Édition du 21 septembre 2021

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Charte des valeurs québécoises

Une lettre d’Alexa Conradi

Réponse à Djemila Benhabib

Lundi dernier, 27 janvier, La Presse publiait dans sa section Votre opinion une lettre de Djemila Benhabib (http://www.lapresse.ca/debats/votre-opinion/201401/24/01-4732199-des-affirmations-erronees.php) en réponse à une chronique de Vincent Marissal (http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/vincent-marissal/201401/17/01-4729687-le-festival-du-sophisme.php). Mme Benhabib a profité de cette plateforme offerte pour s’attaquer une fois de plus à la réputation de la Fédération des femmes du Québec, qu’elle accuse d’être infiltrée par des islamistes. Nous prenons un moment pour lui répondre.

Le choix des mots n’est pas innocent. Madame Benhabib en connaît le poids. En choisissant « infiltrer », synonyme de noyauter, Mme Benhabib laisse entendre que des personnes se sont introduites à la FFQ dans un but subversif. Dans le climat actuel, il est facile d’accuser des personnes d’être islamistes, il est en revanche difficile de s’en défendre.

L’islamisme est défini par le Larousse comme un « mouvement regroupant les courants les plus radicaux de l’islam, qui veulent faire de celui-ci, non plus essentiellement une religion, mais une véritable idéologie politique par l’application rigoureuse de la charia et la création d’États islamiques intransigeants ». Or, la FFQ et ses membres prennent position contre la charia, contre les fondamentalismes et pour la laïcité. À aucun moment aie-je entendu dans nos rangs une intervention pouvant être associée à de l’islamisme.

À force de traiter celles et ceux qui ne partagent pas ses opinions « d’idiot-e-s utiles » ou d’islamistes, Mme Benhabib perd en crédibilité. Je peux confirmer l’intelligence, l’authenticité et la conviction des féministes musulmanes actives à la FFQ. Elles témoignent d’un rare courage en poursuivant leurs luttes féministes malgré les attaques des fondamentalistes musulmans, les accusations trompeuses de Mme Benhabib et de ses alliéEs, et les préjugés véhiculés dans la société québécoise.

Ne devrait-on pas se réjouir de la présence de ces féministes, longuement marginalisées et peu représentées, dans le mouvement ? La participation n’est-elle pas signe d’intégration ? La méfiance à leur endroit n’a d’égale que le manque de respect de Mme Benhabib envers les autres membres de la FFQ. Croit-elle vraiment que les membres de la FFQ - des grandes organisations féministes autonomes, des comités femmes des syndicats et d’organisations communautaires, des féministes de toutes les générations - sont si faciles à manipuler ? Nous réclamons davantage de nuances de la part de cette intervenante qui jouit d’une grande couverture dans les médias.

Mme Benhabib est en guerre contre la FFQ depuis 2009 lorsque l’organisation a adopté en assemblée générale spéciale une position sur le port de signes religieux qu’elle ne partage pas. Depuis, elle ne cesse de porter atteinte à la réputation de la FFQ. En adoptant une approche du type « avec ou contre moi », elle refuse de respecter la diversité des opinions féministes sur le sujet, une attitude inquiétante pour une démocrate.

Dans le débat sur la Charte, la FFQ demande au gouvernement de déposer un nouveau projet de loi portant uniquement sur la laïcité (et non sur les valeurs) et de mettre sur pied un comité sur les fondamentalismes religieux. Pour la FFQ, cette nouvelle loi devrait reposer sur trois piliers ;

1) la séparation de l’État et des religions,

2) la neutralité de l’État à l’égard des religions et de la croyance et

3) la liberté de conscience. Elle devrait également respecter trois principes féministes : la non-domination des femmes ou des groupes de femmes, la reconnaissance de leur droit à l’autodétermination et le respect des droits humains des femmes à l’effet qu’elles ont autant droit à l’égalité que droit à la religion.

Alexa Conradi

Fédération des femmes du Québec

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