Édition du 2 mars 2021

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États-Unis

Tout ce que vous voulez savoir à propos de QAnon et n’avez jamais osez demander

Entrevue de Will Sommer par Luke Savage

L’idée la plus percutante en ce moment c’est que D. Trump va secrètement reprendre le pouvoir dans quelques mois. Ils y croient vraiment. Le plus fascinant avec QAnon c’est sa capacité constante à se renouveler. Par exemple, en ce moment, le groupe soutient que les États-Unis ne sont qu’une corporation propriété de la City de Londres depuis 1877.

jacobinmag.org 28 janvier 2021
Traduction, Alexandra Cyr

Introduction

Ces temps-ci la plupart des nouvelles sont plutôt délirantes mais rien qui ne se compare à la pure folie de QAnon. Will Sommer, du Daily Beast, qui a longtemps observé l’extrême droite, nous a exposé les origines et l’évolution de ce groupe. Il nous a aussi expliqué pourquoi, selon lui, il est là pour rester même si nous n’entendions plus jamais parler de lui et de « l’assaut ».

Luke Savage : À l’intérieur du chaos, de la laideur et des étrangetés complètement hors de propos de l’ère Trump, peu de phénomènes se sont avérés aussi embarrassant que QAnon. Le 30 octobre 2017, un billet anonyme provenant d’un compte intitulé Q prétend qu’Hilary Clinton allait bientôt être arrêtée. Ce fut le début d’un travail fébrile de la communauté digitale pour tenter d’interpréter et de décrypter les messages Q qui suggéraient que ce qui était présenté comme le vaste empire des élites mondiales allait faire face à la justice grâce à des condamnations secrètes, (dont les textes) scellées etaient dans les mains de D. Trump.

Cette théorie de la conspiration est entrée dans le monde normal de la communication à une vitesse folle. Des remarques positives de D. Trump lui-même lui ont donné un sérieux coup de pouce. Depuis, avec elle, on a introduit des liens à des meurtres, des kidnappings et même des attaques armées sur le barrage Hoover. Ses adeptes ont fait campagne pour des postes au Congrès et ont été élus.es. Sa visibilité et son incomparable influence repose sur la conspiration QAnon elle-même, qui demeure indéfinissable autant que la nature exacte de la conspiration comme telle.

À cause du caractère crypté de la parution originale qui l’a inspiré, le langage Q est devenu un réseau tentaculaire d’interprétations concurrentes et de mini sectes. Avec la défaite de D. Trump et l’élection du nouveau Président Biden, QAnon fait face à un paradoxe existentiel puisque sa prophétie ne s’est pas matérialisée. Ce développement soulève des questions importantes à propos de l’avenir du groupe dont l’influence est profondément installée dans la base républicaine.

Will Sommer du Daily Beast a suivi QAnon depuis ses tout débuts et a produit de nombreux reportages à son sujet. Sa tribune intitulée Right Richter, dès le début, a été lue par tous ceux et toutes celles qui s’intéressent aux machinations de l’extrême droite depuis le sinistre jusqu’au bizarre pur et simple. Il a pris part à une série documentaire et il écrit actuellement un livre à propos de QAnon.

Nous l’avons interrogé sur les origines de la conspiration QAnon, son influence dans la politique américaine et son avenir à l’ère post-Trump.

Luke Savage : La conspiration QAnon a débutée (…) en 2017. À la fin de la présidence Trump, tout le monde en avait entendu parler et elle était devenue la conspiration favorite des réseaux sociaux. Néanmoins, je pense que beaucoup ne savent pas encore ce qu’est exactement ce groupe, qu’il peut avoir à faire avec quelque chose de satanique, avec la pédophilie et qu’il s’est installé dans une portion spécialement fanatique de D. Trump dans la base du Parti républicain. Donc, je pense qu’il serait utile de commencer par le b à bas : d’où vient ce groupe ? Et quel est le récit exact à la base de la conspiration ?

Will Sommer : Fondamentalement, c’est une théorie conspirationniste d’une vision du monde qui a été lancée en octobre 2017 par des affichages anonymes sur le site web 4chan par quelqu’un prétendant s’appeler « Q ». Les partisans.es de D. Trump ont cru comprendre que cette personne était dans l’administration, jouissait du niveau de sécurité élevé, Hugh « Q » et leur transmettait des messages venant de D. Trump.

Pour ce qui est du sens de QAnon en ce moment, il faut dire qu’il est formé de plusieurs factions qui, d’une certaine façon croient à des choses différentes. Mais dans l’ensemble ils croient que le monde est dirigé par une horde de pédophiles sataniques qui torture des enfants dans des rites sataniques et que ces gens sont des membres du Parti démocrate, sont à Hollywood et dans l’industrie bancaire et qu’ils contrôlent le monde depuis des siècles, comme QAnon le leur a révélé. Ils pensent aussi que D. Trump a été convaincu de mener une descente armée contre cette horde, qu’il y aura un jour un moment percutant qu’ils nomment « l’assaut » pendant lequel D. Trump arrêtera et exécutera ses ennemis.

L.K. : L’intervention des partisans.es de QAnon durant le deuxième tour des élections sénatoriales en Georgie souligne vraiment le niveau de leur intégration dans le Parti républicain. Comme vous l’avez rapporté en décembre (2020), un avocat partisan de Trump qui a des liens avec QAnon a été impliqué dans la diffusion de la fausse idée que l’élection (présidentielle) avait été volée. Il disait littéralement à la base républicaine de ne pas voter pour les candidats (républicains) Perdue et Loeffler au deuxième tour, ce qui lui a valu la censure du site Breitbart (parution d’extrême gauche) et même du célèbre Roger Stone (Ami proche de D.Trump qui aurait trempé dans les liens avec la Russie lors de l’élection de 2016. A été condamné et gracié par D. Trump).

Est-ce que nous pouvons savoir quelle proportion de la base républicaine s’identifie à QAnon ou manifeste de l’intérêt (pour ce groupe) ?


W.S. : Il y a des sondages à ce sujet un peu partout. Mais je dirais de manière conservatrice, qu’entre environ 10% et 30% du Parti républicain est semblable à QAnon ou encore d’accord avec beaucoup de ses idées. Et en plus, je pense qu’il est probable que ce soit plus bas en réalité ; donc ce n’est qu’une approximation conservatrice.

L.S. : Le point de départ de QAnon est donc cette publication de message cryptés sur le site 4chan. Que pouvez-vous nous dire sur comment cela s’est répandu ? On trouve une pléthore de messages conspirationnistes sur internet tous les jours ; qu’est-ce qui a fait que ce feu s’est allumé ?

W.S. : Avant que QAnon apparaisse, il y avait ce genre de personnages sur 4chan qui prétendaient être membre du FBI, d’être un sonneur d’alerte de la NSA et toutes sortes de choses du genre. Mais pour une raison ou une autre, QAnon a vraiment fait mouche et je pense que c’est dû à un ensemble de facteurs.

Un de ceux-là est l’élément agglutinant. Les liens y sont très vagues ce qui permet aux gens de faire ce qu’ils veulent (des informations exposées). Par exemple, pour les opposants.es aux vaccins, le discours s’applique aux vaccins. Si vous êtes obsédé par Fox News et son présentateur Sean Hannity, le discours porte sur l’enquête sur la Russie (et son rôle dans l’élection de 2016). Etc. etc.

Ensuite il y a l’aspect des gens qui passent leur temps à faire des recherches sur le WEB et qui se désignent par l’expression « soldats.es du digital ». Donc vous vous prétendez équivalent à un soldat mais tout ce que vous avez à faire, c’est de passer beaucoup de temps sur internet. C’est une manière dramatique d’appréhender le monde. Donc beaucoup de gens ont été happés de cette manière.

D’une certaine façon, QAnon a été chanceux : il y avait déjà des gens détenant des comptes sur You Tube et Twitter avec d’énormes catalogues d’amis.es connectés.es qui se sont jeté là-dessus. Je pense par exemple à Jerome Corsi qui était une sorte de roi de la théorie de la conspiration sur le lieu de naissance (de B. Obama) et qui avait des liens forts avec Alex Jones (animateur de radio, acteur qui opère un site web où il diffuse des théories conspirationnistes et vends des produits s’y reliant). Donc, il y avait tous ces gens qui ont vu qu’ils pouvaient faire quelques sous avec QAnon en le diffusant. Il y en a qui ont déjà quitté le groupe mais je pense que c’est une des raisons qui explique sa si large diffusion si vite en plus.

L{{}}.S. : Est-ce qu’il est juste de dire que QAnon attire plus de Républicains.es d’un certain âge que de plus jeunes ?

W.S. : C’est en effet un aspect intéressant. Ce que vous dites est vrai. Je pense que les plus jeunes ont plus de rapports directs avec l’extrême droite. Donc, au point de départ, les adeptes de QAnon sont plus ou moins sur internet et que ce sont des partisans.es de D. Trump : d’un certain âge, blancs.hes, probablement des Évangéliques, et franchement, plus susceptibles de s’accrocher à quelque chose qui apparaît sur internet.

Car les plus jeunes, même républicains.es, ont plus d’expérience avec internet. Quand ce genre de matériel apparaît, leur réaction est « Ah ! C’est 4chan, je connais ça…J’ai vu ce genre de conneries depuis des dizaines d’années sur 4chan et je ne vais quand même pas croire que c’est Michael Flynn (ex-conseiller en sécurité de D. Trump) qui écrit ». Surtout durant la pandémie ! Alors que de toute évidence, le monde semble complètement fou, les gens ont plus de temps à la maison, peut-être qu’ils ont été mis à pied, on a observé une montée de propos du genre de ceux de QAnon.

Donc, maintenant ce sont plus de femmes et de jeunes, plus de Noirs.es et d’Hispaniques qui entrent dans ce courant souvent à cause de l’idée de « sauver les enfants » ce qui ressemble à une position contre le trafic sexuel. Il y a des adeptes du yoga qui y prennent part. Finalement, savoir à quoi ressemble la personne type de QAnon, réfère à un changement perpétuel.

L.K. : Le lien de QAnon avec l’élément « Kennedy » et aussi très intriguant. Pouvez-vous nous expliquer cela un peu plus ?

W.S. : Un grand nombre de « baby boomers » sont membres du groupe ce qui est un aspect intéressant. La famille Kennedy fait partie de leur imaginaire et J.F. Kennedy en est un gros morceau. QAnon a pour ainsi dire aggloméré diverses théories conspirationnistes : la vérité sur le 11 septembre (2001), les vaccins, et l’assassinat de J.F. Kennedy. Donc c’est devenu un tout et les gens pensent : « J.F. Kennedy s’est tenu debout devant « les hordes sataniques » et c’est pourquoi il a été assassiné.

Donc, pour ces adeptes de QAnon, D. Trump est le premier président qui ne soient pas membres de ces « hordes sataniques » depuis J.F. Kennedy. Cette compréhension est revenue à la surface après que QAnon ait disparu pendant un petit moment. Quelqu’un du nom de « R » a avancé que J.F. Kennedy jr. qui est décédé dans un écrasement d’avion en 1999, avait en fait, fait croire à sa propre mort pour venger celle de son père, ensuite rejoindre D. Trump et devenir un « Q ».

Il existe donc une fraction très active autour de J.F. Kennedy jr. qui se fait insulter sans vergogne par d’autres membres du groupe. J’en ai été témoin, en 2019, au 10ième anniversaire de la mort de J.F. Kennedy jr. À l’hôtel Trump, il y avait une foule de femmes portant un masque à l’effigie de J.F. Kenedy jr. Je leur ai demandé ce que cela voulait dire et un d’elle m’a répondu : « Il est toujours vivant » ! et est partie les jambes à son cou. Et il y a aussi Vincent Fusca, le gars qui se déguise en J.F. Kennedy jr., qui de toute évidence n’est pas lui mais le pense et le fait savoir. Il porte une chemise identifiée au magazine George et c’est clair qu’il veut que les gens pensent qu’il est vraiment J.F. Kennedy jr.

L.K. : Il est facile de poser toutes sortes de questions à propos de QAnon, tellement elles sont évidentes. Mais, par contre, il n’est pas si facile d’y répondre. Par exemple : étant donné l’ampleur des théories conspirationnistes qui règnent sur internet pourquoi celle-ci s’est-elle autant répandue ? La plus énorme me semble-t-il, est de savoir pourquoi, est-ce au cours de la 2ième partie du mandat de D. Trump, que cette affaire a pris son envol ?

Quand les premières publications sous le nom de Q sont apparues, les Républicains.es avaient le plein contrôle du gouvernement. Leur candidat était maintenant arrivé à la Maison blanche, le summum de l’État américain. Les théories conspirationnistes se répandaient surtout chez les personnes dont les valeurs sont plutôt loin du pouvoir. Comment expliquez-vous ces apparentes réactions contradictoires envers QAnon ?

W.S. : Il est tout-à-fait inhabituel de voir un groupe au pouvoir créer sa propre théorie conspirationniste parce que d’habitude, il cherche surtout à comprendre pourquoi le pouvoir lui aurait échappé. Mais il y était. Je crois que toutes les promesses que le candidat Trump a fait durant sa campagne électorale, ont fait croire à la population que tous leurs enjeux personnels seraient résolus en l’élisant. Mais quand il est arrivé en poste, il n’était question que de taxes et impôts et il était personnellement coincé par l’enquête Mueller (sur le rôle de la Russie dans l’élection). Il fallait donc trouver des excuses à leur héro qui finalement ne faisait rien pour sa base. Et cette explication/excuse est devenue : « Vous savez, même s’il semble que les Républicains.es ont le contrôle complet du gouvernement, l’État profond intervient pour les court-circuiter ». L’enjeu a donc grossi et dépassé le seul objectif de gagner une élection ; Trump devait s’attaquer à ce démon vieux de centaines d’années.

Par la suite, il est devenu bien plus amusant de voir la politique de ce point de vue plutôt que « OH ! Misère pouvons-nous éliminer cela du comité » ? Ou encore : « Il y a aura peut-être une réconciliation budgétaire ». Tout ça, est bien ennuyant. Et comme D. Trump s’est attiré l’appui d’un nombre important de gens qui ne sont pas familiers avec la politique, vous pouvez facilement imaginer qu’ils ont préféré s’en remettre aux diables et sorciers.ères plutôt qu’à ces affaires-là.

L.S. : L’influence spécifique de QAnon s’est manifestée de manières très particulière et dangereuse aussi. Par exemple, vous rapportez aujourd’hui même, la situation d’une petite ville de 7 mille habitants dans l’État de Washington où le maire a affiché ses sympathies pour le groupe et a semé le chaos dans toutes les institutions de la ville. Qu’est-ce qui se passe exactement là-bas ? Connaissez-vous d’autres exemples ailleurs ?

W.S. : Oui c’est aussi le cas à Sequim (É. De Washington). C’est une ville tranquille comprenant beaucoup de retraités.es. Le travail du maire est essentiellement de fixer l’ordre du jour pour les réunions (du conseil). Mais là, le maire est ouvertement un adepte de QAnon et il dit à ses administrés.es d’aller voir les vidéos du groupe et de porter un épinglette Punisher lors des réunions. Il a aussi refusé de se mettre en quarantaine après être allé au Dakota du nord. C’est un adepte assez solide de QAnon et il a semé le chaos dans la ville. Ses critiques disent qu’il a congédié le directeur général parce qu’il n’était pas engagé avec le groupe. Et il est clair qu’il se passe beaucoup de chose en coulisses.

Oui, je crois que ça se répète dans beaucoup d’endroits. J’ai été surpris il y a quelques années lorsque j’ai vu Mike Pence en Floride, avec un garde du corps de l’unité SWAT arborant une foule d’emblèmes QAnon. Tout à coup, ce policier qui n’a rien de particulier, s’est fait poser la question : « Pourquoi êtes-vous un adepte de QAnon » ? Il a éludé la question en répondant : « Je peux porter ces emblèmes QAnon, ici ».

Ce qui m’intéresse, c’est de savoir comment le groupe est entré en vitesse dans différentes facettes de nos vies : il y a des influenceurs.euses QAnon sur Instagram. Il y a des enfants Q, des enfants de moins de dix ans qui aiment QAnon. C’est quelque chose de préoccupant.

L.K. : C’est une théorie de la conspiration qui s’est transformée en mode de vie.

W.S. : Exactement. C’est véritablement une vision du monde en dehors de la politique ou de D. Trump. Elle s’applique à tout et n’importe quoi, au divertissement, à la culture également parce que ses adeptes croient que les vedettes sont de grands.es cannibales et toutes sortes d’idées du genre.

L.S. : Les prédictions qui constituent la base de QAnon ne se sont pas réalisées. Par exemple en 2018, le Département de la justice a publié un rapport qui devait démontrer que les Démocrates avaient transgressé la loi en tentant d’empêcher D. Trump de gagner l’élection de 2016. Il ne contient rien du tout à ce sujet.

Mais ce n’était pas un problème pour les Q parce qu’il leur a été très vite facile soit de rationaliser l’événement ou de se donner une explication pour l’évacuer. Un de ses adeptes populaires qui écrit à ce sujet et qui est aussi un « You Tuber » sous le nom de « Praying Medic » a fait une recherche méticuleuse et a analysé des éléments comme la police et les marges du rapport pour conclure qu’il s’agissait d’un faux en présumant que D. Trump ou quelqu’un d’autre avait la vraie version non corrigée avec tout ce qu’il fallait savoir.

L’assermentation de J. Biden est toutefois à un niveau bien plus grand qu’une simple prophétie qui ne s’est pas réalisée. Un événement sans précédent : un nouveau Président démocrate a été assermenté et les arrestations de masse que les adeptes de QAnon anticipaient ne se sont jamais produites. « L’assaut » ne s’est pas produit. Comment pouvez-vous caractériser la réponse du groupe à cet événement ? Comment les fidèles de QAnon l’ont-ils traité ou rationalisé ?

W.S. : L’entrée de J. Biden à la présidence est le moment tournant le plus important pour QAnon depuis ses débuts. Ses prémisses reposaient sur l’idée que D. Trump était le Président. S’il ne l’est plus qu’arrive-t-il ? Au point de départ les arrestations de masse étaient attendues. Jusqu’à 15 minutes avant l’assermentation ils et elles pensaient : « Ça va être super. C’est mon super bowl, ça va être énorme ».

Kamala Harris a été assermentée et l’idée qui les domine est : « C’est un peu étrange, ils ont tué l’affaire ». Et quand il a été clair que J. Biden était devenu Président pour de vrai, sur les forums, la première réaction ressemblait à un malaise physique. Par exemple : « Je me retire. J’ai l’air d’un.e imbécile. J’ai dit à toute ma famille qu’ils étaient une bande de cons, qu’ils devaient se préparer et étudier les hordes sataniques pédophiles ; maintenant j’ai l’air d’un fou ».

Ce qui est fascinant avec ce groupe c’est qu’il évolue constamment. Par exemple, en ce moment il prétend que les États-Unis ne sont qu’une corporation dont la City de Londres est propriétaire depuis 1877.

Devant la réalité (depuis l’assermentation de J. Biden) bien des adeptes de QAnon ont été révulsé pensant que le groupe les avaient abandonnés.es. Mais en quelques heures il y a eu un virage à 180 degrés en disant : « Un instant ! Peut-être que le plan de QAnon était disproportionné mais s’il ne s’est pas réalisé, c’est seulement parce que l’État profond est si maléfique. Peut-être que D. Trump reviendra en 2024. Peut-être que ce que QAnon nous a enseigné est vrai et nous pensons toujours que Comet Ping Pong est un repaire de pédophiles. Peut-être que « l’assaut » n’était pas prêt ».

L.S. : Comment le facteur « Trump », D. Trump comme personne, joue-t-il un rôle dans cette affaire ? Parce que depuis l’invasion du Capitole les analyses des événements les plus accessibles avancent qu’il aurait trahi tout ce groupe de personnes, qu’il s’est retiré sans combattre qu’il a déposé les armes. Donc, après cela il n’y a pas eu de coup d’État et pas de « d’assaut ». Quelle est la place de D. Trump dans ces rationalisations ?

W.S. : L’idée la plus percutante en ce moment c’est que D. Trump va secrètement reprendre le pouvoir dans quelques mois. Ils y croient vraiment. Le plus fascinant avec QAnon c’est sa capacité constante à se renouveler. Par exemple, en ce moment, le groupe soutient que les États-Unis ne sont qu’une corporation propriété de la City de Londres depuis 1877.

Plus encore, il utilise maintenant beaucoup d’expressions de la langue particulière des groupes dénommés « citoyens souverains ». (Groupes qui refusent l’autorité gouvernementale surtout la taxation. N.d.t.). Donc, D. Trump reviendrait en mars pour diriger la nouvelle République américaine qui essentiellement serait un nouveau pays. C’est la dernière théorie où D. Trump est central. Alors, quand il semble reculer, que faites-vous ? (Voilà l’enjeu de QAnon en ce moment).

L.S. : C’est évidemment une question très hypothétique. Mais QAnon a créé une grande communauté et répandu une culture (particulière). Un nombre énorme de réseaux sociaux y sont accrochés. Il possède des marchandises et des gens ont fait de l’argent avec (ce groupe). Il s’est même taillé une place dans des milieux totalement bizarres comme les influenceurs.euses de bien-être sur Instagram. Compte tenu de tout ce bagage il est difficile de croire qu’il va disparaître. Est-ce qu’il survivra d’une manière ou d’une autre après la fin de l’ère Trump ? Comment voyez-vous l’avenir de ce groupe ?

WS. : Je pense que nous verrons des gens qui ne sont pas totalement adeptes de QAnon revenir à la raison et s’éloigner du groupe. Mais je ne crois pas que ce soit une foule de gens. D’autres vont, au contraire, s’endurcir ; ils ont été mis à l’épreuve et sont de plus en plus fidèles.

Malgré tout, je pense que l’étiquette « Q » sera considérée comme une bizarrerie un peu folle pour ses membres parce que sa théorie de base s’est révélée si fausse. Mais les messages du groupe et ses théories conspirationnistes vont se poursuivre de la même manière qu’après les attaques armées contre les gens autour du Comet Ping Pong ils ont cessé de parler de « Pizzagate ». C’est revenu étiqueté QAnon, quelque peu débarrassé de ses taches.

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