Édition du 16 juin 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Éditorial

Québec solidaire : le débouché politique du camp populaire

Le paysage politique québécois est traversé par une crise profonde. Les partis qui se sont succédé au pouvoir ont tous, à des degrés divers, servi les intérêts de la classe dominante au détriment de la majorité populaire. L’impasse des partis néolibéraux explique la volatilité des intentions de vote. La majorité populaire est à la recherche d’une alternative. Il est plus important que jamais que Québec solidaire réponde à cette aspiration et que le camp populaire se regroupe derrière ce parti de la gauche québécoise.

La CAQ, un bilan antipopulaire sur toute la ligne

Le gouvernement de la CAQ, malgré ses promesses de « troisième voie », a mené une politique résolument néolibérale : cadeaux fiscaux aux grandes entreprises, ouverture du système de santé au privé, détérioration profonde des services publics, absence de politique de logement social, et creusement des inégalités sociales. Il s’est attaqué au droit de grève et a cherché à réduire la portée de l’action syndicale à la seule gestion des conventions collectives.

Il a abandonné toute ambition sérieuse en matière de transition écologique. Il a affaibli les protections environnementales et repoussé les cibles de réduction des émissions de GES ainsi que de réduction de l’utilisation des voitures thermiques.

Incapable d’arracher la moindre concession significative à Ottawa, il a cherché à masquer ses échecs en désignant les personnes immigrantes comme boucs émissaires, attisant les divisions et normalisant la discrimination envers les personnes racisées, arabes et musulmanes.

Le Parti québécois, une dérive droitière assumée

Le Parti québécois, en dépit de sa domination dans les sondages, ne représente pas une alternative. Sur le plan économique, le PQ de PSPP se positionne clairement à droite du spectre social-démocrate qu’il a longtemps incarné. Ces derniers mois, le PQ s’est engagé à réformer le système d’aides publiques pour alléger le fardeau administratif et fiscal des PME. La promesse d’un Québec « riche » s’inscrit dans les cadres géopolitiques de l’impérialisme américain, adossée à un programme économique qui ne fait aucune place à une redistribution sérieuse de la richesse, et qui demeure muet sur les grandes questions de justice sociale, écologique et démocratique.

Son nationalisme identitaire, qui lie immigration, crise du logement et avenir du français, reproduit la même logique d’exclusion que la CAQ. PSPP l’a lui-même affirmé : un Québec souverain devrait aligner ses politiques économiques et militaires sur celles des États-Unis. Une indépendance sans rupture avec le néolibéralisme ni avec l’impérialisme n’est pas une indépendance — c’est un changement d’enseigne qui, excluant les populations issues de l’immigration, divisera le Québec et n’aura aucune chance de réussir. [1]

Le Parti libéral du Québec, une longue tradition de soumission aux intérêts du patronat

Le Parti libéral du Québec, quant à lui, est en état d’effondrement dans le Québec francophone, et pour cause : ses années au pouvoir ont été marquées par des coupures massives dans les services sociaux, la privatisation du système de santé sous Barrette, l’affaiblissement du réseau de la petite enfance et des attaques répétées contre les classes populaires au profit des entrepreneurs, des cliniques privées et des multinationales.

Le PLQ cherchera d’abord à rassurer : rassurer les marchés, les investisseurs, les institutions fédérales, en promettant le retour à l’ordre, à la prévisibilité et à l’orthodoxie économique, tout en se posant en gardien de l’ordre fédéral face au souverainisme péquiste. Ce bloc social existe, mais il est étroit, sociologiquement minoritaire et politiquement fragile, incapable de produire une hégémonie durable dans une société traversée par de profondes aspirations nationales, sociales et écologiques.

Le Parti conservateur ou la normalisation de la droite extrême

Enfin, le Parti conservateur du Québec achève ce portrait en poussant l’ensemble du débat vers la droite : ultralibéralisme économique, climatoscepticisme assumé et promotion des hydrocarbures, démagogie anti-État inspirée du trumpisme. Même sans perspective réelle de pouvoir, il contribue à normaliser des positions réactionnaires et dangereuses pour les droits de la majorité populaire.

Québec solidaire comme seule alternative crédible

Dans ce contexte de recomposition politique, Québec solidaire occupe une position stratégique unique. Issu des mouvements sociaux, porteur d’un projet articulant justice sociale, transition écologique et approfondissement démocratique, il est le seul parti à refuser l’alignement sur les droites économiques et identitaires qui dominent le débat politique. Sa plateforme, qui soutient la redistribution de la richesse, la défense des locataires, l’élargissement des services publics, la protection des droits des travailleuses et travailleurs et les revendications des femmes, répond concrètement aux besoins de la majorité populaire là où les autres partis ne proposent que des variantes du même modèle néolibéral.

Bien sûr, la plateforme de Québec solidaire ne trace pas encore la voie d’une réelle contre-offensive, tant en ce qui a trait à la nationalisation et à la socialisation des richesses naturelles qu’à la perspective d’une véritable planification écologique basée sur l’extension de la démocratie économique. Mais Québec solidaire défend clairement les acquis, rejette les logiques néolibérales et constitue un levier réel pour les luttes populaires — ce qu’aucun autre parti ne peut honnêtement revendiquer.

La prochaine élection ne sera pas une élection ordinaire. Nous sommes dans un moment d’interrègne : l’ancien bloc au pouvoir se délite, aucun projet hégémonique alternatif ne s’est encore imposé. Dans cette période de flottement et de polarisation, la recomposition politique se jouera dans le cadre de ces élections, mais également dans la capacité des mouvements sociaux à donner une cohérence politique aux colères, aux aspirations et aux luttes dispersées. C’est précisément là que Québec solidaire peut jouer un rôle décisif — à condition de se concevoir non comme une simple machine électorale, mais comme un outil au service de la mobilisation populaire.

Un appel aux militantes et militants des mouvements sociaux

Des militantes et des militants du mouvement syndical, du mouvement des femmes et des mouvements écologistes, populaires et étudiants ont lancé Québec solidaire pour défendre un projet de société visant à définir le Québec que nous voulons.

Face aux attaques prévues par les partis néolibéraux, Québec solidaire propose rien de moins que la défense des conditions de vie de la population et un projet social et écologique à la hauteur des défis que nous traversons. Québec solidaire peut et doit être le débouché politique de la résistance aux politiques réactionnaires des partis néolibéraux.

Se limiter à interpeller les gouvernements, à défendre des revendications sectorielles ou à « mettre tous les partis dans le même sac » revient à s’enfermer dans une posture défensive que l’histoire a maintes fois démontrée insuffisante. Si le camp populaire veut réellement mettre fin à l’offensive actuelle contre ses conditions de vie et nos droits démocratiques, il doit poser la question du pouvoir — et y répondre.

Cela signifie concrètement : s’engager dès maintenant dans la campagne électorale aux côtés de Québec solidaire. Les militantes et militants des syndicats, des groupes communautaires, des mouvements féministes, écologistes, étudiants et de défense des droits ont la responsabilité d’investir le terrain électoral, de porter le projet d’un Québec égalitaire et solidaire jusque dans leurs milieux, leurs quartiers, leurs lieux de travail.

Il ne s’agit pas de dissoudre l’autonomie des mouvements dans un projet partisan, ni de subordonner leurs mandats à des impératifs électoraux. Il s’agit, tout en préservant cette autonomie, de reconnaître que la lutte pour le pouvoir politique est inséparable de la lutte sociale — et que laisser ce terrain à nos adversaires de classe serait une erreur historique.

Québec solidaire peut et doit être le point d’appui d’une alternative offensive et majoritaire. Mais cette alternative ne se construira pas sans nous. L’heure est à la mobilisation.


[1Pour une discussion sur les stratégies de lutte pour l’indépendance du Québec voir l’article suivant : Retour sur les débats stratégiques au coeur de la lutte pour l’indépendance du Québec

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