Édition du 16 avril 2019

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Asie/Proche-Orient

L’Inde aux urnes : qui sont les principaux rivaux de Narendra Modi ?

L’Inde ouvre les bureaux de vote pour ses élections législatives ce 11 avril. Il s’agit de l’un des plus importants exercices démocratiques au monde. En effet près de 900 millions de personnes voteront au cours des cinq prochaines semaines pour choisir quel représentant de leur État – l’Inde étant une République fédérale constituée de 29 états et sept territoires – siégera à la chambre basse du Parlement indien (« chambre du peuple », Lok Sabha).

Tiré de The conversation.

Les élections prendront fin le 23 mai, date à laquelle seront annoncés les résultats.

Le premier ministre sortant, Narendra Modi et son parti le Bharatiya Janata Party (BJP), bien que donnés vainqueurs, sont néanmoins défiés cette année par plusieurs opposants dont le président du parti du Congrès, Rahul Gandhi.

Mais de nombreux autres hommes et femmes politiques pèsent également sur l’équilibre de l’Union indienne.

Narendra Modi est-il en difficulté ?

Ainsi, si les deux principaux protagonistes, Narendra Modi et Rahul Gandhi n’obtiennent pas tous deux suffisamment de sièges pour former un gouvernement, ils pourraient être mis en difficulté au sein même de leur propre parti.

Il est également possible que, dans un parlement fragmenté, un autre politicien de l’un des partis régionaux puisse former une coalition.

En 2014, l’électorat a voté pour le BJP et Narendra Modi, lui conférant une première majorité absolue historique obtenue par un parti depuis 1984.

Fatigués d’un gouvernement dirigé par le Parti du Congrès et sa longue histoire entrelacée à celle des Nehru-Gandhi, les électeurs désavouent ce parti enlisé dans des scandales de corruption et une inflation rampante, et ont ainsi largement soutenu Modi et ses promesses d’un développement pour tous.

Il se targuait alors d’améliorer le monde politique, de réduire la bureaucratie, de créer des emplois et de rétablir la confiance.

Son image d’homme fort, sa personnalité, ont également joué et ce en dépit de son passé controversé, lié aux branches les plus dures du nationalisme hindou. Modi se présente en effet comme l’« homme providentiel », un patriote désintéressé dévoué au développement économique.

Promesses non tenues

Mais l’incapacité du gouvernement Modi à tenir ses promesses a terni cette image.

Les efforts de lutte contre la corruption se sont traduits par la campagne décriée de « démonétisation » : fin 2016 le gouvernement a retiré soudainement les billets de 500 et 1000 roupies de la circulation pour les remplacer par d’autres coupures, privant toute une partie de l’économie informelle et du secteur des petites entreprises de trésorerie.

Par ailleurs, la croissance économique s’est ralentie et les emplois sont rares.

Malgré cela, en février, une attaque au Cachemire contre des soldats indiens, générant une escalade belliqueuse avec le Pakistan ont fait de la sécurité nationale la question électorale saillante, donnant à Narendra Modi une nouvelle chance de se réinventer.

Il se présente désormais aux électeurs comme un chowkidar (gardien des immeubles) le « gardien » de l’Inde, affirmant dans sa campagne médiatique tonitruante mais efficace qu’en ces temps troublés, seuls lui et ses partisans peuvent défendre l’Inde contre « ses ennemis » à l’intérieur et à l’extérieur du pays.

La dynastie

Le principal adversaire de Narendra Modi, Rahul Gandhi, président du parti du Congrès, a été pris à contre-pied par ce changement.

Issu de la dynastie des Nehru-Gandhi et apparenté à trois des anciens premiers ministres indiens (Jawaharlal Nehru, son arrière-grand-père, Indira Gandhi sa grand-mère et Rajiv Gandhi, son père), Gandhi a 20 ans de moins que Modi. Si sa génération devrait lui permettre d’être plus à l’écoute des jeunes Indiens, y compris les primo-votants, il a néanmoins échoué à se rapprocher de cet électorat en 2014.

Son parti n’avait en effet obtenu que 44 sièges parlementaires sur les 543 que compte le Parlement. Depuis il lutte pour capitaliser sur les échecs apparents du gouvernement Modi.

En 2019, son parti devrait néanmoins faire mieux, si l’on en croit les sondages d’opinion et les projections les plus récentes. Rahul Gandhi sera vraisemblablement soutenu par sa sœur, la populaire et néanmoins mystérieuse Priyanka Gandhi Vadra.

Sa ressemblance frappante avec Indira Gandhi et son intelligence séduisent certains électeurs du Congrès et les cadres du parti qui se retrouvent chez cette femme de 47 ans. Elle n’a cependant pas encore annoncé sa candidature à l’un des sièges convoités. Sa position est par ailleurs fragilisée par les transactions immobilières douteuses attribuées à son mari, Robert Vadra, ce qui la rend vulnérable aux attaques du BJP.

Les Gandhi ont des atouts considérables – une aura autour de leur nom et un parti bien établi à l’échelle nationale – mais des faiblesses importantes demeurent. Ainsi beaucoup doutent des capacités et de l’engagement réels de Rahul Gandhi.

Par ailleurs la campagne du Congrès a souvent été tournée de façon négative, comme le résume aussi le slogan choisi pour se moquer de Modi, « Chowkidar chor hai » (« Le gardien est un voleur »).

La dynastie Gandhi, aussi distinguée soit-elle, est par ailleurs désavouée par de très nombreux citoyens.

Challengers

Il est peu probable que le BJP comme le parti du Congrès parviennent à obtenir une majorité au parlement. Pour gouverner, ils auront besoin de l’appui d’un certain nombre d’alliés régionaux, en particulier des États d’Uttar Pradesh, du Bihar (nord de l’Inde), du Maharashtra (ouest), du Bengale-Occidental (est) et du Tamil Nadu (sud), qui représentent presque la moitié des sièges. Cela pourrait donner plus de pouvoir aux leaders régionaux, comme l’influente cheffe de l’état du Bengale occidental, Mamata Banerjee (à la tête du Trinamool Party), qui pourront alors demander à leurs députés d’appuyer l’un ou l’autre leader.

Ces « challengers » négocieront leurs « prix » politiques afin de faire entrer leurs alliés et élus au gouvernement, ou bien pèseront sur les choix et l’orientation politique à donner au pays.

Un autre scénario – improbable à ce stade – pourrait les voir former une « méga-alliance » ou Mahagathbandhan qui propulserait l’un d’entre eux comme premier ministre, si Modi ou Gandhi échouaient.

Un BJP en réinvention ?

Il est également possible que le BJP arrive en position de force et soit en mesure de former un gouvernement, mais avec un nombre de sièges décevant, ce qui remettrait en question la position de Narendra Modi en tant que leader.

Jusqu’à présent, les rivaux potentiels au sein de son parti comme la ministre des Affaires étrangères Sushma Swaraj, n’ont pas été en bonne santé ou n’ont pas souhaité contester son leadership.

Cependant, afin d’envisager cette éventualité, des noms des successeurs potentiels circulent déjà comme celui du ministre des Routes et des chemins de fer Nitin Gadkari.

Si le BJP perdait plus de 100 sièges, certains spéculent qu’un leader alternatif, avec un style moins autocratique et mieux adapté à la gestion d’une coalition délicate, pourrait bien être l’homme providentiel recherché par le parti.

Cet article a d’abord été publié en anglais.

Ian Hall

Ian Hall is a Professor in the School of Government and International Relations and the Deputy Director (Research) of the Griffith Asia Institute, Griffith University, Queensland, Australia. He is also an Academic Fellow of the Australia India Institute and the co-editor (with Sara E. Davies) of the Australian Journal of International Affairs. His book, Modi and the Reinvention of Indian Foreign Policy (Bristol University Press https://bristoluniversitypress.co.uk/ian-hall), is out later in 2019.

https://theconversation.com/profiles/ian-hall-152585

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