Édition du 14 septembre 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Sortons du pétrole au plus vite et pour de bon !

En soutien aux citoyens et citoyennes de Lac-Mégantic et par souci des générations futures, sortons du pétrole.

Photo tirée de la vidéo de Mario Jean "Bloquons les sables bitumineux".

Au cours des dernières années, au Québec et au Canada, dans un contexte de privatisation et de d’allègement des lois et des règlements, le train a été utilisé massivement comme moyen de transport du pétrole. En effet, depuis le gouvernement conservateur de Mulroney, on demande à l’industrie de s’« autoréguler » ; une manière de dire qu’elle n’a plus de compte à rendre au gouvernement. À sa suite, les libéraux, sous Chrétien et Martin, ont continué d’affaiblir la réglementation en matière de chemin de fer. Puis, le gouvernement Harper a continué sur la même voie, de telle manière que Transports Canada est devenu un ministère à « vocation économique » au service de l’industrie privée. C’est ainsi que les conditions d’un véritable « boom » dans le transport ferroviaire du pétrole étaient posées – 28 000 % d’augmentation de son utilisation entre 2005 et 2009.

Des voix n’ont pas manqué de s’élever pour avertir des risques de l’« autorégulation » et de la cohabitation des trains et des populations en zones urbaines et rurales. Mais sans grand effet. Le profit passant avant nos vies…

Faut-il s’en étonner, puisque les politiciens ont décidé, il y a longtemps, tant à Québec qu’à Ottawa, que l’« économie » passait avant tout, et qu’il ne fallait pas essayer de mettre les intérêts et la sécurité de la population au-dessus des profits des grandes entreprises, ce qui est pourtant élémentaire dans une société qui se veut démocratique.

Ainsi, nos gouvernements défendent le statu quo et les intérêts des plus puissants, tels que ceux de l’insolent Burkhardt, le PDG de la Montreal, Maine & Atlantic Railway (MMA), et non ceux de la population. C’est assez !

Aujourd’hui, à la suite de l’« accident » de Lac-Mégantic, sans précédent dans l’histoire québécoise et canadienne, qui a fait près de 50 morts, et que certain-e-s ont qualifié de « crime corporatif » majeur, le débat entre le transport de pétrole par train ou par pipeline ressurgit. Malheureusement, les bases sur lesquelles s’effectue ce débat relèvent davantage de la démagogie plus ou moins lobbyiste que d’un désir sincère d’aller au fond des choses, et de questionner notre économie productiviste et les effets systémiques qu’elle induit.

Dans ce contexte, nous ne pouvons que déplorer que du malheur et de la désolation des citoyen-ne-s de Lac Mégantic, certains s’emploient à minimiser la situation ou à extirper des opportunités marchandes, en imposant leur lexique ou en faisant prévaloir leurs « solutions » pro-pétrole, aussi brusques que déplacées. En somme, nous serions devant une « catastrophe » – notez ici la banalisation des causes de l’événement –, et il n’y aurait de salut que par le biais du pipeline…

Cela étant, sur le fond, contrairement à ce que nous disent le maire Régis Labeaume, à Québec, et les autres porte-étendard du discours néolibéral – Harper, Lebel, Duhaime et les autres –, le transport de pétrole par pipeline n’est pas une alternative souhaitable ni même sécuritaire. D’une part, à l’heure des changements climatiques, de la multiplication des risques et de la peur généralisée, il encourage la fuite en avant devant les choix difficiles que nous devons effectuer ; choix inévitables pour entamer la transition énergétique qui nous fera sortir du pétrole. D’autre part, en Amérique du Nord, bien qu’il y ait six fois plus d’accidents par train que par pipeline, la quantité de litres de pétrole déversé est trois fois plus élevée par pipeline que par train, selon l’Agence Internationale de l’Énergie – une institution qui, rappelons-le, n’est pas particulièrement reconnue pour son discours progressiste en la matière.

Sous ce débat entre le train et le pipeline se cache en vérité la volonté d’augmenter la capacité d’exportation du pétrole sale provenant des sables bitumineux de l’Alberta, le plus rapidement possible, et si nécessaire au détriment de la sécurité publique et de l’environnement. Le nouveau credo de l’industrie pouvant se résumer comme suit : « par tous les moyens nécessaires ». Ainsi, pas plus que le transport par train, le pipeline n’est la solution aux problèmes que nous connaissons. Conséquemment, il nous faut élever le regard au-dessus de cette fausse alternative aveuglante – train ou pipeline –, portée par les tenants de l’or noir, et tenter de réfléchir véritablement.

Parmi les partis politiques provinciaux, seul Québec solidaire propose modestement, mais somme toute courageusement, l’horizon d’une transition énergétique menant à une sortie des énergies fossiles : électrification des transports, aménagement durable de nos villes et de nos villages, financement public des transports en commun, développement des énergies « vertes », etc. Autant de propositions figurant dans le programme de Québec solidaire, et reconnues pour leur bien-fondé écologique.

Bref, pour Québec solidaire, il y a des solutions collectives aux enjeux qui menacent nos vies et notre environnement. Dès maintenant, il importe donc de nous mobiliser et de cesser de minimiser les risques des trains et des pipelines qui traversent ou traverseront nos villes et nos villages, si rien n’est fait. Car nous savons que le pire est à venir… Et personne ne souhaite d’un nouvel événement du type de Lac Mégantic.

À titre d’exemple, il y a quelques semaines, des citoyen-ne-s américain-ne-s de Fairfield, au Maine, ont effectué un blocage de train transportant du pétrole en provenance du Dakota du Nord, pour réclamer un futur sans pétrole. Faudra-t-il aller jusque-là ?

Plus jamais de « train de la mort » ! Disons non au passage du pétrole sur le sol québécois ! Sortons du pétrole au plus vite et pour de bon !

Marie-Ève Duchesne
candidate pour Québec Solidaire dans Taschereau

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