Le cabinet du premier ministre Jean Charest est intervenu auprès de la presse parlementaire, la semaine dernière, pour enjoindre les journalistes de ne plus demander le retrait des présumés briseurs de grève de Canoë aux conférences de presse.
L’intervention du personnel du bureau du premier ministre a eu lieu à la suite de l’incident au cours duquel une journaliste du portail Canoë a été contrainte de quitter les lieux d’une conférence de presse donnée par la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne. Depuis le déclenchement du lock-out par Quebecor, le 22 avril dernier, les journalistes de Québec doivent composer avec la présence de personnes qui font le travail des syndiqués en lock-out du Journal de Québec. Cette situation irrite au plus haut point la presse locale. Et maintenant, le premier ministre veut dicter à la presse parlementaire comment elle devrait se comporter devant ces personnes, dont plusieurs font l’objet d’une plainte à la Commission des relations du travail (CRT).
Est-ce que le bureau du premier ministre a aussi fait des représentations auprès de Quebecor pour lui dire comment gérer le conflit ? Est-ce qu’on a demandé à l’entreprise d’éviter d’utiliser des journalistes de Canoë à Québec ?
Le Journal de Québec fait l’objet, depuis août 2007, d’une ordonnance de la CRT pour avoir utilisé quatre briseurs de grève. Le bureau du premier ministre l’ignore-t-il ?
M. Charest devrait savoir que le rédacteur en chef et le directeur de l’information du Journal de Québec ont récemment affirmé devant la CRT que les journalistes de Canoë n’étaient pas publiés dans le Journal de Québec avant le lock-out. Que Quebecor utilise des travailleurs de remplacement ne semble pas une préoccupation du premier ministre.
Les journalistes de Canoë travaillent à Québec parce que Quebecor a planifié et décrété un lock-out. Telle est la réalité. De quel côté penchez-vous M. le premier ministre ? Serions-nous en train de découvrir la couleur de votre jupon ? N’oubliez pas que Quebecor Média a décrété une multitude de lock-out ces dernières années, dont un qui a été déclaré illégal il y a moins de deux ans. Aucune autre entreprise au Québec ne possède un dossier aussi noir. Quebecor se spécialise dans la gestion par le conflit. Et cet empire aurait besoin de votre protection devant 252 travailleurs lockoutés ?
Depuis le début du conflit, les 252 travailleurs lockoutés ont fait les choses légalement et proprement. L’attitude des syndiqués leur a valu la sympathie du public et des commentaires positifs de plusieurs personnalités politiques.
Si le gouvernement désire rester neutre et ne veut pas intervenir dans le conflit, qu’il reste à l’écart complètement. À l’inverse, si vous voulez faire une intervention dans l’espoir de régler ce conflit qui a trop duré, tentez de convaincre Quebecor d’accepter l’arbitrage. Les 252 travailleurs en conflit sont prêts à faire trancher le litige par un arbitre neutre. Quebecor refuse parce qu’elle sait très bien que ses positions sont indéfendables dans la situation financière du Journal de Québec.
Source : SCFP, 12 février 2008

