Édition du 21 juin 2022

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Europe

L’OTAN, avec le soutien enthousiaste du Canada, fomente une guerre avec la Russie au sujet de l’Ukraine

Le président de la Russie, Vladimir Poutine, a averti l’OTAN qu’elle ne prend pas au sérieux les « lignes rouges » de son pays et que les États-Unis et leurs alliés pourraient être sur le point de sombrer dans un conflit dangereux avec une grande puissance nucléaire.

L’auteur est professeur à l’Université du sud-est de la Norvège et rédacteur de Russia in Global Affairs

Les lignes rouges portent sur la dissuasion. On les dessine pour communiquer des intérêts de sécurité considérés cruciaux et les graves conséquences qui en résulteraient s’ils sont menacés. En substance, les ultimatums lancés par Moscou cherchent à empêcher l’OTAN de commettre une dangereuse erreur de calcul.

La dissuasion repose sur les trois « C » : capacité, crédibilité et communication. La Russie a la capacité militaire d’agir, si ses lignes rouges sont franchies. Elle a démontré la crédibilité de sa volonté d’agir face aux menaces. Et elle sait que l’information doit être communiquée clairement pour éviter que l’Occident ne fasse des faux pas qui nécessiteraient une riposte énergique.

La « tactique du salami » de l’OTAN

Les lignes rouges doivent être précises, puisque il s’agit ici de réponses au lent glissement de la politique occidentale, qui déploie des « tactiques du salami ». Celles-ci, comme l’indique le nom, impliquent la conquête au moyen de la découpe progressive de tranches fines. Aucune action seule n’est si scandaleuse pour constituer un prétexte à la guerre. Mais un jour, vous vous réveillez pour voir combien terrain vous avez perdu.

Les tactiques de salami sont une option attrayante pour les acteurs expansionnistes comme l’OTAN, qui poursuit des expansions limitées à répétition, pour ainsi créer progressivement une nouvelle réalité sur le terrain. De telles tactiques évitent une escalade rapide et limite l’opposition, des alliés comme des adversaires : les plaintes des alliés peuvent être ridiculisées, et toute réponse des adversaires peut être dénoncée comme disproportionnée.

L’OTAN est un maître de la tactique du salami. Initialement, ce bloc militaire avait promis à l’URSS, suivi par la Russie, de ne pas s’étendre d’un pouce vers l’est. Par la suite, un « Partenariat pour la paix » a été établi et vendu aux Russes comme alternative à l’expansion, bien que ce « partenariat » soit finalement devenu un tremplin vers l’expansion de l’OTAN en alignant les forces armées des États d’Europe centrale et orientale sur les normes de l’OTAN.

Le bloc militaire s’est élargi en 1999 avec l’adhésion de la Pologne, de la Hongrie et de la République tchèque. Mais l’OTAN a assuré à la Russie que cela ne changerait pas radicalement l’équilibre des forces. En plus, l’OTAN a tenté d’atténuer les appréhensions de la Russie en proposant l’Acte fondateur OTAN-Russie sur les relations mutuelles, la coopération et la sécurité, Acte qui devait garantir qu’il n’y aurait pas de « stationnement permanent de forces de combat substantielles » dans les nouveaux États membres de l’OTAN.

Sautons rapidement quelques années en avant, et onze autres pays avaient rejoint le bloc. Il n’y avait plus aucune prétention à honorer l’Acte fondateur. Car des bases militaires et des missiles étaient en cours d’être stationnées en Pologne et en Roumanie, et l’OTAN avait déjà les yeux rivés sur l’Ukraine.

L’invasion de la Yougoslavie par l’OTAN, farouchement opposée par la Russie et illégale, selon les normes internationales, a également suivi la tactique habituelle du salami. Après l’invasion, l’OTAN s’est créée une certaine couverture légale et le consentement implicite de la Russie en obtenant un mandat de l’ONU en juin 1999 pour l’occupation du Kosovo (territoire de la Yougoslavie) à la condition spécifique de maintenir l’intégrité territoriale de la Yougoslavie. Mais au lieu de cela, l’occupation a été utilisée pour changer les réalités sur le terrain, et, en 2008, la majorité des États membres ont reconnu l’indépendance du Kosovo, en violation du droit international.

Le système de défense antimissile de l’OTAN était, de la même manière, un excellent exemple de la tactique de salami. En 2007, la secrétaire d’État américaine Condolezza Rice a qualifié de « purement ridicule, et tout le monde le sait » les inquiétudes de la Russie concernant l’implantation de dix missiles-intercepteurs en Europe de l’Est. Cependant, seulement quelques années plus tard, le nombre de missiles-intercepteurs prévus était passé à plusieurs centaines.

Les propositions de l’OTAN de coopérer avec la Russie pour apaiser ses inquiétudes avaient comme but de réduire l’opposition, tout en coupant une autre tranche de salami. L’ancien secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a confirmé dans ses mémoires que les États-Unis « ne faisaient que jouer pour le temps sur la voie de la défense antimissile. Les Russes ont reconnu qu’on les mettait devant un fait accompli. »

Ligne rouge en Ukraine

L’OTAN et la Russie semblent se diriger vers la guerre en Ukraine.

Chaque réunion, chaque appel téléphonique, et chaque sommet aboutit à la déclaration qu’« il n’y a pas d’alternative à l’Accord de Minsk », accord négocié par l’intermédiaire de l’Allemagne, la France et la Russie, et signé par le gouvernement de l’Ukraine et par les représentants de la région orientale dissidente du Donbass.

Cet accord identifie les deux parties en conflit, Kiev et la région orientale du Donbass, ainsi que la première action à entreprendre - l’établissement immédiat d’un dialogue entre ces deux partie afin d’élaborer des modifications constitutionnelles qui accorderaient une autonomie au Donbass. Mais Kiev a déclaré sans ambages qu’il ne parlerait pas au Donbass et ne mettrait donc pas en œuvre l’accord. Et les États-membres de l’OTAN ont démontré qu’ils n’ont pas l’intention de pousser Kiev à le respecter.

Mais si l’accord est rejeté et qu’aucune alternative n’est établie, alors la guerre devient la seule issue possible.

Sans réelle intention de mettre en œuvre l’accord, l’OTAN a plutôt poussé à changer les réalités sur le terrain. Au cours des sept dernières années, les pays occidentaux, y inclus le Canada, ont imposé des sanctions à la Russie et ont fourni de l’aide et des armes à l’Ukraine. En mars et avril, l’Ukraine a commencé à mobiliser ses troupes d’un côté du Donbass, apparemment en vue d’une solution militaire. Mais cela a été découragée par un renforcement militaire russe de l’autre côté du Donbass. La guerre a été évitée parce que Biden a contacté Poutine et a appelé à une désescalade, répétant l’engagement vide habituel de Washington envers l’accord.

Et comme dans le passé, l’expansion progressive de l’OTAN se poursuit. L’alliance ne demande pas à Kiev d’établir un dialogue avec le Donbass, comme l’exige l’accord de Minsk, dûment signé par Kiev. Elle insiste plutôt maintenant qu’il s’agit tout simplement d’un conflit entre l’Ukraine et la Russie. Et dans l’intervalle, les États-Unis ont annoncé que la porte est ouverte à l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN.

Les États-membres de l’OTAN ignorent ou soutiennent les frappes de drones de et les autres attaques de Kiev contre le Donbass. Des navires de guerre et des avions de guerre des État-membres de l’OTAN patrouillent de plus en plus le long des frontières russes de la mer Noire. Des soldats occidentaux, dont du Canada, sont envoyés en Ukraine pour des missions d’entraînement, qui pourraient servir de « fils déclencherus » entraînant l’ensemble du bloc dans une guerre, si la Russie intervenait. Et au centre de tout cela se trouve le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui s’enhardit de plus en plus à attaquer le Donbass dans l’attente du soutien de l’OTAN.

La Russie a établi des lignes rouges contre de nouvelles tactiques de salami de l’OTAN. Cependant, comme ces lignes rouges continuent à ne pas être respectées, la guerre se rapproche de plus en plus.

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