Édition du 18 juin 2019

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Solidarité avec la Grèce

Grèce : vers une « grande coalition » austéritaire ? – « Mieux vaut une fin horrible qu’une horreur sans fin »

L’avalanche des mesures austéritaires (toutes contenues dans le 3e Mémorandum signé par Tsipras) votées par le parlement grec ces dernières semaines (possibilité de saisie par les banques des résidences principales des « mauvais payeurs », pluie de nouvelles taxes) et l’imminence de nouvelles (fin programmée de la paysannerie par la surtaxation, destruction de ce qui reste du système des retraites), combinée à la remobilisation sociale (grève générale réussie du 12 novembre, nombreuses mobilisations sectorielles), provoque les premières fissures au sein de la majorité Syriza-Anel.

Deux députés (un de Syriza, l’autre de Anel) qui ont refusé de voter les mesures ont été exclus du groupe parlementaire de Syriza. Un troisième a démissionné de son poste de député. Et pas n’importe qui : Gabriel Sakellaridis fût porte-parole du premier gouvernement Syriza, candidat à la mairie d’Athènes en 2014 (qu’il faillit remporter, réalisant un score surprenant) et il figurait parmi cercle de collaborateurs, et même d’amis, d’Alexis Tsipras. Dans sa lettre de démission il annonce qu’il lui est « impossible de soutenir la politique gouvernementale » et son retrait de la vie politique nationale, tout en assumant sa part de responsabilité pour ce qui s’est passé ces dix derniers mois.

La majorité gouvernementale au Parlement est maintenant réduite à 153 sièges (sur 300) et le vote des prochaines mesures sanguinaires d’austérité devient un exercice à haut risque. Comme l’explique cet édito de Iskra, le principal site d’expression de l’Unité Populaire, Tsipras en est donc réduit à quémander auprès du président de la République (de droite, élu par Syriza en février) d’intercéder auprès de Nouvelle Démocratie pour élargir l’assise du gouvernement au parlement.

La voie est ouverte pour une forme plus organique de co-gestion de la mise en œuvre du Mémorandum par les partis qui le soutiennent au parlement, à savoir tous à l’exception du KKE et des néonazis d’Aube Dorée.

Quant à Syriza, on peut dire que s’applique l’adage de Marx dans le 18 Brumaire : « mieux vaut une fin horrible qu’une horreur sans fin ».

Stathis Kouvelakis

Stathis Kouvelakis est professeur de philosophie politique au King’s College de Londres, spécialiste de la Grèce

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