Édition du 6 décembre 2022

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Livres et revues

Prix du livre : l’analyse de l’IEDM ne fait pas le poids face aux études sérieuses

L’Institut économique de Montréal fait bande à part. L’IEDM vient en effet de produire une « étude-maison » sur le prix unique du livre dont les conclusions vont à l’encontre de tout ce qui a été démontré de façon empirique dans les études sérieuses menées à ce jour sur cette question. Au lieu de s’intéresser aux faits, d’examiner les résultats des études réalisées ailleurs à partir de cas réels, l’IEDM a préféré s’adonner à un exercice purement théorique lui permettant de conclure qu’un régime de prix unique conduira notamment à un recul des ventes de livres de 14% au Québec. Or, l’expérience internationale démontre exactement le contraire.

Mais plus grave encore : l’étude de l’IEDM s’appuie sur une hypothèse de travail rigoureusement fausse qui discrédite l’ensemble de leurs prétentions. Dans l’annexe technique de l’étude, on apprend que les auteurs de celle-ci partent de l’hypothèse que « Les librairies indépendantes et les grandes chaînes offrent en moyenne 20 % de rabais sur le prix suggéré à l’heure actuelle (en supposant par exemple que les librairies indépendantes offrent des rabais entre 15 % et 20 % du prix suggéré et que les succursales des grandes chaînes offrent des rabais entre 20 % et 25 %). Les magasins à grande surface offrent en moyenne 30 % de rabais. » Or, tous ces chiffres sont faux : en réalité, quiconque connait minimalement le secteur du livre sait que les rabais sont aujourd’hui pratiquement inexistants chez les indépendants et les succursales des chaînes, alors que les rabais dans les magasins à grande surface sont en moyenne de l’ordre de 20%. L’IEDM arrive à des conclusions fausses parce que ses auteurs appliquent des théories spéculatives sur des données erronées. Navrant.

Un appel à la raison

L’instauration de réglementations de prix de vente des livres s’inscrit dans une mouvance générale mondiale, déjà en place dans des pays aussi divers que l’Allemagne, l’Argentine, l’Autriche, la Corée du Sud, l’Espagne, la France, la Grèce, la Hongrie, l’Italie, le Japon, le Portugal, le Mexique, la Norvège, les Pays-Bas et Israël (et actuellement à l’étude dans plusieurs autres pays, dont le Brésil). À l’instar de ces pays, il est urgent que le Québec intervienne pour encadrer les guerres commerciales qui, si elles sont trop violentes, conduiront à l’effritement du réseau de revente actuel (un réseau diversifié et décentralisé composé surtout de librairies qui favorisent la diversité éditoriale) et son remplacement graduel par un oligopole de 3 ou 4 entreprises (ultimement toutes américaines). Cet oligopole pourrait alors dicter largement les conditions commerciales réservées aux éditeurs et aux auteurs d’ici, les prix de vente des livres aux consommateurs, mais aussi, les choix éditoriaux : en limitant ce qui est commercialisé aux seuls best-sellers assurés, empêchant alors la relève et les succès de demain.

Par ailleurs, une mise au point apparait nécessaire, car contrairement à ce que véhicule l’IEDM, nos associations ne réclament pas l’instauration d’un prix unique du livre au Québec ! La réglementation préconisée à l’unanimité des grandes associations œuvrant dans le domaine du livre, membres de la Table de concertation du livre, ne concernerait qu’un certain nombre de titres, à savoir les nouveautés de moins de neuf mois. Et même sur ces titres des rabais allant jusqu’à 10% seraient autorisés. L’objectif de notre démarche est de limiter l’ampleur de certains types de guerres de prix qui, à terme, sont préjudiciables pour tous : écrivains, artisans du livre et lecteurs.

Il est normal que certains aient des opinions défavorables à notre projet, mais ceux-ci ont l’obligation de mener un examen approfondi de la question pour en saisir tous les angles. La complexité et les nuances heureusement trouvent écho auprès des officines dirigées par des gens qui ont une vision et une réflexion approfondie ainsi qu’auprès des élus qui ont à cœur l’intérêt public. Une commission parlementaire aura bientôt lieu et permettra de faire toute la lumière sur cette question, de faire la part de ce qui est fondé, de ce qui relève de l’apriori, de l’idéologie, de la méconnaissance ; de « séparer le bon grain de l’ivraie ». Rappelons qu’il s’agit d’un triple enjeu : culturel d’une part, quelque 5 000 titres étant publiés chaque année au Québec ; économique et social d’autre part, plus de 12 000 emplois directs étant concernés sans compter les retombées indirectes. Par conséquent, à l’heure où les défis à la profession sont nombreux et croissants, il importe de préserver l’écosystème du livre si l’on veut dans un proche avenir qu’une création québécoise vivante et fertile, reflet de notre société, soit du domaine du possible.

On serait en droit de poser bien des questions à l’IEDM. Pourquoi les pays qui réglementent le prix des livres n’abandonnent-ils pas cette mesure si elle est si néfaste ? Pourquoi l’IEDM ne cite jamais les études les plus importantes ? Pourquoi ne s’intéresser qu’aux indépendants alors que les chaînes de librairies sont également menacées à terme dans le modèle anglo-américain ? Etc. Mais l’opposition de l’IEDM semble viscérale, voire déraisonnable.

Texte tiré du site de l’Association des éditeurs de livres le 5 mars 2013.

Association des éditeurs de livres

Née en 1992 de la fusion entre l’Association des éditeurs (1943) et la Société des éditeurs de manuels scolaires du Québec (1960), l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) regroupe près d’une centaine de maisons d’édition de langue française au Québec et au Canada. Sa mission est de soutenir la croissance de l’industrie de l’édition et d’assurer le rayonnement du livre québécois et canadien français à l’échelle nationale et internationale. Les maisons d’édition membres de l’Association publient divers types d’ouvrages, du roman au manuel scolaire en passant par l’essai, la poésie, le livre pratique et le livre jeunesse. Ces maisons sont situées au Québec, en Ontario, au Manitoba et au Nouveau-Brunswick.

Au printemps 2012, l’ANEL procédait à une refonte majeure de ses statuts et règlements et renonçait à sa structure par sections, adoptant un fonctionnement par comités statutaires. Le fonctionnement par sections est maintenu jusqu’à la tenue de l’assemblée générale annuelle de septembre 2012.

Les actions de l’Association s’articulent autour des pôles suivants : représentation des éditeurs auprès des pouvoirs publics et des autres intervenants du milieu du livre, sur la scène nationale comme à l’étranger, activités nationales de promotion du livre, information et formation professionnelle.

L’ANEL, par le biais de Québec Édition, se préoccupe également du rayonnement international des éditeurs d’ici et soutient leurs activités d’exportation en organisant des stands collectifs dans plus de dix foires et salons à travers le monde. Québec Édition développe en outre — via les missions à l’étranger et l’accueil de partenaires de divers pays — un réseau de contacts destiné à aider la profession dans son rayonnement sur les marchés internationaux.

En représentant les intérêts de la profession d’éditeur, l’Association prône la liberté d’expression, le respect du droit d’auteur et l’accès universel au livre comme outil d’apprentissage. Elle travaille en étroite collaboration avec les autres associations et regroupements de la chaîne du livre au Québec et au Canada.

http://anel.qc.ca

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