Édition du 7 février 2023

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Varsovie 19e Conférence sur le climat

Le pouvoir des entreprises privées au Sommet de l’ONU sur le changement climatique

La conférence annuelle sur le changement climatique des Nations Unies se déroule actuellement à Varsovie, une ville pleine d’histoire. C’est là que se trouve le principal monument érigé en homme à Nicolas Copernic, le fameux astronome qui avait postulé pour la première fois que la Terre tournait autour du soleil et non l’inverse. L’aéroport de Varsovie porte le nom de Frédéric Chopin, en honneur au brillant compositeur qui a vécu dans cette ville. La pionnière de la science des radiations, Marie Curie, la première femme a avoir gagné un Prix Nobel (et elle en a gagné deux d’ailleurs), est née ici.

C’est ici également que se trouvait le Ghetto de Varsovie, l’un des plus horribles symboles du Génocide, où des centaines de milliers de Juifs étaient enfermés avant d’être déportés vers le camp d’extermination de Treblinka et d’autres camps de concentration nazis où ils furent assassinés. Au milieu de la terreur de l’occupation nazie, les Juifs du ghetto se sont soulevés dans un acte courageux d’autodéfense. Plus tard, inspirés par le soulèvement du ghetto, les habitants non juifs de Varsovie se sont également soulevés et on lutté pendant deux mois avant d’être finalement écrasés par les forces d’occupation allemandes. A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, 6 millions de Polonais, la moitié étant des Juifs, avaient été assassinés et 85% de la ville de Varsovie était en ruines.

Et c’est précisément dans ce lieu que se déroule la 19e Conférence des Parties de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CMNUCC), dénommée COP19. Des milliers de négociateurs des 198 pays membres de la Convention évoluent d’un pas pressé dans les couloirs de toile provisoire installés sur le terrain du Stade National, de même que les représentants des nombreuses organisations gouvernementales et des journalistes. Mais le sommet de cette année a une surtout une caractéristique différente : la présence massive des entreprises.

« Il s’agit probablement de la conférence sur le changement climatique avec la plus forte présence jamais vue des entreprises », me dit Pascoe Sabido. « Cela ne veut pas dire que dans les éditions antérieures il n’y avait pas une grande influence des entreprises. Néanmoins, ce qui est différent cette fois ci c’est le niveau d’institutionnalisation, le degré avec lequel le gouvernement polonais, l’ONU et la Convention elle-même ont reçu les entreprises à bras ouverts et ont encouragé leur participation ». Sabido travaille pour l’organisation « Corporate Europe Observatory », qui a publié une brochure intitulée « Guide de la COP19 sur le lobby patronal : délinquants climatiques et complicité du gouvernement polonais ». Selon Sabido, certaines des grandes entreprises présentes dans cette COP19 ne sont autres que « General Motors, connue pour financer des groupes de recherche qui nient le changement climatique, comme le Heartland Institute des Etats-Unis, mais aussi BMW, qui fait la même chose en Europe, dans une tentative d’affaiblir les normes sur les émissions ». Le logo de LOTOS Group, la seconde principale entreprise pétrolière polonaise apparaît sur les 11.000 sacs remis aux délégués.

La Pologne, dont la principale source d’énergie est le charbon, a organisé une conférence parallèle avec l’Association Mondiale du Charbon intitulée « Sommet International du Charbon et du Climat ». La Secrétaire Exécutive de la COP19, Christiana Figueres, a provoqué la colère de nombreux activistes pour le climat en prononçant le discours inaugural de la conférence de l’industrie du charbon. A l’extérieur du sommet, les activistes de Greenpeace ont suspendus une grande pancarte avec les couleurs du drapeau polonais sur la façade du Ministère de l’Economie. La pancarte disait : « Qui dirige en Pologne : l’industrie du charbon ou les gens ? ». Sur le toit de l’édifice, d’autres activistes ont déployé une banderole avec la légende : « Qui dirige dans le monde : l’industrie des combustibles fossiles ou les gens ? ». Pendant ce temps, sur la place qui se trouve en contrebas, des centaines de personnes manifestaient contre le charbon dans une marche appelée « Cough 4 Coal » (Toux pour le charbon) dans laquelle il y avait de grands poumons gonflables qui représentaient les effets nocifs du charbon sur l’atmosphère et la santé humaine.

Tandis que les négociations se diluaient dans le Stade National, les activistes criaient à l’unisson : « Où est le financement ? ». Les pays riches avaient promis d’apporter un soutien financier aux pays en développement pour qu’ils réalisent la transition vers des sources d’énergie renouvelables et pour qu’ils puissent faire face aux effets du changement climatique. Oxfam calcule que, jusqu’à maintenant, ce fond a récolté à peine 7,6 milliards de dollars, bien en dessous de le somme promise entre 30 et 100 milliards de dollars. Il ne s’agit pas de charité car les pollueurs doivent payer. J’ai parlé avec le principal négociateur philippin sur le changement climatique, Yeb Saño, à son neuvième jour de la faim, qui a commencé le jour de l’inauguration de la COP19. Saño m’a dit : « Les Etats-Unis sont responsables d’au moins 25% des émissions totales, ils ont une grande responsabilité, une responsabilité morale de combattre le changement climatique, non seulement au niveau national, mais aussi d’apporter un soutien aux pays en développement ».

La destruction provoquée par le typhon Haiyan constitue une cruelle toile de fond des négociations à Varsovie. Yeb Saño a appris que son frère a survécu au typhon en le voyant à la télévision tandis qu’il aidait à rassembler les corps des morts. La science est claire : si les températures continuent à augmenter, les événements climatiques extrêmes deviendront de plus en plus fréquents et plus mortels. Après que Saño ait annoncé dans un discours émouvant durant la session plénière de la convention qu’il avait décidé d’initier une grève de la faim, plusieurs étudiants ont marché en silence à ses côtés tandis qu’il sortait de la salle. Ils portaient une banderole en hommage aux victimes philippines. En conséquence de leur acte spontané de solidarité, on leur a interdit d’assister aux négociations sur le changement climatique pendant un an. Une étudiante qui a participé à l’action, Clémence Hutin, de Paris, m’a dit ; « Pour moi, le Sommet sur le Changement Climatique est un espace démocratique. Je ne comprend pas pourquoi la société civile n’est pas la bienvenue dans la convention, alors que les entreprises le sont ».

Source : http://www.democracynow.org/
Traduction française pour Avanti4.be : G. Cluseret

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