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Décision du Conseil de Presse concernant la Front commun des personnes assistées sociales du Québec et Mme Marie-Ève Duchesne, porte-parole contre la station CHOI FM

14 juin 2013

Plaignant

Front commun des personnes assistées sociales du Québec et Mme Marie-Ève Duchesne, porte-parole

Représentant du plaignant

M. Denis Gravel, animateur ; M. Jérôme Landry, coanimateur ; l’émission « Le Show du matin » ; la station CHOI 98,1 Radio X et M. Raynald Brière, président et chef de direction, RNC Media

Résumé de la plainte

Mme Marie-Ève Duchesne, porte-parole du Front commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ), dépose une plainte le 17 septembre 2012, contre MM. Denis Gravel et Jérôme Landry, ainsi que la station CHOI 98,1 Radio X, concernant les émissions « Le Show du matin » diffusées les 21 et 22 août 2012. Mme Duchesne dénonce la diffusion de propos haineux, l’expression de préjugés et de l’information inexacte.

La station CHOI 98,1 Radio X a refusé de répondre à la présente plainte.

Analyse
Grief 1 : diffusion de propos haineux et expression de préjugés

Mme Duchesne reproche aux animateurs d’avoir tenu, lors des émissions du 21 et du 22 août 2012, des propos haineux et porteurs de préjugés, alors qu’ils discutent des prestations accordées aux personnes sur l’aide sociale et qu’ils avancent que les partis politiques provinciaux devraient proposer de pénaliser ceux qui en bénéficient. Selon la plaignante, ces propos relèvent de la caricature haineuse et sont empreints de préjugés à l’égard des prestataires d’aide sociale.

À la suite de la proposition, lancée par un des animateurs, de couper le chèque d’aide sociale aux prestataires qui ont « deux bras, deux jambes, leur tête et qui ne travaille pas depuis plusieurs années », les animateurs débattent :

« Pis enlevez-vous dans l’idée que c’est une punition. C’est le meilleur service qu’on peut rendre à quelqu’un qui a deux bras, deux jambes, sa tête et qui ne travaille pas depuis plusieurs années. »
Puis l’animateur, en faisant référence à ses propres vacances payées, enchaîne : « Après deux mois, à rien faire, sais-tu que t’en trouves des défaites pour pas passer ta tondeuse ? Sais-tu que tu t’en trouves des défaites pour pas passer la balayeuse ? Sais-tu que tu t’en trouves des défaites pour regarder l’heure pis dire : « Ah ! 10 heures et demie ! Pas trop de bonne heure pour une petite bière. J’ai rien à faire aujourd’hui. On devient comme ça. C’est pas mal. L’humain est faite de même. L’animal est faite de même. Arrête de faire marcher pis de courir un chien et regarde ce qu’y va faire, y va continuer de manger et y va devenir gros. »

« Quand ça fait 5 ans que tu te trouves toutes les défaites du monde pour ne pas aller travailler, t’es dur à ramener du bon bord. Probablement que la personne que tu vas couper son chèque de BS, après 5 ans, ou que tu vas l’empêcher de s’acheter de la loterie pis de la boisson, au début il ne sera pas content. Il va peut-être même se lever pour aller à une manif un moment donné, imagine-toé l’effort. Mais dans deux ans, dans cinq ans, dans dix ans, cette personne-là pourrait très bien revenir pis dire : “merci”. C’est le meilleur service qu’on m’a rendu en tant qu’être humain, de me rappeler que la vie c’était de se lever pis d’aller travailler. »

Le Conseil rappelle que : « Les médias et les professionnels de l’information doivent éviter de cultiver ou d’entretenir les préjugés. Ils doivent impérativement éviter d’utiliser, à l’endroit des personnes ou des groupes, des représentations ou des termes qui tendent à soulever la haine et le mépris, à encourager la violence ou encore à heurter la dignité d’une personne ou d’une catégorie de personnes en raison d’un motif discriminatoire. [...] En tout temps, et en toute situation, les reporters, commentateurs et éditorialistes doivent s’obliger aux plus hauts standards professionnels en cette matière. » (DERP, p. 41)

Après écoute des émissions en cause, le Conseil considère que les extraits critiqués ne constituent pas des propos haineux, à savoir, des propos qui incitent à l’exécration, au dénigrement et au rejet d’une personne ou d’un groupe. Cependant, le Conseil est d’avis qu’il s’agit plutôt de propos méprisants par lesquels on juge quelqu’un ou sa conduite moralement condamnables, indignes d’estime et d’attention. C’est notamment le cas lorsque, en cherchant à caricaturer le comportement d’assistés sociaux, l’animateur trace un parallèle entre l’attitude qu’il dit adopter, lorsqu’il cesse de travailler pendant une longue période, et celle qu’affichent les assistés sociaux : « Ah ! 10 heures et demie ! Pas trop de bonne heure pour une petite bière. J’ai rien à faire aujourd’hui. On devient comme ça. C’est pas mal. L’humain est faite de même. L’animal est faite de même. Arrête de de faire marcher pis de courir un chien et regarde ce qu’y va faire, y va continuer de manger et y va devenir gros. » De plus en ajoutant des propos tels que : « Probablement que la personne que tu vas couper son chèque de BS après 5 ans ou que tu vas l’empêcher de s’acheter de la loterie pis de la boisson », le Conseil ne peut que constater que les animateurs, encore ici, entretiennent les préjugés.

Le grief pour diffusion de propos haineux est rejeté. Cependant, le Conseil retient le grief pour expression de préjugés et considère que le mis en cause a également commis une faute déontologique en diffusant des propos méprisants.

Grief 2 : information inexacte

La plaignante dénonce également une inexactitude dans l’émission du 22 août 2013. Le coanimateur, Jérôme Landry, aurait affirmé que l’ancien ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, M. Sam Hamad, aurait été exclu du conseil des ministres pendant quelques années pour avoir remis en question le programme d’aide sociale.

Selon les recherches du Conseil, M. Hamad était ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale en 2007, lorsqu’il a fait une déclaration controversée au sujet du programme de l’aide sociale et n’a jamais été exclu du conseil des ministres. Du 18 avril 2007 au 19 septembre 2012, il a été successivement ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, ministre du Travail, ministre des Transports et ministre du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation. Le Conseil est d’avis que l’animateur a transmis une fausse information induisant ainsi les auditeurs en erreur.

Le grief pour information inexacte est donc retenu.

Refus de collaborer

La station CHOI 98,1 Radio X a refusé de répondre à la présente plainte.

Le Conseil reproche à la station CHOI 98,1 Radio X son manque de collaboration pour avoir refusé de répondre, devant le Tribunal d’honneur, de la plainte la concernant.

Décision

Au vu de ce qui précède, le Conseil de presse du Québec retient la plainte du Front commun des personnes assistées sociales, et de MmeMarie-Ève Duchesne, contre MM. Denis Gravel et Jérôme Landry et la station CHOI 98,1 Radio X, pour diffusion de propos méprisants et expression de préjugés. Cependant, il rejette le grief de diffusion de propos haineux.

Pour son manque de collaboration, en refusant de répondre à la présente plainte, le Conseil de presse blâme la station CHOI 98,1 Radio X.

Le Conseil de presse du Québec rappelle que : « Lorsqu’une plainte est retenue, l’entreprise de presse visée par la décision a l’obligation morale de la publier ou de la diffuser. » (Règlement No 3, article 8. 2)

Analyse de la décision en appel
C11B Information inexacte
C24A Manque de collaboration
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