Édition du 21 janvier 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Nucléaire

Résumé des questions concernant la réfection de Gentilly-2

par les CentricoisES et MauricienNEs pour le déclassement nucléaire

Les CentricoisEs et MauricienNEs pour le déclassement nucléaire viennent de déposer leur mémoire à la Commission canadienne de sûreté nucléaire sur le sort de la centrale Gentilly-2. Ce mémoire concerne d’abord et avant tout le gouvernement du Québec et notre société d’état Hydro-Québec.

Santé et environnement :

Le Canada et la CCSN continuent-ils de tolérer des rejets de 7000 bql/litre d’eau alors qu’une majorité de pays ne tolèrent aucunement ces normes ?

Hydro-Québec admet avoir observé une quantité inquiétante de tritium, substance hautement radioactive, dans les eaux souterraines d’une section du site de Gentilly-2. Comment Hydro-Québec peut-il éviter le déplacement du tritium et les risques associés à la nappe phréatique et à la santé humaine ?

Pourquoi les prélèvements de radioactivité dans l’air, dans l’eau et sur la terre, rejetés quotidiennement, sont-ils prélevés et soumis par le propriétaire de la centrale (Hydro-Québec) ?

Hydro-Québec a reporté la réfection, reportée les audiences de la CCSN, voilà qu’elle a demandé récemment le report de la prochaine révision du rapport de sûreté à la CCSN au 31 décembre 2011. Quel est l’impact de ces délais sur notre sécurité ?

Pourquoi la CCSN et le gouvernement refusent-t-ils de financer des études indépendantes sur la santé des populations et des travailleurs alors que plusieurs méta-analyses soulignent, entre autre, l’augmentation de leucémies infantiles près des centrales ?

Aux États-Unis, on reconnaît les maladies professionnelles associées à la radiation chez les travailleurs du nucléaire. Pourquoi la CCSN et Hydro-Québec ne reconnaissent-ils toujours pas ce fait et refusent toujours de verser des indemnités ?

Économie :

Pourquoi Gentilly-2 est-elle entièrement sous la responsabilité financière des contribuables Québécois, contrairement à Point Lepreau, où un appui du fédéral est prévu pour les dépassements de coûts ?

Alors que le projet de réfection fut annoncé en 2008, ce n’est qu’en 2011, après les incidents du Japon, que la ministre des Ressources naturelles du Québec demande les coûts exacts pour rénover la centrale Gentilly-2. Pourquoi ce délai pour un projet de cet envergure ?
L’Ontario a fermé plusieurs centrales parce qu’économiquement non-rentables, pourquoi le gouvernement québécois persiste-t-il en ce sens ?

Alors que les ressources en uranium sont limitées et que plusieurs centrales sont rendues à leur fin de vie utile, pourquoi ne pas développer une expertise en démantèlement nucléaire, exportable et rentable économiquement ?

Pourquoi le gouvernement n’entend-il pas économiser et créer davantage d’emplois dans 1) la conservation énergétique, 2) l’efficacité énergétique et 3) les énergies renouvelables ?
Si l’industrie nucléaire était aussi sûre de sa filière, pourquoi aurait-elle fait adopter par le Parlement canadien une loi qui limite à 75 millions les indemnités totales qu’elle devrait verser en cas de problèmes ? 

Gestion des déchets :

Alors qu’il n’existe toujours pas de solution durable pour la gestion de déchets radioactifs, pourquoi vouloir doubler les 2500 tonnes déjà accumulées ?

L’administration Obama a rejeté le projet « Yucca Mountain » de 10 milliards $, entre autre à cause à la dangerosité associée au transport de matière radioactive : pourquoi la CCSN est-elle plus confiante que les Américains à ce niveau ?

Comment s’assurer de la pérennité de la gestion d’un site de déchets et d’organismes responsables de la sécurité pour les milliers d’années à venir ?

La technologie CANDU :

« L’expérience en matière de réglementation et d’industrie concernant l’opération des réacteurs CANDU a mené à l’identification de plusieurs problèmes en matière de sécurité. Malgré des efforts continus visant à assurer et à améliorer la sécurité dans les centrales, ces questions de sécurité sont toujours à divers stades de résolution. » (CCSN, 2010). Les nombreux problèmes techniques sont-ils aujourd’hui résolus ?
Pourquoi la CCSN a-t-elle « significativement baissé ses nouveaux critères de sécurité, par rapport à la première proposition datant de 2005 ? 

Comment la CCSN et Hydro-Québec entendent-ils régler la problématique du coefficient de vide positif de la centrale Gentilly-2 ? Problèmes sérieux faisant en sorte que l’Angleterre et les États-Unis refusent cette technologie, entre autre, pour éviter l’emballement du réacteur.

Armand Laferrère, président et chef de la direction d’AREVA Canada mentionne que « (…)le gouvernement québécois a décidé de remettre en état le vieillissant et unique réacteur à eau lourde de la province, la centrale Gentilly-2 (…) l’eau légère est aujourd’hui la technologie privilégiée ». Que répondez-vous aux propos tenus par M. Armand Laferrère ?

Est-il vrai que « Si les normes de sécurité internationales modernes étaient appliquées rigoureusement, un réacteur à réactivité positive tel que le CANDU-6 ne pourrait être construit. » ? (Dr. Gordon Thompson)

M. François Rinfret, responsable pour Gentilly-2 à la CCSN, a déclaré : « Lors de son évaluation pour l’année 2009 d’Hydro-Québec à Gentilly, le personnel de la CCSN avait détecté et rapporté un problème de culture de la qualité à Gentilly ». Parle-t-on ici d’insouciance ?
Puisse que l’on sait que des accidents peuvent survenir à la suite d’erreurs humaines, comment nous assurer que le transfert de connaissances se fasse adéquatement ?

Le président du Syndicat professionnel des ingénieurs d’Hydro-Québec, Ramzi Chahine, allègue que des fuites radioactives surviennent régulièrement(…) et accuse la société d’État (Hydro-Québec) de vouloir uniquement redémarrer la centrale le plus rapidement possible. Est-il normal d’avoir régulièrement des fuites radioactives ?

Le ministère de l’Environnement du Québec a fait état en seulement 1 an (2009) d’une trentaine d’incidents survenus à Gentilly-2. Des déversements radioactifs et des accidents surviennent régulièrement. Chalk River en Ontario(2009) ou Tricastin en France (2008) furent des accidents sérieux. Comment éviter ces accidents ?

Après 30 ans d’usage, pourquoi les plans d’Hydro-Québec ne prévoient-ils pas le changement du cœur du réacteur, tel que jugé nécessaire en Argentine ?

Considérez-vous le fait que le Québec n’a aucunement besoin de la filière nucléaire à court, moyen et long terme ?

Sécurisation du site (facteurs naturels et terrorisme) :

La centrale nucléaire est située près d’une faille sismique (la faille Laurentienne). La centrale nucléaire est-elle apte à supporter un tremblement de terre et jusqu’à quel degré ? L’entreposage des déchets est-il sécurisé à cet effet ?

Dans le cadre d’une inondation naturelle, d’un bris de barrage, d’un incendie, comment assurer la non-contamination de l’eau et la sécurité générale du site.

En août 2010, la GRC procède à l’arrestation de 2 présumés terroristes qui ciblaient une centrale nucléaire canadienne. Il apparaît que cette centrale ne respecte pas les exigences de sécurité post-11-Septembre (en 2006, l’Ontario a d’ailleurs abandonné la construction d’un nouveau réacteur pour ces raisons). Comment Gentilly-2 peut-elle répondre adéquatement à ces normes ?

Hydro-Québec a acheté un tank l’année dernière et des paramilitaires travaillent sur le site. Pourquoi n’y a-t-il pas de sécurité maritime et aérienne ?

Problèmes institutionnels et démocratiques :

Alors qu’Hydro-Québec annonce la réfection de Gentilly-2, fait des appels d’offre et que la ville de Bécancour est à élaborer un système d’alerte de plusieurs millions de dollars, la CCSN et la population n’ont toujours pas donné leur approbation. Comment se fait-il qu’Hydro-Québec et le gouvernement provincial n’aient pas respecté les règles élémentaires du processus décisionnel ?

Une majorité de contrats, en lien avec la réfection, se sont faits sans appels d’offre et plusieurs sont déjà attribués. Cela peut-il nuire à la qualité ainsi qu’au coût d’une éventuelle réfection ?

Quand la CCSN et le gouvernement prendront-ils en considération l’acceptabilité sociale d’un tel projet ?

Si on se compare à d’autres pays, le Canada et le Québec sont lents à réagir, à l’instar d’une pluralité de pays, suite aux accidents japonais. Alors que l’Allemagne vient d’imposer un moratoire sur la réfection de ses centrales ; la Suisse a emboîté le pas décrétant un moratoire sur la construction prévue de trois centrales ; la Suède, l’Italie et la Pologne ont demandé une révision stratégique de cette filière et la Chine a suspendu les approbations pour la construction de nouvelles centrales, qu’attend le Québec pour faire de même ?
Hydro-Québec et la CCSN prennent-ils en compte l’ensemble de la filière nucléaire lorsque vient le temps d’accepter la prolongation de la durée de vie d’une centrale nucléaire : extraction de l’uranium, transport, technologie, armement nucléaire, santé et sécurité publique, gestion des déchets, processus décisionnel incluant l’acceptabilité sociale ?

Considérant les ingérences des politiciens et de l’industrie nucléaire, comment la CCSN et Hydro-Québec entendent-ils retrouver leur impartialité, leur indépendance et leur crédibilité auprès des citoyens ?

Déclassement et démantèlement nucléaire :

Suite au frein sur l’énergie nucléaire initié au début des années ’80, à l’imposition d’un moratoire permanent sur la construction de nouvelles centrales et à la promesse pré-électorale de l’actuel gouvernement provincial (de ne pas investir dans le nucléaire), n’est-il pas le temps d’accélérer le choix de déclasser la centrale nucléaire de Gentilly-2 ?

À l’égard de l’ensemble de ces faits et questions, qu’est-ce qu’attendent la CCSN, Hydro-Québec et le gouvernement pour adopter un plan de déclassement responsable et faire en sorte d’éviter de passer les problèmes aux générations futures ?

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