Édition du 29 septembre 2020

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Que faire de ces statues et de ces noms de rues au passé trouble ?

Pour un débat ouvert à la participation du plus grand nombre en matière d’art public et de toponymie au Québec

L’histoire des femmes et des hommes vivant en société est parfois le fait de personnes animées par de grandes convictions et, d’autres fois, elle est l’œuvre de personnes habitées par une soif insatiable de vengeance et une immoralité sans borne. L’enseignement de l’histoire (officielle comme honteuse) se fait, entre autres choses (mais pas exclusivement), avec des manuels. Elle se fait également à travers des monuments, des plaques commémoratives, etc..

En matière historique, il est important de le mentionner, il y a le passé des vainqueurs et le passé des vaincuEs. Hélas, nous trouvons encore aujourd’hui des personnes qui appuient des personnages historiques qui ont été à l’origine de grandes injustices. Il n’y a aucune raison pour statufier dans le bronze ces odieux personnages qui ont massacré et qui ont également tué. Les statues et les noms de rues sont là pour immortaliser, selon nous, la contribution exceptionnelle d’une personne à l’avancement de la société, au rayonnement du savoir, à l’épanouissement culturel, etc. Pour ce qui est des plaques commémoratives, nous n’avons rien contre le rappel de certains événements historiques avec le nom des actrices et des acteurs réellement impliquéEs par l’événement.

Nous nous sommes longtemps demandé pourquoi, jusqu’à tout récemment, une rue au nom d’Amherst à Montréal ? Cet homme qui a voulu exterminer les autochtones méritait-il cet honneur ? Quand nous nous déplaçons au Québec, nous nous demandons pourquoi autant de rues ou de boulevards au nom d’un ex-premier ministre qui a tant réprimé la classe ouvrière ? Pourquoi toutes ces rues qui ont un nom anglais dans le Centre-ville de Montréal ? Il s’agit là, selon nous, d’un héritage d’un certain passé où une certaine minorité dirigeante et arrogante imposait ses choix et ses héros à la majorité dirigée invitée à se taire.

Les rues de Montréal doivent avoir plus de noms autochtones. Elles doivent aussi avoir plus de noms francophones. Pourquoi une rue "Mayor" ? "City councillors" ? "Stanley" ? "Peel" ? "Sherbrooke" ? Et nous en passons. Duplessis mérite-t-il autant de rues ou de boulevards à son nom au Québec ? À quand des rues portant le nom de certaines femmes qui ont tenu tête aux dirigeants bornés et misogynes ?

Les statues et les plaques de rues toponymiques qui glorifient des personnages grotesques et qui excitent uniquement les fanatiques d’un passé décadent peuvent être rangées dans certains lieux clos. Une statue de ces personnages qui ont réduit des humains à l’esclavage est à notre sens une authentique insulte à l’intelligence. De notre côté, nous n’avons et nous n’aurons jamais aucun intérêt à aller nous recueillir ou à nous prosterner devant une statue des grands bouchers de l’humanité (avons-nous besoin de les nommer ?). Il nous semble qu’il n’appartient pas à chacunE d’imposer ses critères en matière d’art public ou de toponymie. Il n’y a aucun intérêt à transmettre à la postérité, dans le bronze ou sur des plaques toponymiques, le patronyme de protagonistes qui appartiennent aux poubelles de l’histoire !

À notre avis, un débat ouvert à la participation du plus grand nombre s’impose en matière d’art public et de toponymie au Québec.

Yvan Perrier

21 juin 2020

18h40

yvan_perrier@hotmail.com

Ajout
22 juin 10h15

La rue du nom jadis de « Craig » est devenue, en 1976, la rue Saint-Antoine... Mais qu’est-ce que saint-Antoine a à voir avec l’histoire de ce lieu géographique de Montréal (le Vieux-Montréal pour être plus précis) ? Cette rue, sauf erreur de notre part, s’est appelée, durant quelques décennies, la "rue des Menuisiers". Il nous semble que les noms de rues doivent être en lien avec des choses significatives de la vie en société. Le rappel du nom de certains tortionnaires et autres grotesques personnages (non pas historiques mais hystériques) est inévitable dans un récit ou un ouvrage de référence et parfaitement et absolument évitable dans l’art public et la toponymie des rues.

Montréal baigne dans des odeurs de sainteté qui n’ont aucun rapport avec la vie vécue des personnes qui ont habité les rues Sainte-Catherine, Saint-Laurent, Saint-Dominique etc... Monseigneur Charbonneau, celui qui a tenu tête à Duplessis, a droit à un rappel de son existence dans un tout petit espace urbain. Un lieu très discret et quasiment complètement caché. Duplessis lui a droit à des boulevards, des rues, un comté, une statue, sa maison de naissance etc... Derrière la toponymie, la neutralité et l’objectivité n’existent pas. Les statues et les noms de rues visent à glorifier ou à citer en exemple des personnages. Lors de l’inauguration de la statue de Duplessis devant l’Assemblée nationale, René Lévesque disait que face à Duplessis il fallait "Séparer le bon grain de l’ivraie" (nous citons de mémoire ici). Cette journée-là, nous avons eu une grande divergence de vue avec René Lévesque. Alors, vous comprenez pourquoi l’auteur des présentes lignes est d’avis qu’il faut un débat (ouvert au plus grand nombre) sur l’art public et la toponymie des rues.

Yvan Perrier

Yvan Perrier est professeur de science politique depuis 1979. Il détient une maîtrise en science politique de l’Université Laval (Québec), un diplôme d’études approfondies (DEA) en sociologie politique de l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) et un doctorat (Ph. D.) en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Il est professeur au département des Sciences sociales du Cégep du Vieux Montréal (depuis 1990). Il a été chargé de cours en Relations industrielles à l’Université du Québec en Outaouais (de 2008 à 2016). Il a également été chercheur-associé au Centre de recherche en droit public à l’Université de Montréal.
Il est l’auteur de textes portant sur les sujets suivants : la question des jeunes ; la méthodologie du travail intellectuel et les méthodes de recherche en sciences sociales ; les Codes d’éthique dans les établissements de santé et de services sociaux ; la laïcité et la constitution canadienne ; les rapports collectifs de travail dans les secteurs public et parapublic au Québec ; l’État ; l’effectivité du droit et l’État de droit ; la constitutionnalisation de la liberté d’association ; l’historiographie ; la société moderne et finalement les arts (les arts visuels, le cinéma et la littérature).
Vous pouvez m’écrire à l’adresse suivante : yvan_perrier@hotmail.com

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