Édition du 2 juin 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

Un Québec en mal de vivre trompé par le bouc émissaire « immigré »

Dans le brouillard cacophonique, où trouver le projet de société rassembleur

En 1955, le Canadien de Maurice Richard servait d’exutoire nationaliste pour cause d’impuissance politique. En 2026, le perdant « Go Habs Go » canadian symbolise l’échec nationaliste du plus que dernier demi-siècle. Comme le révèle l’enquête amateure mais néanmoins révélatrice du Oui-Québec, le peuple québécois s’en trouve dans unétat de mal de vivre. Comme dans les années 1950, le bon peuple a tendance à renier sa langue et sa fierté surtout à Montréal et en Outaouais mais aussi dans tous les domaines des affaires, des sciences, de la culture commerciale, des communications. Faut-il se consoler de la victoire de la Victoire ? C’est là une médaille à deux côtés, tant une fuite en avant sportive qu’une affirmation symbolique que les femmes du Québec prennent les affaires en main. On pense à l’organisation Mères au front qui lutte partout au Québec sur tous les fronts avec l’énergie du désespoir et que les échecs ne tuent pas. On pense à la grève réussie du communautaire, où règnent les femmes, mais où le rapport de forces est encore loin de ce qu’il faut pour vaincre. À quand le déterminant appoint syndical qui n’était pas au rendez-vous le 1er mai ?

L’enquête-participation du Oui-Québec révèle que si « 71 % des organisations estiment qu’elles n’ont “plus de pouvoir sur rien pantoute”, se désolent d’un étiolement du tissu social, d’une hausse de la charge bureaucratique à laquelle elles sont astreintes et d’un désengagement de l’État », à 77% la cinquantaine de groupes participants « réclament un grand projet de société, une sorte de
“Révolution tranquille 2.0”.  » Comme obstacle majeur afin de resserrer le tissu social pour réengager un État démocratisé, «  près des deux tiers des groupes (64 %) déplorent l’attitude adoptée par le Québec – et aussi par le mouvement souverainiste – sur la question du vivre-ensemble, un terme qui désigne de façon implicite le délicat enjeu de l’immigration ». Le Oui-Québec comme L’Aut’Journal, autre proche allié du PQ — même Le Devoir le fait sotto voce — lui envoient des messages pour redresser la barre vers un Québec inclusif. Il semble qu’il est trop tard. Le chef péquiste s’enferme dans le déni.

Reste Québec solidaire qui accueille positivement l’enquête du Oui-Québec. Si cette enquête est de la musique aux oreilles des Solidaires, la plateforme électorale du dernier congrès annonce-t-elle le projet de société de « justice sociale et [de] protection de notre environnement » du parti ? En proposant un correctif de gauche à l’actuelle société néolibérale en voie de durcissement répressif et guerrier, Québec solidaire révèle qu’il n’a pas décroché de la nostalgie des « trente glorieuses » (1945-1975). Le parti n’a pas réalisé qu’il est impossible de remettre le génie dans la bouteille. Cette parenthèse a certes anticipé la société socialiste avec son État-providence qui a en partie arraché à la domination du marché des services essentiels. Mais elle avait aussi plongé le monde dans un état schizophrénique de mutuelle destruction assurée (MAD en anglais) par la course aux armements nucléaires. Cette maladie mentale sociale a noyé la société dans la consommation de masse au prix du néocolonialisme et des guerres chaudes du « tiers-monde » sans oublier la rupture métabolique des grands équilibres écologiques. Comme un boomerang, ce bonheur factice de gadgets, de villas campagnardes, d’auto-solo et de divertissements propulsé aux hydrocarbures précipite le monde dans l’enfer de la terre-étuve vis-à-vis lequel le capitalisme ne peut rien sauf s’empêtrer dans le capitalisme vert.

Le prochain rendez-vous électoral du Québec est marqué par la néofascisation du monde auquel participe à plein le nouveau parti Libéral de l’ex banquier et gérant financier Mark Carney jetant pardessus bord écologie, droit des immigrant et droits tout courts. Sus à l’intrus immigrant islamique ou prétendu tel qu’hypocritement sous-entendent les CAQ, PCQ et PQ. Le PLQ, garant des intérêts des entreprises qui veulent le surexploiter, se met au neutre préférant faire oublier son refus de la reconnaissance du racisme systémique lors de son dernier passage au gouvernement. Quant aux Solidaires, ils plaident l’inclusion espérant que l’électorat oubliera le manque de solidaritéde sa députation vis-à-vis leur collègue d’origine tunisienne ayant souligné le racisme larvé planant sur l’Assemblée nationale. Il faudra faire avec le moindre mal face à cette palette d’opinions lors de la prochaine élection bien qu’aucune ne soit ferme et tranchée sur la question identitaire. C’est une triste affaire qu’aucune plateforme électorale clame noir sur blanc le projet de société du soin et du lien avec décroissance matérielle sous contrôle populaire et ouvert sur le monde. Quoique les Solidaires y aspirent un tantinet.

Un tel projet, pour vaincre la puissance économique, financière, répressive, militaire du petit démographiquement 1%, aussi nommé grand capital transnational, requiert la plus grande unité organisée et combative du peuple travailleur de la nation, en liaison étroite avec ceux d’ailleurs, toutes différences confondues et respectées. Les deux dernières décennies depuis la Grande crise de 2008 ont vu maints gigantesques soulèvements populaires qui n’ont pas aboutis faute d’un parti de confiance brandissant le drapeau de ce projet de société.

Marc Bonhomme, 1er juin 2026
ww.marcbonhomme.com ; bonmarc1@gmail.com

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