Édition du 24 mars 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Politique d’austérité

Les impacts des compressions en santé et services sociaux

Le réseau de santé et de services sociaux subit des compressions budgétaires depuis de trop nombreuses années. Nous avons toujours été au rendez-vous pour dénoncer les effets que ces coupes ont sur les services que nous donnons à la population. Dans les prochaines semaines, les syndicats de la FSSS-CSN seront au front pour détailler les impacts de ces compressions.

L’auteur est président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS–CSN).

Mettre en lumière les mensonges du gouvernement

Force est d’admettre que nous avons eu jusqu’à maintenant de la difficulté à démontrer hors de tout doute que ces coupes avaient bel et bien des effets pour la population. Le réseau est complexe et les réalités très différentes d’un établissement à un autre. Il devient souvent difficile de s’y retrouver, entre des employeurs qui sont tenus d’affirmer que les coupes n’ont pas d’impact et une gestion budgétaire de plus en plus ardue.

C’est pourquoi nous avons lancé une démarche de dénonciation des compressions budgétaires. Dans les prochaines semaines, des syndicats de toutes les régions du Québec interviendront publiquement pour expliquer les impacts que les coupes ont dans leurs établissements.

En étudiant les budgets des établissements, nous sommes en mesure de chiffrer les endroits où les coupes font le plus mal. Nous pouvons faire ressortir quels centres d’activités ont des prévisions de compressions. Quand des centres d’activité comme ceux des soins infirmiers de courte durée ou les services à domicile sont touchés, nous pouvons affirmer que cela a pour conséquence de freiner l’accès aux services.

À partir des données des budgets de 2014-2015 et de la connaissance du terrain des travailleuses et travailleurs, nous dresserons un portrait qui démontrera que ce gouvernement n’hésite pas à nous mentir. Il utilise toutes les tribunes en affirmant sans rire que les compressions ne touchent pas les services, mais seulement l’administration. Cet argument ne tient plus la route et nous nous assurerons que la population entende un autre discours.

L’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) a fait un travail comparable en compilant les conséquences des mesures d’austérité pour l’année 2014-2015. Une telle analyse permet de comprendre l’ampleur des mesures d’austérité. Pendant que le gouvernement Couillard affaiblit nos services publics et laisse tomber les plus vulnérables, il ouvre toute grande la porte à la privatisation.

Le dépôt du budget 2015-2016 nous démontre que le gouvernement Couillard poursuit sur la voie de l’austérité. En réduisant la hausse des dépenses à 1,4%, le gouvernement impose des compressions de l’ordre d’un milliard au réseau de santé et de services sociaux. Si les coupes de l’an dernier ont eu autant d’impacts sur les services, qu’en sera-t-il pour l’année à venir ?

Une démarche comme celle que nous avons lancée permet d’informer la population sur les décisions idéologiques des gouvernements. Un budget, ce n’est pas que des colonnes de chiffres, c’est surtout le moment de se donner les moyens pour que la population, et particulièrement les plus vulnérables de notre société, puisse compter sur des services publics accessibles et de qualité.

Une journée de réflexion sur la grève

Cette semaine avait lieu à Québec un colloque du Front commun sur l’enjeu de la grève. Celui-ci se tenait le jour même de l’échéance des conventions collectives dans le secteur public. Avec la négociation qui s’est amorcée depuis quelques mois, nous avons une belle occasion de ramener la question de la défense de nos services publics sur la place publique. Évidemment, le gouvernement préférerait parler d’autre chose.

Toute négociation passe par l’exercice d’un rapport de force. Face à un gouvernement aussi méprisant et idéologique, nous devons mettre toutes les options d’action sur la table. C’est pourquoi nous avons voulu débattre du recours à la grève cette semaine.

Un gouvernement néolibéral qui n’a comme seul objectif que ceux d’appauvrir la classe moyenne et d’affaiblir les services publics ne se laissera pas facilement convaincre dans cette négociation. Nous ne sommes pas dupes. Nous débutons tout de même cette négociation avec ouverture et espérons que le gouvernement en fera autant. Il doit prendre acte du fait que les travailleuses et travailleurs du secteur public ne peuvent subir d’autres reculs, sans quoi l’avenir de nos services publics sera compromis.
Dans de telles circonstances, nous devons compter sur les solidarités les plus larges possible. Plus que jamais, il apparaît important de prendre une part active au Front commun et de travailler de concert avec les groupes sociaux pour lutter contre l’austérité et mettre de l’avant de réelles solutions pour nos finances publiques.

Parce que la question essentielle n’est pas celle de savoir si nous avons les moyens de financer nos services publics, mais si nous aurons la force d’aller les chercher.

À propos, impossible de passer à côté de la manifestation organisée par l’ASSÉ à Montréal le 2 avril. C’était une manifestation inclusive. J’ai vu beaucoup de syndiqués-es qui se sont joints à l’imposant contingent étudiant dans la rue. Bravo aux dizaines de milliers de personnes qui ont participé !

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