Édition du 15 octobre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

LGBT

Les syndicats à la défense des réalités LBGTQ+ depuis plus d'une trentaine d'années

Les syndicats ont joué un rôle essentiel dans la reconnaissance légale et sociale des minorités sexuelles. Dès le milieu des années 80, et porté par des membres LGBGTQ2S+, la question des minorités sexuelles est posée lors de congrès, de conférences et de colloques.

tiré de : Fierté dans la Capitale, plus gros que jamais
De Infolettre de fugues, Décorhomme et MonZip

Dans la foulée, des comités spécialement dédiés aux minorités sexuelles voient le jour. Ces comités seront de tous les combats menant aux changements législatifs comme ils ont contribué à changer les mentalités à l’intérieur des syndicats. Ils ont aussi travaillé en partenariat avec des organismes LGBTQ2S+ pour produire des documents de sensibilisation et d’information sur les réalités LGBTQ2S+.

À la mémoire de Jacques Pétrin syndicaliste et militant LGBTQ+

Si on se penche sur l’histoire du mouvement LGBT+, et sur les changements importants des quarante dernières années, on ne peut soustraire de cette histoire le rôle que jouent encore actuellement les syndicats. C’est aussi une histoire de militants à l’intérieur même des structures qui ont bousculé les mentalités. Comme se souvient Francis Lagacé, très engagé au sein de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) « quand dans les congrès nous avancions avec notre désir de prendre en compte les réalités LGBT, cela mettait beaucoup de membres mal à l’aise, et les applaudissements étaient timides ». Une attitude frileuse qui se retrouvait dans tous les syndicats à l’époque.

Mais le sida demandait des réponses fortes puisque que les conjoints survivants ne bénéficiaient d’aucun droit même s’ils avaient vécu en couple parfois pendant des décennies. « Au congrès de 1988, on fait adopter la création d’un groupe de travail sur les gais et les lesbiennes », explique Jean Lortie, vice-président de la CSN, face au scandale entre autres du sang contaminé. À partir de cette date, les changements vont commencer. Comme en 1993, avec l’adoption des mêmes avantages pour les couples de même sexe que les couples hétéros dans les conventions collectives.

« Au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP ), peu après la création du comité des femmes, un comité de la diversité sexuelle est créé autour de deux grands axes, rapporte Mike Barney, directeur syndical Centre transport Anjou : le soutien de l’information sur les réalités LGBTQ auprès de nos membres, et le lobbying auprès des gouvernements. » En 1986, au congrès national du SCFP, les délégués se prononcent en faveur de la négociation des clauses qui accorderont aux conjoints de même sexe des prestations de santé et d’autres avantages sociaux. Pour la Centrale syndicale du Québec (CSQ), et la Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec (FTQ), il faudra attendre encore une dizaine d’années pour que les conventions collectives reconnaissent les conjoints de même sexe, respectivement 1999 pour la CSQ et 1998 pour la FTQ.

En parallèle, différents comités LGBT se mettent en place et continuent à œuvrer pour offrir du soutien à leurs membres et poursuivre une démarche d’information ou contrer toute forme de discrimination. « Nous devons toujours tenir informer nos membres des réalités LGBTQ qui changent, comme aujourd’hui les réalités des personnes transgenres, continue Mike Barney de la FTQ, nous devons continuer de rencontrer les différents responsables des sections locales pour leur donner la meilleure information et qu’ils puissent la partager avec leurs membres. »

Un rôle important des comités sur les minorités sexuelles a été d’une part de donner une voix aux gais, lesbiennes, transgenres syndiquées, et d’autre part, de changer les perceptions des autres membres sur leur réalité. Ces comités ont fait prendre conscience des inégalités auxquelles ces membres particuliers étaient confronté.es au sein même d’organismes dédiés à leur protection. « Le rôle des syndicats ne s’arrêtent pas à la défense des conditions de travail de ses membres mais doit lutter contre toute forme de discrimination dans les milieux de travail, précise Daniel Boyer, président de la FTQ, comme le racisme, le sexisme, etc. ; les minorités sexuelles doivent se sentir incluses et protégées ».

Ce qui n’était pas une mince affaire comme le rappelle Mike Barney du SCFP. « Les différents secteurs professionnels que nous représentons bénéficient d’une certaine autonomie. Et sur des questions qui touchaient les LGBT, ces secteurs n’avançaient pas tous à la même vitesse. » Même son de cloche de la part de la CSN qui voit la reconnaissance des conjoints de même dans les conventions collectives être adoptées rapidement par le secteur de l’hôtellerie et celui de la santé. Mais la résistance est encore grande dans l’éducation. Idem pour la FTQ. « Il y a des différences entre les villes et les régions, et les secteurs professionnels. En ville, il était plus facile de faire avancer les mêmes droits pour les LGBT que dans certains secteurs professionnels en région », évoque le président de la FTQ, Daniel Boyer.

Appelé aujourd’hui Comité pour la diversité sexuelle et l’identité de genre à la CSQ, Comité LGBTQ+ à la CSN, Comité Triangle rose au SCFP, ou encore Comité sur la diversité sexuelle, corporelle et de genre à la FTQ, ces comités initiés et gérés par des membres LGTBTQ+ n’ont cessé depuis de participer à une meilleure inclusion de leurs membres issus de la minorité sexuelle, à changer les mentalités des autres membres. Mais ils se sont engagés aussi dans toutes les batailles politiques pour défaire les lois discriminatoires, puis sur la question du mariage, enfin pour des politiques plus inclusives des gouvernements.

Il existera même de 1997 à 2004, un Forum des lesbiennes et des gais syndiqués regroupant la majorité des différents comités des syndicats sur les minorités sexuelles afin de partager leur expérience au sein de leur propre organisme mais aussi d’envisager des actions communes.

Ces comités avaient aussi des représentants à la Table de concertation des gais et lesbiennes du Grand Montréal qui deviendra plus tard Table de concertation québécoise des gais et lesbiennes, les ancêtres du Conseil québécois LGBT d’aujourd’hui. Tout comme ils ont été de tous les rassemblements LGBTQ+, que ce soit lors de création de la Coalition pour la reconnaissance des conjoints de même sexe, ou encore aujourd’hui autour de la Table nationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie des réseaux de l’éducation. Il est vrai que de nombreux syndiqué.es LGBTQ étaient aussi bénévoles ou membres d’organismes spécifiquement LGBTQ et avaient une bonne connaissance des défis, des problématiques et des enjeux portés par nos communautés. Ils et elles étaient des courroies de transmission entre les communautés et leur propre syndicat.

De ce fait, lors des grandes pressions sur les gouvernements fédéral et provincial pour la reconnaissance des conjoints de même sexe, le mariage et aujourd’hui la lutte contre l’homophobie et de la transphobie, les syndicats sont devenus des alliés objectifs de nos communautés. Ils ont pesé de tout leur poids en produisant des mémoires, en participant à toutes les commissions parlementaires pour faire entendre leur point de vue, et se sont associés aux organismes communautaires LGBTQ+. « À la CSQ, nous avons pour mission de, bien évidemment, travailler auprès de nos membres, mais aussi d’influencer les décideurs et de travailler en partenariat sur des projets pour lutter contre l’intimidation et la violence, avance Line Camerlain, vice-présidente de la CSQ. Nous participons toujours en partenariat avec d’autres organismes à des recherches, à des actions, ou en présentant des mémoires. »

Durant l’entrevue, Line Camerlain tient à rappeler le travail admirable de Jacques Pétrin, bien connu dans nos milieux communautaires. « C’était un leader qui nous poussait, et qui a fait changer bien des mentalités, commente avec émotion Line Camerlain, un grand homme, d’une grande gentillesse et d’une grande huma-nité. »

Compte tenu de la précarité des finances des organismes communautaires, les syndicats ont joué un rôle important dans le financement d’événements de nos communautés, comme entre autres, les États Généraux De l’illégalité à l’égalité en 1996, puis De l’égalité juridique à l’égalité sociale en 2004. Ou la première conférence internationale sur les droits humains des LGBT lors des Outgames mondiaux de Montréal en 2006. Certains revendiquent même la mise sur pied de différents colloques, toujours en collaboration avec les organismes LGBTQ. Une alliance gagnante tout au long des trente dernières années et qui aurait été impossible sans les syndicats. La preuve extérieure la plus visible, c’est la présence importante de leurs kiosques lors de la Journée communautaire ou de leurs contingents lors du défilé de Fierté Montréal.

Bien sûr, pour chacun des syndicats contactés, tout n’est pas gagné. Si on peut presqu’écrire que d’un point de vue légal les objectifs ont été atteints - sauf pour les personnes trans -, beaucoup de travail reste à faire d’un point de vue social selon nos interlocuteurs. Et ce au provincial comme au fédéral. « On constate de grandes différences selon les provinces, remarque Mike Barney de la SCFP. Si la Colombie-Britannique et le Québec font figure de modèles, d’autres provinces sont beaucoup plus frileuses, tout comme il y a une différence de représentations syndicales LGBT+ entre les grandes zones urbaines et les travailleurs et les travailleuses en région. »

Est-ce cette disparité qui pousse les comités des minorités sexuelles à produire des guides, des trousses d’information pour mieux outiller leurs membres, notamment LGBT ? Dans ce sens, et en association avec des organismes communautaires, ou avec la Chaire de recherche sur l’homophobie, ces comités participent à des recherches, des publications et des interventions auprès de leurs membres, surtout en éducation et dans le milieu de la santé.

Bien évidemment, des congrès internationaux amènent les syndicats québécois à partager avec leurs homologues étrangers. Les réactions sont plutôt mitigées face à l’engagement d’ici envers les minorités sexuelles. « Il est étonnant de voir parfois le malaise que peuvent ressentir certains représentants quand nous parlons de nos expériences et de notre travail ici. Comme si pour eux, les syndicats ne devaient s’occuper que des conditions de travail ou de la rémunération des travailleurs et des travailleuses », commente le vice-président de la CSN, Jean Lortie. « Ici, nous sommes en quelque sorte des précurseurs… »

- Centrale des syndicats nationaux (CSN)

www.csn.qc.ca/mouvement/comites/comite-lgbt/

- Centre des syndicats du Québec (CSQ)

Comité pour la diversité sexuelle et l’identité de genre

http://www.diversite.lacsq.org

- Syndicat canadien de la Fonction publique (SCFP),

Triange rose

scfp.qc.ca/comite-du-triangle-rose/

- Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec (FTQ)

Comité sur la diversité sexuelle, corporelle et de genre.

ftq.qc.ca/comite-diversite/

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