Édition du 10 mars 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

L’orientation du PQ face à l’immigration, révélateur de sa dérive droitière

Le débat autour de l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) agit comme un révélateur puissant de l’actuelle dérive droitière du Parti québécois, sous la direction de Paul St-Pierre Plamondon. Présentée comme une mesure de « gestion irresponsable » de l’immigration, cette décision de présenter la demande de reconnaissance de droits acquis par les immigrant·es profitant du PEQ comme un danger d’une « immigration envahissante » s’inscrit en réalité dans une orientation plus large de restriction, de sélection utilitariste et de mise en suspicion des personnes immigrantes, désormais décrites comme une menace pour l’accès au logement, aux services publics, pour la protection de la langue française ou encore pour l’accès des jeunes à l’emploi.

Photo : Chiffres à la main, Paul St-Pierre Plamondon a vivement critiqué l’augmentation « radicale » du nombre d’immigrants au Québec.(Le Devoir)

Jean-François Roberge : une immigration réduite et malmenée

Cette orientation est sur le fond la même que celle du gouvernement caquiste. Le ministre Jean-François Roberge assume pleinement une politique d’« immigration choisie et réduite », qui vise à faire baisser drastiquement le nombre d’immigrant·es permanents et à statut temporaire. La réforme du Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) illustre cette politique : : malgré des milliers de demandes déposées depuis l’été 2025, moins d’une poignée de certificats de sélection ont été délivrés, une situation que le ministre juge tout à fait normale. Les cibles d’immigration permanente sont revues à la baisse :, avec un objectif de 45 000 admissions annuelles et une réduction globale de la population immigrante de plus de 400 000 à environ 200 000 personnes d’ici 2029, sans compter le recul assumé de l’immigration humanitaire.

PSPP se mobilise contre la clause des droits acquis des travailleurs et travailleuses du PEQ

C’est précisément contre de « supposés dangers »de la reconnaissance d’une clause de droits acquis élargie que PSPP a choisi de se mobiliser politiquement. En reprenant les chiffres avancés par la CAQ, il affirme qu’une telle clause entraînerait l’octroi de 250 000 à 300 000 résidences permanentes supplémentaires, en ajoutant que près de 190 000 demandeurs d’asile présents sur le territoire pourraient, en théorie, se qualifier au PEQ s’ils remplissaient les critères linguistiques. Cette rhétorique laisse planer l’image d’une immigration « envahissante », présentée comme responsable de la crise du logement, de la détérioration des services publics, du recul du français, de l’itinérance ou encore de l’impossibilité pour les jeunes d’accéder à la propriété. Alex Boissonneault, député d’Arthabaska, a accusé le monde municipal d’ignorer l’impact d’une clause grand-père généralisée sur le logement et le système d’éducation, tout en insinuant que les travailleurs étrangers temporaires « volent » des emplois à des jeunes dont le taux de chômage atteindrait 15 %.

Face à cette construction anxiogène, Québec solidaire défend le rétablissement du PEQ et démonte point par point les chiffres avancés par le PQ. Gabriel Nadeau-Dubois et Guillaume Cliche-Rivard ont rappelé que les demandeurs d’asile ne sont pas admissibles au PEQ et que, selon les données disponibles, entre 6 000 et 20 000 personnes tout au plus pourraient se qualifier, soit une fraction très limitée de l’ensemble des travailleurs temporaires. Cliche-Rivard souligne également que, ces dernières années, le PEQ a surtout permis de sélectionner quelques milliers de diplômés francophones, bien loin des centaines de milliers brandis dans le débat public. L’idée d’un déferlement massif ne résiste donc pas à l’analyse :.

Une mobilisation sociale large s’est organisée pour la reconnaissance des droits acquis des personnes qui répondaient aux critères du PEQ

Les sondages et les prises de position publiques montrent un appui populaire important au rétablissement du programme :. Les syndicats, les universités, les cégeps, les chambres de commerce, les partis d’opposition et de nombreuses municipalités se sont prononcés en ce sens. La CSN, par la voix de Caroline Senneville, a dénoncé une réforme injuste et déstabilisante. L’Union des municipalités du Québec a fait de même, tout comme le maire de Québec, Bruno Marchand, qui rappelle que les travailleurs immigrants répondent à des besoins cruciaux :.

La nécessité de dépasser la conception utilitariste de l’immigration

Cependant, même ces revendications restent souvent enfermées dans une conception utilitariste de l’immigration, centrée sur les besoins du marché du travail. Une politique d’immigration choisie et étroitement utilitariste repose sur une logique profondément réductrice : elle considère les personnes migrantes non comme des êtres humains porteurs de droits, d’histoires et de projets de vie, mais comme de simples variables économiques. Elle trie, sélectionne et hiérarchise les individus en fonction de leur utilité supposée pour le marché du travail, valorisant les compétences immédiatement rentables tout en rejetant ou précarisant les autres. Cette approche instrumentalise les migrations au service des intérêts économiques des entreprises, sans se soucier ni des parcours humains ni des conséquences sociales et politiques de cette sélection.

Dépasser cette orientation implique un changement de paradigme. Les organisations syndicales, populaires et antiracistes avancent des pistes claires : mettre fin aux expulsions et aux obstacles administratifs à la liberté de circulation ; régulariser massivement les personnes sans papiers afin d’éviter la constitution de couches surexploitées et sans droits ; abolir les permis de travail fermés qui institutionnalisent la surexploitation ; faciliter réellement l’accès à la résidence permanente ; élargir l’accueil des personnes réfugiées, y compris les réfugié·es climatiques, et renforcer la réunification familiale. Mais la remise en question des politiques actuelles ne va pas jusqu’à remettre en cause les fondements de la politique utilitariste :. L’attitude du PQ sur l’immigration se heurte frontalement aux politiques des organisations des travailleurs et travailleuses du Québec.

L’enjeu central est celui de l’égalité des droits

Toute une série de revendications ont été avancées par les organisations syndicales, populaires et antiracistes. Mais, il est nécessaire de rompre avec la vision utilitariste de l’immigration, Ce qui n’est pas toujours le cas. Afin d’éviter un processus de morcellement de la population du Québec entre ceux et celles qui ont des droits et ceux et celles qui n’en ont pas ou peu, il faut garantir l’égalité des droits de toutes les personnes habitant le territoire : le droit de s’installer durablement, le droit de travailler, de recevoir un salaire égal pour un travail égal, le droit de vivre en famille, le droit à la citoyenneté, le droit à des services sociaux, le droit à la syndicalisation et le droit de vote. C’est la reconnaissance de ces droits qui, seule, peut assurer la cohésion sociale, la solidarité et l’unité de l’ensemble des travailleurs et travailleuses vivant au Québec.

Nous reprenons ici les revendications que nous avons opposées à la politique migratoire du Parti québécois : : Un Québec libre de ses choix, pour un modèle viable en immigration. Elles indiquent la voie des luttes concrètes qu’il faut mener pour que la liberté de circulation et d’installation puisse se concrétiser. Il faut :

• Arrêter les expulsions et en finir avec la volonté de refouler les travailleurs et travailleuses migrant·es et de multiplier les obstacles physiques, juridiques et administratifs à leur liberté de circulation.
• Régulariser les sans-papiers pour éviter de bâtir des couches surexploitées de personnes sans droits à l’intérieur du Québec et du Canada. Le gouvernement du Canada a reculé sur la perspective d’une régularisation massive. Le programme de PSPP appuie ce recul. Il pose même la perspective qu’un Québec indépendant soit encore plus restrictif à l’égard de l’accueil des demandeurs et demandeuses d’asile.
• Mettre fin aux permis de travail fermés et à la surexploitation de ces travailleurs et travailleuses n’ayant pas les mêmes droits que les autres citoyens et citoyennes du Québec.
• Adopter des mesures facilitant l’accès à la résidence permanente. À ce niveau, le plan du PQ fait peu de concessions, mais multiplie les difficultés de régularisation et d’obtention d’un statut de résident permanent ainsi que d’accession à l’ensemble des droits disponibles à la population native du Québec.
• Élargir l’accueil des personnes réfugiées et la réunification familiale. À ce niveau également, le modèle viable en immigration du Parti québécois va exactement dans le sens inverse, en n’élargissant pas aux réfugié·es climatiques le statut de demandeur d’asile…

Cette orientation, qui s’oppose frontalement au plan du PQ de PSPP en matière d’immigration, doit être partie prenante de notre projet d’indépendance nationale et contribuer à la création de liens de solidarité avec les peuples du monde contre les politiques de l’oligarchie et de ses gouvernements.

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Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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