Édition du 2 juin 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Retour sur les débats stratégiques au coeur de la lutte pour l'indépendance du Québec

Le mouvement souverainiste québécois n’a jamais été un bloc monolithique. Depuis ses origines, il est traversé par des tensions profondes qui ne portent pas seulement sur des stratégies électorales, des calendriers référendaires ou des alliances partisanes, mais sur une question bien plus fondamentale : quelle indépendance voulons-nous, pour qui, et par quels moyens ? Comment se situent les principaux acteurs face à cet enjeu essentiel ? Quel type de consultation doit-on offrir à la population du Québec ? Comment évaluer la conjoncture dans laquelle se pose la perspective de lutte l’indépendance ?

1. Le bloc fédéraliste : gestion de la dépendance et négation de l’autodétermination des nations opprimées dans l’État canadien

Pour répondre à ces questions, il faut partir de deux constats essentiels. D’abord, l’État canadien a été construit sur l’oppression nationale — de la nation canadienne-française, des peuples autochtones et Inuit et du peuple acadien. Toute remise en question de cet État devra nécessairement passer par la contestation de ces rapports coloniaux. Ensuite, l’indépendance du Québec implique la remise en question de l’intégrité d’un des États impérialistes les plus importants, un allié des États-Unis d’Amérique. L’impérialisme canadien résistera farouchement à toute tentative de séparation du Québec ou à la reconnaissance de l’autodétermination des nations opprimées, non pas simplement à cause de telle ou telle figure politique, mais en raison des fondements mêmes de cet État et de son rôle dans le système impérialiste nord-américain. La fin de cette domination ne pourra advenir que sous la pression d’un vaste mouvement populaire capable de construire des solidarités actives du peuple du Québec avec le mouvement ouvrier du reste du Canada et avec les nations autochtones — ces dernières constituant aujourd’hui des forces de résistance au cours extractiviste et pétrolier de l’État fédéral.

Depuis la défaite référendaire de 1995, l’État canadien s’est doté d’instruments juridiques pour encadrer et neutraliser toute velléité d’autodétermination québécoise. Au premier rang figure la Loi sur la clarté, qui confère au Parlement fédéral le pouvoir de juger de la validité même d’une question référendaire et de la majorité requise pour reconnaître sa légitimité. Le gouvernement Carney prolonge cette tradition : refus du principe du 50 %+1, défense inconditionnelle de l’unité canadienne, et volonté affichée de faire prévaloir les projets d’exploitation des énergies fossiles et des matériaux stratégiques sur les droits du Québec et des Premières Nations — révélant ainsi la nature profondément extractiviste de l’État fédéral.

Au niveau provincial, le bloc fédéraliste se décline en deux variantes. La CAQ prétend défendre l’autonomie du Québec dans le cadre du fédéralisme canadien, tout en refusant d’affronter le contrôle fédéral sur les principaux leviers économiques : la monnaie, les principaux moyens de communication, la politique d’immigration, la politique internationale et les accords commerciaux. Le Parti libéral du Québec va plus loin encore, en défendant un fédéralisme intégral et en mobilisant la peur autour des enjeux immédiats — santé, coût de la vie, logement — pour étouffer la question nationale, tactique éprouvée lors des deux référendums précédents. Ce parti prépare une nouvelle campagne destinée à attribuer à l’instabilité d’un éventuel référendum les difficultés économiques du Québec, afin de consolider les rapports de domination que l’indépendance vise précisément à remettre en cause.

2. Le bloc péquiste ou le souverainisme mitigé

Sur le terrain national, le Parti québécois a constamment cherché une solution de compromis avec l’impérialisme canadien. La proposition de souveraineté-association visait à renforcer les prérogatives politiques du Québec (pouvoir souverain du Québec sur toutes ces lois et traités) tout en maintenant une association avec le reste du Canada. Cette recherche d’accommodation est même passée, après la défaite référendaire de 1980 par la phase du « beau risque », qui consistait à établir une nouvelle modalité d’intégration du Québec dans l’ensemble canadien à partir de revendications somme toute minimales. Le référendum de 1995 s’est tenu sur la base d’une souveraineté-partenariat qui maintenait des institutions confédérales communes.

Depuis 1995, l’histoire du PQ est celle d’un report permanent de l’échéance référendaire. Bouchard, Landry, Boisclair, Marois, Lisée — tous ont reculé devant la tenue d’un référendum, invoquant l’absence de « conditions gagnantes ». Cette posture a progressivement vidé le projet péquiste de souveraineté de son urgence et démobilisé sa base. Paul St-Pierre Plamondon a tenté de rompre avec cette logique en s’engageant à tenir un référendum dans un premier mandat. Mais cet engagement se heurte à des réalités contraignantes :le soutien à la souveraineté plafonne à un peu plus du tiers de la population dans les sondages récents et près des deux tiers s’opposent à la tenue d’un référendum. PSPP lui-même n’a pas exclu d’attendre la fin du mandat de Donald Trump — alimentant les accusations de recul qui fragilisent sa crédibilité.

Sur le terrain social, le PQ incarne l’ambiguïté constitutive d’une tradition qui a toujours oscillé entre un nationalisme populaire progressiste et une gestion bourgeoise des affaires de l’État québécois. Son héritage réformiste est réel : loi sur le financement des partis politiques, loi anti-briseurs de grève, assurance-automobile et protection du zonage agricole ; équité salariale ; garderies à cinq dollars et assurance médicaments. Cet héritage a longtemps permis au PQ de lier le projet national à une amélioration concrète des conditions de vie de la majorité populaire. Mais il a toujours coexisté avec des compromis structurels : Lévesque imposait des décrets contre les syndicats du secteur public en 1981 ; Bouchard négociait le « déficit zéro » en comprimant les services publics. La Charte des valeurs de Marois, présentée comme une défense de la laïcité, ciblait en pratique les personnes racisées et fragilisait le lien entre le mouvement national et les communautés issues de l’immigration.

Avec PSPP, ce balancement semble s’être résolu en faveur d’un nationalisme identitaire centré sur la dénonciation de l’importance l’immigration et exigence de la conformité culturelle sous le prétexte de la défense de la laïcité. En associant systématiquement la crise du logement, les difficultés d’accès aux soins et le déclin du français à une immigration présentée comme « incontrôlée »,le chef péquiste recycle des discours qui font des personnes migrantes les boucs émissaires des contradictions du capitalisme québécois.

Le rapport d’OUI Québec, issu d’une consultation de cinquante organisations, en mesure les dégâts : 64 % des groupes consultés estiment que le Québec a reculé sur le vivre-ensemble avec les immigrants, 77 % réclament un vaste projet de société, et 71 % expriment un fort sentiment d’impuissance. La formule la plus percutante du document résume l’enjeu : « nous avons remplacé la fierté par la fermeture ». D’anciens piliers du parti reconnaissent publiquement que ce discours nuit à l’élargissement de la base sociale de l’indépendance, tandis que l’aile identitaire la plus radicale, incarnée par Mathieu Bock-Côté, répond en qualifiant ces critiques d’« idiots utiles du fédéralisme » — révélant par là la profondeur de la fracture interne.

Une stratégie qui marginalise les travailleurs et travailleuses issu·e·s de l’immigration — qui représentent une part croissante du salariat québécois, particulièrement dans les secteurs de la santé, des services et du travail précaire en agriculture ou dans la restauration — ampute le mouvement national de forces sociales essentielles et sert objectivement les intérêts des classes dominantes, qui ont tout intérêt à maintenir les classes populaires divisées sur la question de l’indépendance.

Sur la question des Premières Nations, le PQ aborde la relation avec prudence calculée. Son « Livre bleu » sur l’indépendance inclut un chapitre sur les Premières Nations, tout en précisant que leur consentement, s’il est « hautement désirable » sur les plans politique et moral, n’est pas juridiquement requis. Cette formulation révèle une conception de la souveraineté québécoise qui reste centrée sur l’État-nation colonial, cherchant l’adhésion autochtone sans accorder de droit véritable à l’autodétermination.

3. Un bloc de gauche : l’indépendance doit porter un projet d’émancipation sociale et nationale

Face au bloc fédéraliste et au nationalisme conservateur du PQ, Québec solidaire et l’ensemble de la gauche sociale indépendantiste défend une conception radicalement différente de l’indépendance — non pas comme simple création d’un nouvel État, mais comme reconquête collective du pouvoir par la majorité populaire sur ses ressources, ses institutions et son destin. Cette conception implique la nationalisation démocratique (socialisation) des secteurs stratégiques de l’économie, la planification écologique de la production, de la répartion et des échanges, la garantie des droits à la santé, à l’éducation et au logement, et l’inscription d’une égalité réelle entre les femmes et les hommes dans la Constitution d’un Québec indépendant.

Sur la question de l’inclusion, Québec solidaire et la gauche sociale défendent explicitement un projet d’indépendance qui considère les néo-Québécoises et néo-Québécois comme des sujets du projet national et non comme une menace à contenir. Ruba Ghazal souligne que des jeunes issu·e·s de l’immigration adhèrent à un projet d’indépendance inclusif, mais qu’ils entendent trop souvent un discours qui leur donne « l’impression que tout est de leur faute ».

Sur la question autochtone, Québec solidaire a proposé le projet de loi 698 co-construit avec les Premières nations visant à obtenir leur consentement préalable, libre et éclairé avant toute nouvelle mesure législative touchant leurs communautés. La démarche a été construite en collaboration continue avec les Premiers Peuples, démontrant qu’il est possible de travailler d’égal à égal. Cette position procède d’une rupture de principe avec le cadre colonial : l’indépendance du Québec ne peut pas être construite sur la négation des droits et des territoires des peuples autochtones, sous peine de reproduire à une autre échelle la logique coloniale qu’elle prétend dépasser.

4. Le choix stratégique : majorité nationale ou majorité populaire ?

Deux grandes orientations s’affrontent pour construire une majorité en faveur de l’indépendance. La première mise sur le rassemblement tous azimuts. Il s’agirait d’unir les indépendantistes de gauche et de droite autour de l’objectif minimal de la souveraineté, en remettant après l’indépendance le débat sur le projet de société afin de ne pas en faire un obstacle à la construction du camp du Oui. La seconde mise sur la construction d’une majorité populaire autour d’un projet de société égalitaire, féministe et antiraciste, faisant de l’indépendance le vecteur d’une transformation sociale profonde.

La première stratégie a une longue histoire dans le mouvement souverainiste : elle est au fondement de la logique de convergence qui a périodiquement conduit des forces de gauche à se subordonner au PQ au nom de l’unité référendaire. Mais elle est traversée de contradictions qu’elle ne peut pas résoudre. Il n’existe pas d’indépendance socialement neutre. Toutes les questions concrètes : — quelle monnaie, quelles relations avec Ottawa, quel droit du travail, quelle place pour les nations autochtones, quelle politique d’immigration, quel partage des richesses, quelle transition écologique,… — révèlent immédiatement des divergences profondes entre la droite et la gauche indépendantistes. Vouloir les escamoter, c’est soit produire un projet si vague qu’il ne mobilise personne, soit laisser l’un des camps imposer silencieusement son contenu à l’autre. C’est d’ailleurs ce qui s’est toujours produit : lorsque la gauche souverainiste a convergé derrière le PQ, c’est le contenu social et économique du PQ — et non celui de la gauche — qui a défini le projet présenté à la population.

Les exigences de transformation sociale, les droits des travailleuses et travailleurs, les revendications féministes et antiracistes devraient pour cette stratégie être repoussées après une indépendance qui n’en garantirait nullement la réalisation. De plus, une coalition qui rassemble des chefs d’entreprise hostiles aux droits syndicaux et des travailleurs précaires, des nationalistes identitaires et des néo-Québécoises issu·e·s de l’immigration, ne forme pas un bloc social : elle forme une addition provisoire de groupes aux intérêts contradictoires, qui éclate dès que la campagne référendaire force à préciser le projet. Enfin, en remettant à plus tard le débat sur le projet de société, cette stratégie prive l’indépendance de ce qui pourrait la rendre mobilisatrice pour la majorité populaire : pourquoi une travailleuse de la santé, un locataire écrasé par le coût du logement ou une jeune femme racisée se battraient-ils pour une indépendance dont le contenu social reste délibérément indéfini ?

La seconde stratégie part d’une prémisse inverse : ce n’est pas en vidant l’indépendance de son contenu social qu’on construira une majorité, mais en lui donnant un contenu suffisamment fort pour que la majorité populaire y reconnaisse ses propres aspirations. Si le soutien à la souveraineté plafonne depuis trente ans, c’est en partie parce que le projet a été trop souvent présenté comme celui d’une nation culturelle homogène, géré par une élite francophone, sans que la majorité des gens qui travaillent et qui peinent à se loger y voient clairement leur intérêt. Construire une majorité populaire pour l’indépendance, c’est inverser cette logique : montrer que l’indépendance est un instrument au service de celles et ceux qui vivent et travaillent ici — quelle que soit leur origine — et que l’émancipation nationale est inséparable de l’émancipation sociale. Cette fusion du national et du social a été au cœur des mouvements de libération nationale les plus durables du XXe siècle. Concrètement, elle implique de lier l’indépendance au droit au logement, à la défense et à l’expansion des services publics, à la transition écologique, à l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, et à la lutte contre le racisme systémique. Ce programme n’est pas un programme de gauche plaqué sur la question nationale. C’est la traduction de ce que signifie rompre réellement avec les structures de domination que perpétue l’ordre fédéral.

Cette approche est la seule capable de produire un véritable bloc social large — une coalition non pas d’appareils partisans mais de forces sociales organisées, ancrées dans des communautés réelles et capables de mobiliser durablement : le mouvement syndical, les organisations féministes, les groupes écologistes, les associations issues de l’immigration, les nations autochtones. Toutes ces forces ont des raisons objectives de soutenir une indépendance clairement porteuse d’une transformation sociale en leur faveur. Aucune n’a de raison de se mobiliser pour une indépendance dont le contenu social resterait suspendu à un accord futur entre élites politiques aux intérêts divergents. La majorité indépendantiste dont le Québec a besoin ne naîtra pas d’un pacte entre partis, mais de la convergence des luttes sociales et de la question nationale — par la démonstration, dans la pratique quotidienne du mouvement, que l’indépendance n’est pas le projet d’une fraction ethnique ou d’une élite gestionnaire, mais bien celui de la majorité de celles et ceux qui vivent, travaillent et luttent ici.

Québec solidaire et l’ensemble de la gauche de rupture a ici un rôle irremplaçable à jouer : non pas simplement critiquer les insuffisances du PQ depuis l’extérieur, mais construire activement les convergences entre le mouvement national, le mouvement syndical, les communautés autochtones et les communautés issues de l’immigration autour d’un projet commun — un Québec indépendant, écologique, social et décolonial.

5. Le référendum doit suivre le processus constituant

L’histoire référendaire du Québec pose une question que le mouvement indépendantiste n’a jamais vraiment résolue : pourquoi deux campagnes intenses, portées par des générations de militantes et militants, n’ont-elles pas suffi à convaincre une majorité de la population de franchir le pas ? La réponse courante — manque de leadership, conjoncture défavorable, peur économique savamment entretenue par le camp fédéraliste — n’est pas fausse, mais elle est insuffisante. Elle escamote une limite structurelle plus profonde, inhérente à la forme même du processus référendaire tel qu’il a été pratiqué jusqu’ici.

Le modèle référendaire québécois, tel qu’il est encadré par la Loi sur les consultations populaires, repose sur une logique fondamentalement descendante. Un gouvernement élu décide seul du moment, de la question et du cadre du vote. La population est ensuite convoquée à trancher, en quelques semaines de campagne, une question formulée sans elle et sur un projet de société dont elle n’a pas délibéré collectivement. Ce processus place la majorité populaire dans une position de réceptrice plutôt que d’actrice : on lui demande d’approuver ou de rejeter un projet qu’elle n’a pas contribué à construire.

Or la conscientisation politique — c’est-à-dire la transformation profonde du rapport qu’un peuple entretient avec sa propre capacité à se gouverner — ne se produit pas en quelques semaines de débats télévisés. Elle exige du temps, des espaces de délibération réels, une expérience collective du pouvoir et de ses possibles. Une campagne référendaire peut mobiliser des convictions déjà formées ; elle ne peut pas, à elle seule, en créer de nouvelles. En 1995, la quasi-victoire du Oui a reposé sur une montée en puissance émotionnelle dans les dernières semaines de campagne — montée qui exprimait un désir profond d’émancipation, mais qui s’est fracassée sur l’absence d’un projet de société suffisamment construit et approprié par la base pour résister à la pression du camp du Non. La mobilisation était réelle ; l’enracinement, insuffisant.

Le problème central n’est pas simplement de savoir si le Québec doit être indépendant, mais de savoir quel Québec indépendant nous voulons construire — quelles institutions le gouverneront, selon quelles valeurs, au service de quels intérêts, avec quels droits garantis pour quelles communautés. Cette question ne peut pas être tranchée par un parti politique, même souverainiste, même progressiste. Elle appartient au peuple dans son ensemble et ne peut être résolue que par un processus délibératif long, ouvert et véritablement constituant.

Une assemblée constituante n’est pas un simple comité d’experts chargé de rédiger une constitution. C’est un espace démocratique de construction collective, où des citoyennes et citoyens ordinaires élu·es, représentatifs de la diversité réelle de la société — débattent, négocient et décident des fondements du vivre-ensemble. Ce processus est en lui-même un acte d’émancipation politique : les gens cessent de se percevoir comme des administrés soumis aux décisions d’une élite parlementaire pour commencer à se vivre comme les auteurs légitimes de leur propre ordre politique. Il crée également l’espace dans lequel les forces sociales progressistes peuvent inscrire leurs exigences dans le projet fondateur, dépassant ainsi le dilemme récurrent de la gauche souverainiste — contrainte de choisir entre soutenir un projet d’indépendance dont le contenu social reste vague ou s’en écarter au risque d’affaiblir le camp du Oui.

C’est aussi le seul moyen de construire une relation véritablement nouvelle avec les nations autochtones. La question autochtone ne peut pas être réglée après l’indépendance, ni confiée à la bonne volonté d’un gouvernement souverainiste. Elle doit être au cœur du processus constituant lui-même, avec une participation pleine et entière des Premiers Peuples à la définition des fondements juridiques et institutionnels du nouveau Québec. Un référendum tenu sans ce travail préalable reproduirait, quelle que soit son issue, la logique coloniale de l’État canadien — simplement transposée sous drapeau québécois.

La séquence s’impose donc d’elle-même : le processus constituant doit précéder le référendum. Ce n’est qu’une fois que le peuple du Québec — dans toute sa diversité — aura eu l’occasion de débattre et de construire collectivement le projet de société qui accompagnera l’indépendance, que la question référendaire retrouvera toute sa force mobilisatrice. Le vote ne sera plus alors une réponse abstraite à une question formulée par un parti politique ; ce sera la ratification démocratique d’un projet que le peuple aura lui-même élaboré. La légitimité du Oui sera d’une tout autre nature — non plus celle d’une majorité arithmétique arrachée au terme d’une campagne émotionnelle, mais celle d’un peuple qui aura exercé, collectivement et délibérément, sa souveraineté.

Le mouvement indépendantiste n’a pas perdu en 1995 faute d’audace ou de mobilisation. Il a perdu parce que la question du Québec qu’il voulait construire après le Oui était restée trop vague, trop peu ancrée dans les aspirations concrètes de la majorité populaire. Apprendre cette leçon, c’est comprendre que le prochain référendum gagnant ne sera pas celui que l’on tiendra le plus vite, mais celui que l’on aura le mieux préparé — en laissant d’abord le peuple se saisir lui-même de la question.

Ces orientations stratégiques ont été pour l’essentiel élaborées dans des débats de Québec solidaire qui ont défini l’originalité du parti sur la question nationale. Elles méritent d’être défendues face des stratégies qui n’ont pas débouchés sur les résultats escomptés.

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Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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