Édition du 16 juin 2026

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France : Le gouvernement ouvre la chasse aux chômeurs

Selon un projet de Bercy, tout salarié privé de travail devra accepter n’importe quelle activité sous peine de perdre ses indemnités. L’éloignement du domicile, le métier d’origine ou le salaire antérieur n’entrerait ainsi plus en ligne de compte.

La chasse aux chômeurs est ouverte ! En s’appuyant sur ce vieux postulat libéral selon lequel tous les demandeurs d’emploi ou presque sont à ranger dans la catégorie des paresseux et des profiteurs en tout genre, le gouvernement prépare un projet de loi pour durcir encore un peu plus les conditions d’indemnisation des salariés au chômage. Selon un article des Echos publié lundi dernier, le texte gouvernemental prévoirait de sanctionner tous les chômeurs qui refuseraient au moins deux offres dites valables d’emploi, même si le poste est éloigné de chez lui, de son métier ou de son salaire antérieurs. Sous peine de perdre tout ou partie de leurs allocations, ils seraient alors obligés d’accepter au bout de six mois un travail à deux heures de trajet par jour de chez eux et une rémunération inférieure de 30% à leur salaire antérieur, précise le quotidien économique.

Avant d’entamer leurs consultations sur ce projet avec le patronat et les syndicats, la ministre de l’Emploi, Christine Lagarde, et son secrétaire d’Etat, Laurent Wauquiez, ont confirmé jeudi mezza voce les informations des Echos. « Jusque-là, les demandeurs d’emploi pouvaient avoir l’impression d’être traités de manière trop automatique (…). « Notre travail, c’est de faire bouger cela pour faire du sur-mesure. (...) En contrepartie, on demande une démarche plus active pour retrouver un emploi », a expliqué la locataire de Bercy. Ainsi, pour Mme. Lagarde, « celui qui a été dans une profession très étroite, il lui faudra ouvrir un peu. Celui qui a travaillé tout près de chez lui, il faudra qu’il envisage d’aller un peu plus loin ». Et d’ajouter qu’« au-delà du seul salaire, il faudra que le demandeur d’emploi prenne aussi en considération l’intérêt des postes qui lui sont proposés ».

Le gouvernement a promis de discuter avec les interlocuteurs de la définition d’une offre « raisonnable » d’emploi, mais M. Wauquiez semble avoir déjà une idée inébranlable sur le sujet afin d’« être plus exigeant avec la petite minorité qui ne jouerait pas le jeu ». Pour lui, si des « gens » refusent de « passer d’un garage Citroën à un garage Peugeot, on peut dire que cette attitude n’est pas raisonnable ». La définition d’une offre « raisonnable » d’emploi doit se décider « à partir d’un projet personnalisé car « ce n’est pas la même chose pour quelqu’un habitant Metz, le Puy-en-Velay ou la région parisienne », a-t-il ajouté.

Rappelons que, la réglementation actuelle prévoit déjà de radier des listes de l’ANPE les chômeurs « qui, sans motif légitime, refusent d’accepter un emploi compatible avec leurs spécialité ou leur formation antérieure, leurs possibilités de mobilité géographique compte tenu de leur situation personnelle et familiale, et rétribué à un taux de salaire normalement pratiqué dans la profession et la région ». Mais, selon Mme Lagarde, cette « définition de l’offre d’emploi (…) extrêmement floue (…) laisse place à l’arbitraire, soit au laxisme soit au rigorisme ». Qu’on se le dise, derrière les incantations philanthropiques de la ministre, l’objectif d’un tel projet est de démultiplier les radiations administratives des chômeurs rétifs à accepter n’importe quel contrat précaire (emploi de très courte durée et/ou mal payés) pour tenir la promesse de l’Elysée d’un taux de chômage (officiel) de 5% en 2012. Et ce tout en sachant que, d’après les chiffres de l’ANPE, le système radie chaque mois environ 40.000 chômeurs pour un motif ou un autre.

C’est considérer plus que jamais que « la plupart des chômeurs sont des fainéants et ça, on ne peut pas l’accepter », a réagi Jean-Claude Mailly (FO), avant de rappeler, qu’il y avait beaucoup de chômeurs indemnisés, qui ont une activité réduite et qui aimeraient bien travailler plus. Ce projet devrait « normalement faire partie de la négociation de la convention de l’assurance chômage » entre les partenaires sociaux, a-t-il déploré. Pour lui, c’est l’une des conséquences de la fusion UNEDIC-ANPE, « à laquelle le syndicat FO est hostile », qui donnent « tout le pouvoir à l’Etat ».


Source :

http://www.force-ouvriere.fr/

Mots-clés : Communiqués

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