Édition du 20 août 2019

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États-Unis

Feu le « Russiagate » L’implosion de la théorie de la collusion (entre l’équipe Trump et la Russie) est une humiliation pour tous ceux et celles qui l’ont mis de l’avant

Les résultats d’enquête du procureur spécial Robert Mueller ont donné le coup de mort à la théorie de la « collusion » qui a occupé intensivement les grands médias et la classe politique pendant plus de 2 ans. La question centrale soumise à R. Mueller était de savoir s’il y avait eu une conspiration entre le candidat D. Trump et le gouvernement du Président de Russie, Vladimir Putin, pour assurer sa victoire aux dépends d’Hilary Clinton. À la fin du processus dirigé R. Mueller et toute son autorité, il nous livre la réponse : le bureau du procureur spécial (déclare) qu’il « n’a pu établir que les membres de l’équipe électorale de D. Trump aient conspiré ou se soient coordonné avec le gouvernement russe dans ses activités d’interférences ».

Aaron Maté, The Nation, 27 mars, 2019
Traduction, Alexandra Cyr

Cette conclusion n’est pas une surprise pour tous ceux et celles qui ont examiné sérieusement les faits au fur et à mesure qu’ils survenaient. Le temps et encore une fois, les preuves à notre portée, affaiblissaient la prétention d’une telle conspiration. Aucun des personnages qu’on nous a présentés comme des « agents.es » russes ou des intermédiaires entre D. Trump et le Kremlin, ne s’avéraient en être. Aucun des mensonges des aides ou alliés.es de D. Trump qu’on a entendu, ne nous dirigeaient vers la collusion que les médias et des politiciens.nes nous assuraient se cacher derrière.

Aucuns des piliers de cette théorie n’ont été soutenus par la moindre preuve ; que ce soit la rencontre du juin 2016 à la Trump Tower (de New York) ou les assertions farfelues au sujet du « dossier Steele »i ou les références des médias à des sources anonymes voulant que, nous répétaient-ont, des membres de l’équipe de campagne de D. Trump auraient eu « des contacts répétés avec des agents de renseignement de haut niveau russes ». C’est surement ce qui explique que le procureur spécial n’ait accusé personne d’implication ou de dissimulation dans une conspiration Trump-Russie.

Des médias et une classe politique le moindrement responsable auraient pris cette réalité en considération. Au lieu de cela, les voix les plus connues dans la télévision câblée, au Congrès et d’autres personnes influentes ont promu le « Russiagate » et ont ignoré les preuves contraires et ceux et celles qui les apportaient. Les manques les plus évidents ont été remplis avec des suppositions, des insinuations et des faussetés criantes. Cela aide à expliquer le nombre important de reportages et de rétractations dans les médias qui avaient mis de l’avant la notion de complot entre D. Trump et la Russie qui a culminé jusqu’à son évanouissement.

Pour tous ceux et celles qui ont promu cette théorie, son implosion est une humiliation. Mais il ne faudrait pas qu’elle le devienne pour le camp plus large de la « résistance » à Trump. Depuis le début de son mandat, l’attention des libéraux.ales et leur énergie ont été investis.es dans la conviction que D. Trump était une traitre ou qu’il était compromis par V. Poutine et que le procureur Mueller allait le prouver sans l’ombre d’un doute. Ce point de vue ne tient plus. Les organisations qui s’opposent à D. Trump ont l’occasion de se centrer sur ses politiques dommageables que le « Russiagate » a occulté plutôt que sur un complot digne des romans policiers ou d’espionnage.

Ce ne sera pas facile. Certains.es des progressistes, sceptiques de la théorie du complot dont je suis, avons mis en garde : la croyance en cette théorie de la conspiration non seulement a mis de côté les critiques des politiques actuelles du Président mais lui bénéficierait si jamais elle se transformait en succès pour lui. Déjà, c’est ce qui arrive. Un fonctionnaire de la Maison blanche a déclaré au Washington Post qu’il y avait « une sensation d’euphorie » partout dans l’administration. Le journal a admis qu’il s’agissait là en effet : « d’une victoire indiscutable pour D. Trump ». Selon l’Associated Press, le Président et ses collaborateurs.trices avaient développé un plan « étendu pour retourner la fin de l’enquête en une campagne de nouvelles attaques contre ses adversaires et en un moment pour revigorer ses partisans.es en vue de l’élection de 2020 ».

Cet énorme cadeau fait à D. Trump devrait servir de terrains à ceux et celles qui se sont trompé dans leurs calculs et qui lui ont permis de le recevoir. Les médias dominants qui ont répandu avec tambours et trompettes cette histoire de compromission et même de trahison présidentielle devraient être tenus responsable de leur pire échec depuis le moment où ils ont soutenu la fiction que Saddam Hussein possédait « des armes de destruction massive », qui a justifié la guerre en Irak. Les dirigeants.es démocrates devraient expliquer comment ce que le représentant de Californie, Adam Schiff nomme : « plus que des preuves circonstancielles de collusion » a aboutit à zéro inculpations par le procureur spécial, Mueller.

Les agents.es de renseignements de haut niveau, actuellement en service ou retraités.es, nous doivent aussi une explication. Pas seulement à propos de leurs déclarations explosives (comme celle du directeur de la CIA John Brennan qui prédisait plus tôt ce mois-ci qu’une nouvelle ronde d’inculpation pour conspiration allait arriver prochainement) mais pour leurs décisions d’ouvrir des enquêtes depuis le début (de l’affaire). Cela concerne aussi la valeur accordée au dossier Steele pour obtenir un mandat de surveillance contre l’ancien conseiller de campagne de D. Trump, Carter Page et pour ouvrir une enquête de contre-espionnage contre D. Trump lui-même en partie motivée par le désaccord sur sa manière de traiter la Russie avec ménagement en public.

Il se peut que les responsabilités assumées pour ces décisions donnent du lustre à la qualification de l’enquête Mueller « de chasse aux sorcières » par D. Trump. Mais il crucial que les abus de la part des agences de renseignement soient pris en compte, peu importe les retombées partisanes. Si cela n’est pas fait, il se peut que les progressistes en subissent les contre coups dans le futur si des agents.es plus que zélés.es les prennent pour cible.

L’outil déterminant de ce processus repose sur la publication du rapport Mueller avec une insistance sur le maximum de preuves possibles, comme les Démocrates le demandent avec raison. Mais ce cri de ralliement ne devrait pas être vu comme une opportunité pour alimenter encore plus la théorie de la conspiration que R. Mueller vient de rejeter. On entend déjà dans les médias et chez les Démocrates des rumeurs voulant qu’il y ait camouflage et que d’autres enquêtes en cours ou à venir au Congrès pourraient dénouer des questions non encore résolues sur les rapports entre D. Trump et la Russie. Ce sont les voix qui nous ont supplié de faire confiance à R. Mueller au fur et à mesure de son travail. Ils et elles devraient adopter cette recommandation maintenant que l’enquête est terminée.

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