Édition du 18 juin 2019

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LGBT

Avec ou sans condom

Avec l’arrivée de la PrEp, beaucoup ont rangé au placard le bon vieux bout de latex, et qui sait si dans quelques années il ne se retrouvera pas aux enchères sur Ebay, dans la section Vintage. Je plaisante mais beaucoup de campagnes de prévention oublient ou passent sous silence les bons et loyaux services de la capote.

tiré de : Outrageusement drôles et compétitives De Infolettre de Fugues

La PrEp, il serait dommage de s’en passer ou de la dénigrer. Car d’une part son efficacité pour éviter la transmission du VIH n’est plus à démontrer et que d’un point de vue de santé publique, son utilisation peut diminuer le nombre de cas de transmission. Les bienfaits sont là. Les utilisateurs peuvent avoir en toute sécurité par rapport au VIH des rapports sexuels non protégés à condition de prendre la fameuse petite pilule et sur une base régulière ou occasionnelle.

Ceux qui voient toujours le verre à moitié vide — j’en suis parfois —, se demandent si l’ingestion d’un produit chimique n’aura pas des conséquences négatives sur leur santé à la longue. Là aussi, pas de quoi s’alarmer aujourd’hui. D’autant que la prise de la PrEP implique de rencontrer son médecin ou sa médecine tous les trois mois avec test sanguin ; des effets secondaires négatifs seraient tout de suite décelés.

Les grincheux reprochent aussi que cette pilule sans conséquences déresponsabilise les gais face à leur comportement sexuel, remettant leur santé entre les mains des médecins et des compagnies pharmaceutiques. Pour le premier point, on peut facilement rappeler qu’avant l’arrivée du sida, personne ne parlait de comportement sexuel responsable dans la communauté. Et même, pour certains, des maladies vénériennes étaient vécues comme des blessures au combat dont ils étaient les héros. Quant au pouvoir remis entre les mains des spécialistes et des grands fabricants de petits bonbons thérapeutiques, le même reproche pourrait être adressé à tous les autres domaines de la santé. Bien sûr, l’inquiétude et le questionnement sur le rôle des grandes pharmaceutiques sont louables, mais au Canada, les médicaments génériques sont disponibles pour la PrEP, et il suffit de le demander à son médecin ou médecine traitant.e.

Enfin, et contrairement à une légende urbaine, il est toujours possible de choisir de prendre la PrEP sur une base quotidienne ou de façon plus ciblée quand on sait qu’on aura des relations sexuelles à un moment donné. Bien évidemment, le suivi médical reste le même que pour une prise de la PrEP chaque jour.

Et le condom dans tout cela ? En voie de disparition ? Artefact au rencart comme les bons vieux téléphones à cadran ? Pantoute ! Tous les organismes en charge de prévention en font encore la promotion. Son efficacité a été prouvée depuis longtemps et il demeure encore dans la panoplie des recommandations en termes de prévention des ITS.

On estime actuellement qu’entre 8 et 13% des gais ont recours à la PrEP (de manière occasionnelle ou régulière), et le pourcen-tage des personnes séropositives dont la charge virale est indétectable dépasse les 90%. On me rétorquera que les gais ne connaissent pas tous leur statut face au VIH/Sida. Mais les études démontrent que le pourcentage de ceux qui n’ont pas fait de dépistage est aussi en diminution.

La PrEP ne serait pas un mur contre les autres ITS. C’est vrai. Mais, là aussi, il faut rester prudent. Si ces dernières années, on a vu une recrudescence d’ITS, surtout la syphilis, on date son retour bien avant l’arrivée de la PrEP. Et régulièrement la syphilis fait son réapparition dans le décor puis le nombre de cas diminue de nouveau. La syphilis se transmet très facilement — beaucoup plus facilement que le VIH/sida. Le condom serait donc le meilleur moyen de s’en prémunir. Oui, bien sûr pour les relations anales. Mais la Treponema pallidum (nom de la bactérie de la syphilis) se transmet aussi par voie orale. D’une part, rares sont ceux qui mettent un condom pour une fellation, et d’autre part, un french kiss avec échange de salive peut aussi transmettre la bactérie. Il suffit que l’un des deux partenaires ait des lésions syphilitiques dans la bouche pour que le tour soit joué.

Même si des campagnes publi-citaires pour la PrEP ont mis un peu dans l’ombre le condom, il n’est pas hors jeu et tous les professionnels de la santé un peu avertis, comme tous les organismes sida parleront de son efficacité et en feront la promotion.

Pas la peine donc de « capoter » — je sais, la blague est facile — et de rejeter la PrEP, ou de se porter à la défense du tout latex face au tout chimique. Simplement, là encore, il faut s’interroger soi-même sur ses propres pratiques sexuelles : quels sont les risques (aujourd’hui faibles) que l’on est prêt à prendre, quelles sont les outils de prévention avec lesquels on se sent le plus à l’aise. Certains par exemple utilisent la PrEP et le condom pour éliminer encore plus les risques d’infection en tout genre. Pourquoi pas en discuter avec des représentants d’organismes ou avec un.e professionnel.le de la santé pour obtenir la meilleure information pour choisir ce qui nous convient le mieux en toute connaissance de cause ? Surtout que cela ne prend pas beaucoup de temps.

S’occuper de sa santé sexuelle, ne change pas la vie, mais cela peut la rendre beaucoup plus agréable. Surtout quand on la partage sexuellement à deux, à trois — voire plus si affinités — sans sentir l’ombre d’une épée de Damoclès se pointer au-dessus de nos sexes, pardon, de nos têtes

Dernière mise à jour le 18 février 2019

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