Édition du 20 octobre 2020

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Nucléaire

Un an après Fukushima

Gentilly-2 ne résisterait pas à un tremblement de terre, même moyen

Trois-Rivières, le 7 mars 2012 — La centrale nucléaire Gentilly-2 ne résisterait pas à un tremblement de terre de 5 à 7 (modéré à fort) à l’échelle de Richter, si celui-ci survenait à proximité et si son épicentre était près de la surface. C’est ce qui ressort d’une analyse du physicien nucléaire Michel Duguay, publiée aujourd’hui par le mouvement Sortons le Québec du nucléaire, à quelques jours du premier anniversaire de la catastrophe de Fukushima au Japon.

Réalisée à partir de documents officiels récents et de témoignages d’experts, l’étude intitulée « Danger nucléaire au Canada, séisme ou tsunami ? » démontre qu’à la suite d’un tremblement de terre, le risque d’une fonte du cœur du réacteur de Gentilly-2 est loin d’être négligeable. « La conclusion prudente que je crois valable pour Gentilly-2 est la suivante : un séisme caractérisé par une accélération maximum du sol pourrait causer des bris de tuyaux et entraîner une perte importante de caloporteur. Dans un tel cas, la documentation de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) prévoit une fonte partielle du cœur du réacteur, tel que le Dr Greg Rzentkowski l’a exprimé à l’audience publique sur Pointe Lepreau le 2 décembre 2011. Dans le cas d’un tremblement de terre majeur, celui-ci est allé jusqu’à déclarer : « définitivement, le cœur va fondre ».

Il est important de noter que le Dr Rzentkowski parlait seulement de l’effet de tremblements de terre importants, et non pas de l’effet de tsunamis, lesquels sont jugés comme présentant un très faible danger à Pointe Lepreau, tout comme à Gentilly-2.

À Gentilly-2, si les risques de tremblement de terre majeurs (entre 7 et 9 sur l’échelle de Richter) sont considérés comme faibles, ceux d’un séisme qui se situerait entre 5 et 7 sont envisageables et leur impact est considéré comme « significatif ». De tels séismes, selon l’endroit précis où ils se produisent, peuvent générer une accélération maximum du sol qui peut s’avérer dévastatrice. L’accélération maximum du sol est mesurée par le peak ground acceleration (PGA). Le PGA s’exprime en fonction de « g » qui est la force de l’accélération terrestre. Celui-ci peut s’élever, dans le cas de Gentilly-2, jusqu’à 0,6 g. Or, la centrale Gentilly-2, conçue dans les années 70, n’a été planifiée que pour résister à des accélérations 4 fois moindres (0,15 g) et la réfection ne changerait rien à cette donnée.

« Pour les immeubles à bureau, le Code national du bâtiment spécifie que l’édifice doit résister à un séisme dont la probabilité est de 2 % (une chance sur 50) sur un intervalle de 50 ans. Pour les réacteurs nucléaires, la norme est plus stricte, le réacteur doit résister à un séisme quatre fois moins probable », explique Michel Duguay « et Gentilly-2 échoue lamentablement à ce test ».

La Commission canadienne de sûreté nucléaire cache des faits

L’analyse de Michel Duguay fait ressortir un élément inquiétant, soit le fait qu’à la figure 5-3 de la page 23 de son rapport INFO-0824, la Commission canadienne de sûreté nucléaire a pris sur elle de modifier des cartes de la Commission géologique du Canada (CGC) en gommant les valeurs d’accélération maximum (PGA). Dans un courriel adressé à Michel Duguay en octobre 2011, le Dr Greg Rzentkowski a expliqué que cette « omission » était « délibérée » parce que le rapport était destiné au grand public. Le public québécois pourra juger s’il est apte à comparer deux chiffres : la valeur PGA de 0,6 g qui pourrait se produire dans un tremblement de terre à Bécancour et la valeur PGA de la conception du réacteur, soit seulement 0,15 g.

Michel Duguay déplore également la conclusion d’ensemble de la Commission canadienne de sûreté nucléaire qui dit : « Le personnel de la CCSN a aussi vérifié que les centrales nucléaires sont éloignées des limites des plaques tectoniques et que le danger qu’un séisme majeur se produise à une centrale nucléaire canadienne est négligeable ». Comme il arrive souvent avec la CCSN, cette « conclusion d’ensemble » est en fait contredite par le rapport lui-même, et c’est cette attitude se voulant « rassurante » envers le public qu’il faut dénoncer. Cependant, il faut bien comprendre ici que « séisme majeur » veut dire ici un séisme ayant une magnitude de 7 à 9 sur l’échelle de Richter. Alors que, comme on l’a vu, un séisme « significatif » de 5 à 7 combinés à un PGA élevé pourrait causer des dommages très importants, et même une fonte, à tout le moins partielle, du cœur du réacteur. « Il faut rappeler que, toujours selon la Commission géologique du Canada, le risque d’un tel séisme est présent, et ce partout le long du Saint-Laurent. La centrale nucléaire de Gentilly-2 est située en bordure du fleuve Saint-Laurent », mentionne Christian Simard directeur général de Nature Québec et l’un des porte-paroles du mouvement Sortons le Québec du nucléaire.

D’autres risques : le terrorisme, une défaillance technologique et l’erreur humaine

Le mouvement Sortons le Québec du nucléaire rappelle qu’il y a d’autres risques qu’il ne faut pas négliger et qui n’ont pas été abordés dans l’analyse publiée aujourd’hui, soit le risque toujours présent d’une attaque terroriste, ainsi que ceux reliés aux erreurs humaines ou à une défaillance technologique. On rappellera que la piscine de stockage des éléments radioactifs à Gentilly-2 n’est pas protégée par l’enceinte principale en béton qui abrite le réacteur. Elle est située dans un bâtiment à part, ne bénéficiant pas d’une structure en mesure de résister à certains types d’attaque, notamment par la voie des airs.

Le mouvement Sortons le Québec du nucléaire rappelle en terminant les conclusions de la récente étude réalisée pour le compte de Greenpeace concernant l’impact de la fonte du réacteur sur la population et l’économie. Une zone d’exclusion de 20 kilomètres, comme celle de Fukushima, entraînerait l’évacuation de 169 000 personnes et entraînerait une perte des biens individuels évaluée à 11 milliards $.

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