Édition du 31 janvier 2023

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Environnement

Au Canada, des « mamies enragées » contre la « COP des incapables »

À Montréal, des centaines de défenseurs de la planète ont défilé dimanche contre une COP15 qui n’avance pas assez vite selon eux. Ils veulent que cesse la destruction de la biodiversité.

Tiré de Reporterre.

La marche est censée se mettre en branle dans quelques minutes, mais si l’on tourne sur nous-même, on ne compte guère plus d’une soixantaine de paires de bottes et de moufles à clamer son amour de la biodiversité par - 6 °C, dimanche 11 décembre. Près d’une centaine d’associations ont pourtant fait monter l’attente autour de ce premier grand rassemblement organisé en parallèle de la COP15, le sommet mondial pour sauver le vivant. « On ne fait pas de prévisions », avance le responsable des relations publiques de la manifestation, en voyant l’esplanade dégarnie. Finalement, avec quelques minutes de retard, la foule bariolée a grimpé au-dessus du millier de participants (plus de 3 000 selon les organisateurs).

Deux femmes déguisées en oiseaux ajustent leur bec puis leurs chaussures, avant de rejoindre le cortège. Leur message : « Les oiseaux n’ont rien demandé et sont en train d’y passer. » Une autre a troqué son bonnet pour une immense fourmi sculptée, devenue un chapeau, un brin encombrant.

Les « Raging Grannies », elles, une chorale de « mamies enragées » contre l’injustice sociale, ont misé sur un chapeau à fleurs. Elles entonnent des chants joyeux en accords majeurs qui racontent la destruction de la planète, avec le sourire. Un sourire que Franck a remisé pour pester contre ceux qu’il appelle les « incapables », les négociateurs qui mettent trop de temps, selon lui, à s’entendre sur les objectifs à venir du futur cadre pour la biodiversité : « C’est un peu absurde. On est là, à l’extérieur du bâtiment, à attendre qu’ils [les 196 États présents] comprennent que c’est plus le moment de tirer la couverture à soi. S’ils étaient responsables, ça serait réglé en une journée. “On est d’accord pour avoir un cadre ambitieux”, c’est tout ce que j’aimerais qu’ils disent. »

Pour l’instant, la plupart des commentateurs s’accordent à dire que la COP piétine. Cité par l’AFP, Aleksandar Rankovic, conseiller de l’ONG Avaaz, soutient que le texte qui est sur la table est pour l’instant « à peine un encouragement à peut-être faire mieux. Et il n’y a aucun mécanisme de conformité en discussion susceptible d’aider à organiser la nécessaire conversation entre les gouvernements sur la manière de mieux coopérer ».

Faire reconnaître la gouvernance autochtone

Les mélodies des mamies chantantes finissent par être remplacées par l’écho des tambours autochtones. C’est ce que voulait entendre Randy, anichinabé. Il a fait la route depuis le Vermont, l’État étasunien voisin du Québec, pour venir manifester « pour tous les vivants, même les Hommes ». Anne-Céline Guyon, de Nature Québec, souhaitait que cette manifestation soit « un porte-voix » pour les autochtones du pays.

C’est d’eux dont on parle le plus ces derniers jours à la COP et en dehors. Eux dont on loue la capacité à garder intacts les territoires qu’ils occupent depuis des milliers d’années. Que ce soit sur les planches de la scène finale, en bout de parcours de la manifestation, ou à l’intérieur du palais des congrès, où l’avenir de la biodiversité se joue en partie, le message était le même, bien résumé par Jennifer Corpuz, avocate autochtone des Philippines, citée par l’agence La Presse canadienne : « Si les participants présents ne collaborent pas avec les peuples autochtones, nous ne nous rendrons pas au bout du chemin. La gestion et les gardiens autochtones sont plus efficaces que les aires protégées. » Elle regrette que des efforts de conservation de la nature excluent, parfois, les autochtones de leur propre terre.

Alors que la manifestation tire à sa fin, une immense souche d’arbre est déplacée au milieu de la route. Elle la recouvre presque au complet. « Qu’est-ce que vous allez en faire ? » interroge un policier, irrité. Cette souche, Solène explique qu’ils l’ont faite venir de la forêt de Fairy Creek, à l’autre bout du pays, en Colombie-Britannique, pour montrer les trésors que l’industrie forestière coupe. « Celui-là avait entre 750 et 1 000 ans. Et il n’est plus debout parce que l’industrie l’a choisi, parce que notre modèle de développement actuel ne saisit pas la valeur de la biodiversité. » Sous pression, la COP va ajouter une séance cette semaine pour qu’elle ne finisse pas sans un accord.

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