Édition du 16 juin 2026

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Pierre Karl Péladeau derrière l’agence Nomade

Deux mois après avoir décrété un lock-out, le Journal de Québec pouvait s’alimenter en nouvelles auprès d’une agence commandée par un homme, Pierre-Karl Péladeau.

« Pierre Karl Péladeau m’a appelé en me disant : écoute, j’ai un projet d’une agence de presse. Comment peut-on mettre ça sur pied ? » a dit le président de l’agence Nomade, Sylvain Chamberland, hier, durant son témoignage devant la Commission des relations du travail, qui entend les plaintes du syndicat des employés du Journal de Québec concernant l’utilisation alléguée de briseurs de grève.

Cet ex-vice-président au développement de Quebecor (de 2005 à 2006), qui avait auparavant occupé des postes de direction à TVA, à Radiomédia et à la Société Radio-Canada, a finalement lancé son agence Nomade, le 26 juin 2007. Cette agence, qui engage 23 journalistes et chroniqueurs, dont « sept à huit » travaillent à Québec, approvisionne en articles et photographies le portail Canoë, duquel les diverses branches de Quebecor (Journal de Québec, Journal de Montréal, TVA, Publications TVA, 24 heures, Sun Media, etc.) peuvent ensuite s’approvisionner puisque Nomade leur en cède l’usage.

Structure « claire »

« L’élément surprenant de la journée a été d’apprendre que le grand patron de l’entreprise a lui-même effectué des démarches pour créer une telle agence de presse, et ce, quelques semaines seulement après le début du conflit au Journal de Québec », a signalé le porte-parole des syndiqués du Journal, Denis Bolduc.

Les plaintes déposées par les syndicats visent 17 personnes : des journalistes de Canoë et de Nomade, des photographes de Keystone et un messager.

« Pour nous, c’est clair que toute cette structure a été mise en place, parce qu’il y avait un conflit au Journal de Québec. Que ces gens-là se présentent au nom de Canoë ou Nomade, ils ne seraient pas à Québec pour faire le même travail que nous s’il n’y avait pas de conflit », a poursuivi Denis Bolduc.

Une « illustration »

Avant la date de l’entente signée avec Quebecor Media, Sylvain Chamberland dit avoir parlé « deux fois » avec le chef de la direction de Quebecor, mais qu’il n’a alors jamais été question du conflit de travail au Journal de Québec amorcé le 22 avril précédent. Aux questions du représentant des syndiqués, Me Jacques Lamoureux, Sylvain Chamberland a dit également n’avoir jamais fait allusion au conflit au Journal de Québec, que ce soit avec l’un des cadres de la rédaction du Journal, Patrick White, et avec les autres filiales de Quebecor chez qui il avait fait sa tournée de prospection avant de lancer son agence.

« La concordance des dates entre le début du conflit et la création de cette agence nous permet de voir les liens étroits dans la famille de Quebecor. Ça fait longtemps que Denis Bolduc dit que ce conflit était planifié de longue date. Alors, on en a eu l’illustration aujourd’hui », a émis Me Yves Morin, l’autre avocat des syndiqués qui a participé aux audiences d’hier.

Le messager rendu ailleurs

En matinée, le messager visé par une plainte, Yan Perron, a expliqué en quoi consistait son travail qu’il a accompli pour la firme Côté Tonic, de la fin d’août 2007 à la première semaine de janvier. Des enveloppes qu’il transportait « une quarantaine de fois par jour » entre cette boîte de publicité de la Grande Allée et le premier étage du Journal de Québec l’amenaient parfois à des détours vers diverses entreprises comme les Pharmacies Brunet, Meubles en vrac, etc.

« Je savais que c’était du matériel pour Côté Tonic, mais je ne savais pas quel matériel c’était exactement », a reconnu Yan Perron. Depuis « la première semaine de janvier », M. Perron dit maintenant être représentant chez Pages Média, une filiale de Quebecor qui verse dans le marché des annuaires.

« C’est curieux. Dès le lendemain du 23 août 2007, après une ordonnance rendue par la Commission des relations du travail de ne plus utiliser quatre travailleurs de remplacement (deux étaient des messagers), un nouveau messager entrait tout de suite au Journal de Québec. Et là, ce messager qui, à son tour n’est plus à l’emploi du Journal, se trouve un emploi grâce à Jobboom (qui appartient à Quebecor) dans une autre filiale de Quebecor. C’est révélateur », soulève Denis Bolduc.

Cette journée d’hier était la troisième dans cette cause, après celles tenues les 14 et 28 janvier. Les audiences de la Commission se poursuivent demain.


Source : SCFP 13 mars 2008

Mots-clés : Communiqués

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