Édition du 22 novembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Débats : quel soutien à la lutte du peuple ukrainien ?

Amadouer Poutine ? Hier comme aujourd’hui, la politique d’apaisement n’a conduit qu’à la catastrophe !

Il a suffit que l’armée ukrainienne avance vers Kherson et s’approche de la Crimée pour que refassent surface les « encouragements » et autres « conseils » des occidentaux aux autorités ukrainiennes pour qu’elles cessent d’être « inflexibles » et n’insistent pas trop à vouloir recouvrer l’entièreté des territoires occupés par la Russie de Poutine ! En somme, pour que l’Ukraine consente à se faire mutiler abandonnant p.ex. La Crimée à son envahisseur et occupant…

Tiré de Entre les lignes et les mots

Et pourtant, absolument personne n’oserait aujourd’hui imaginer que la France non collaborationniste aurait pu céder p.ex. l’Alsace ou la Normandie ou la Provence à l’Allemagne hitlérienne afin de faire la paix avec son envahisseur et occupant nazi. Ou que les résistances armées grecque ou yougoslave auraient pu négocier un cessez-le-feu prolongé avec l’ennemi nazi quand les forces armées de cette ennemi occupaient et pillaient leurs pays et massacraient leurs populations. Alors, pourquoi ce qui a été inconcevable il y a 80 ans pour la France, la Belgique, l’Hollande, la Yougoslavie ou la Grèce serait tout a fait… concevable pour l’Ukraine d’aujourd’hui ? Pourquoi personne – inclus l’actuel président de la République Française – n’oserait prétendre aujourd’hui que les résistants Français aux occupants nazis – inclus le général De Gaulle – étaient trop… inflexibles quand ils juraient lutter jusqu’au l’écrasement total de l’ennemi, alors que les résistants Ukrainiens – inclus leur président Zelensky – font preuve… d’inflexibilité quand ils répètent qu’ils veulent libérer la totalité des territoires ukrainiens occupées par la force par la Russie de Poutine ?

Mais, rien de nouveau sous le soleil européen car ce qui est aujourd’hui inconcevable a été… très concevable juste avant la deuxième boucherie mondiale. A tel point que l’ensemble des dirigeants des principaux pays européens de l’époque (France, Grande Bretagne, Italie et Allemagne) aient pu proclamer qu’ils avaient réussi à préserver la paix sur le continent grâce à la cession d’une partie du territoire d’un pays agressé à son agresseur. C’étaient évidemment, les accords de Munich, ça se passait en septembre 1938, le pays agressé était la Tchécoslovaquie amputée de la région des Sudètes, l’agresseur n’était autre que l’Allemagne nazie de Hitler… et on connaît – hélas ! – la suite tragique de cette histoire !

Ce terrible précédent historique mérite qu’on s’y arrête un peu car il présente de fortes similitudes et analogies avec l’actuelle tragédie ukrainienne au point qu’on puisse dire que les Sudètes germanophones ont été pour Hitler ce que les Ukrainiens russophones sont actuellement pour Poutine : un prétexte pour envahir et annexer un pays voisin ! Comme dans les territoires ukrainiens occupés par l’armée de Poutine et habités majoritairement par des populations russophones, la région des Sudètes était aussi habitée majoritairement par une population germanophone. Dans les deux cas, seule une minorité de ces populations germanophones et russophones sympathisaient avec le pays agresseur qui voulait les « libérer » en invoquant, comme le fait Poutine maintenant et comme l’a fait… Hitler à l’époque, « le droit des peuples à l’autodétermination » ! Et dans les deux cas, le fait que la majorité de ces populations supportait des partis antifascistes (les sudètes germanophones) ou prenaient même les armes contre l’envahisseur (les Ukrainiens russophones), n’a pas empêché Hitler et Poutine d’annexer leur territoire au Grand Reich et à la Grande Russie respectivement.

Mais, le plus important est que dans les deux cas, la politique d’apaisement pratiquée à l’égard de Hitler et de Poutine n’a pas produit la paix escomptée mais tout son contraire : la guerre la plus barbare et meurtrière ! D’ailleurs, pour arriver à la guerre généralisée tant en 1939-40 qu’en 2022, il a fallu non pas une mais une série de reculades de plus en plus importantes devant les dictateurs cyniques et va-t-en-guerre comme Hitler et Poutine. En effet, pour arriver à la trahison finale de Munich il a fallu que les puissances alliées de l’époque acceptent pratiquement sans broncher que Hitler viole allégrement le droit international et les traités l’une après l’autre, en réarmant l’Allemagne, en remilitarisant la Rhénanie, en annexant l’Autriche (Anschluss), et évidemment, en intervenant militairement dans la guerre civile espagnole. Et d’autre part, pour que Poutine se décide à occuper et annexer la Crimée en 2014, il a fallu d’abord que les « démocraties occidentales » le laissent, pratiquement sans réagir, raser et massacrer Grozny (1999-2000), mutiler la Géorgie (2008), raser Alep en Syrie (2020), et détacher le Donbass de l’Ukraine (2014) et la Transnistrie de la Moldavie (2006) ! [1]

La conclusion est sans appel : la politique dite d’apaisement à l’égard des autocrates avides de conquêtes territoriales équivaut tout simplement à leur aiguiser l’appétit impérialiste pour encore plus de conquêtes ! En somme, les amadouer conduit non pas à la paix mais à coup sûr à la guerre ! Et aussi, force est de constater que les leçons de l’entre-deux-guerres européen restent tout à fait valables et applicables à notre triste époque caractérisée par le retour des mêmes démons qui ont mis à feu et à sang notre continent il y a plus de 80 ans…

Alors, profitons de ces leçons pour ne pas avoir à répéter les mêmes erreurs tragiques, lesquelles pourraient avoir à notre époque des conséquences encore plus horribles et encore plus cauchemardesques. Cette fois, il ne faut pas que nos gouvernants nous bernent avec leurs promesses pseudo-pacifistes à l’instar de ce premier ministre britannique Neville Chamberlain qui, de retour de Munich, « vendait » à ses compatriotes l’ultime reculade devant Hitler, avec ses mots tristement célèbres :

« Mes bons amis, pour la seconde fois de notre histoire, un Premier ministre britannique est revenu de l’Allemagne en apportant la paix avec honneur. Je crois que c’est la paix pour notre temps… Retournez à la maison et prenez un bon sommeil paisible. » (« My good friends, for the second time in our history, a British Prime Minister has returned from Germany bringing peace with honour. I believe it is peace for our time… Go home and get a nice quiet sleep. »). [2]

Répété à notre époque, ce « bon sommeil paisible » risquerait d’être mortifère…

Notes
[1] Voir aussi notre article : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article62350oir
[2] Voir la vidéo du retour triomphale de Munich de Neville Chamberlain : https://www.youtube.com/watch?v=SetNFqcayeA

Yorgos Mitralias

Adresse e-mail :

Yorgos Mitralias

Journaliste, Giorgos Mitralias est l’un des fondateurs et animateurs du Comité grec contre la dette, membre du réseau international CADTM et de la Campagne Grecque pour l’Audit de la Dette. Membre de la Commission pour la vérité sur la dette grecque et initiateur de l’appel de soutien à cette Commission.

http://www.contra-xreos.gr

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