Édition du 8 octobre 2019

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Asie/Proche-Orient

Choc de la mort de Ben Laden

Ben Laden est mort. L’annonce faite par le président Obama réveille les foules qui envahissent la place publique en délire. Les médias et les leaders de notre univers se relayent en boucle pour entonner le chant victorieux. Je ne suis pas un « ladeneux », loin de là. Mais jamais je ne me réjouirais de sa mort. Son sort ne me préoccupe pas non plus, plutôt la manière qu’il nous fait réagir.

Se réjouir de la mort, c’est un non-sens et un aveux de bassesse plus que de faiblesse. On ne fête pas la mort, encore moins avoir donné la mort quand on a le choix de neutraliser l’ennemi. Nobles, nos forces se doivent d’observer religieusement des égards envers la vie, et le deuil envers la mort, peu importe de qui. C’est ça être évolué.

Ben Laden mort, et l’on sabre le champagne ! Une victoire contre le terrorisme, qui aux dires d’un aveugle chroniqueur de Radio-Canada, entre autres, se trouve orphelin et sans guide spirituel. Légère déduction. Je me souviens déjà vingt et un an plus tôt, au Rwanda le pays fêtait la mort de Fred Rwigema, leader de la rébellion FPR, avant de sombrer trois ans plus tard dans le génocide. En 90, j’étais ici au Canada, et je me suis indigné. Au Rwanda, je l’aurais payé trop cher, de vouloir freiner les ardeurs de la folie. Nul n’est digne ni lucide de fêter la mort. Il y a 2 mille ans, le guide spirituel des chrétiens périssait sur une croix de bois. Les populations ont célébré la fin de sa cause, au point de relaxer des criminels impénitents. Aujourd’hui son idéologie résiste encore contre vents et marrées.

La mort de Ben Laden ne peut pas signifier celle du terrorisme. Il convient plutôt de cibler les causes et les nutriments de cette folie. Qu’on en parle et qu’on se parle, il y a bien des motifs qui expliquent l’impensable. A date, tout semble indiquer que le terrorisme est une arme plus qu’une idéologie. A qui sert-il, réellement ? Interdit d’y voir clair. Ainsi l’on ne voudra pas examiner ouvertement ses tenants et ses aboutissants. En admettant que Ben Laden n’est plus une menace, le président Obama pourrait-il fermer le grand chapitre de la guerre au terrorisme ? Je ne suis pas assez naïf pour m’imaginer que tel serait un souhait des grands de ce monde.


La vie et la dignité de tout humain sont sacrées. Vivre, ce n’est pas un droit, ni un dû. C’est un acquis sacré, non cessible et inaliénable. Nul n’a le droit de tuer, et rien ne peut justifier d’enlever la vie à qui que ce soit. Nul ne peut, soit-il faible, légitimer le pouvoir ou s’arroger le droit de supprimer une vie. Tuer est aussi lâche que barbare. Qu’il faille prévenir ou punir, corriger ou venger, redresser ou modeler, l’efficacité est mille fois mieux servie (par la communication) que par le sang. Francois Munyabagisha (Rwanda : Faces cachées de la tragédie, Head 1998, inédit).
Et, pendant qu’ici nous sommes occupés à élaborer des théories sur les horreurs de 94, au Rwanda chaque jour fait le lot de plusieurs milliers de victimes qui perdent la vie ou la dignité dans le déni absolu des droits, sous le joug de gouvernements criminels que notre silence cautionne à notre insu.


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