ministères, la neutralisation des éventuelles ambitions réformatrices…

Il s’agit bien d’une sorte de guérilla anti-écologiste, d’une défense acharnée des secteurs économiques – ciblés par les propositions parce que – responsables des dégâts environnementaux, à commencer par les secteurs automobiles et aériens, d’une orchestration – au nom du rejet d’une écologie soi-disant punitive – de la remise en cause de l’idée même de régulation climatique et environnementale et des obligations qu’elle induirait pour les industriels, d’une foi dans le progrès et la technologie sans oublier les libres marché et concurrence…

Ceux qui n’entendent pas que les citoyen·nes décident démocratiquement n’hésitent cependant pas à se lamenter au nom de « la défense des consommateurs », des « petites gens », avec l’aide bien intéressée – les dépenses publicitaires des uns sont les recettes des autres – de médias ou des groupes industriels. Une orchestration du rejet de toute forme d’action climatique contrainte au nom de la « liberté d’entreprendre »…

Nous sommes bien ici au cœur des réseaux libertariens, de la liberté pour une minorité de s’enrichir et du laisser faire pour ceux qui entendent régenter nos vies et nos avenirs…

2021, 22 pages

https://multinationales.org/lobbys-citoyens-convention-climat

Didier Epsztajn

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