Édition du 31 janvier 2023

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Livres et revues

Les antiféminismes

Analyse d’un discours réactionnaire
Sous la direction de Diane Lamoureux et Francis Dupuis-Déri
ISBN 978-2-89091-534-3
180 pages • 15 x 23 cm • 21,95$

NOUVELLE PARUTION
En librairie le 25 août 2015

À chaque mouvement de libération, sa réplique contre-révolutionnaire : c’est ce que nous enseigne l’histoire. Les luttes féministes n’y font pas exception. Décrié à droite comme un réel péril pour la stabilité sociale et l’avenir de la nation, à gauche comme une lutte secondaire à inscrire dans un bien plus vaste programme, le féminisme a toujours dérangé ceux qui trouvent intérêt à préserver le régime patriarcal.

Tant sur le plan des idées que de l’action, l’antiféminisme se déploie suivant une logique réactionnaire, dont la visée, consciente ou pas, serait de revaloriser une condition masculine mise à mal. Pour arriver à leurs fins, les antiféministes usent de stratégies discursives comme la désinformation ou le recours à la nostalgie du « bon vieux temps » et à l’ordre naturel. Ce sont précisément ces discours revanchards, présents sur toutes les scènes, de celle de l’humour à celle du militantisme, que cet ouvrage entend décortiquer.

« L’antiféminisme a accompagné toute l’histoire du féminisme, en dénonçant ses excès ou en s’empressant d’en dresser le constat de décès. Il couvre un spectre très large, mais il comprend toujours une dénonciation de la liberté et de l’égalité que revendiquent les féministes pour toutes les femmes. » [extrait de l’introduction]

[EXTRAITS]

« En voulant refaire de la famille patriarcale la base de la solidarité sociale, ce qui est en congruence autant avec la pensée néolibérale de démantèlement des institutions de protection sociale qu’avec le conservatisme moral des fondamentalistes religieux qui veulent protéger leur progéniture de tout ce qui pourrait semer le doute par rapport aux croyances véhiculées dans la cellule familiale, ces antiféministes développent une nostalgie du passé, ce « bon vieux temps » où les femmes étaient à la maison pour s’occuper des jeunes enfants, des malades, des vieux et pour cuisiner les bons petits plats qui nous protègent de ces fléaux modernes que sont la malbouffe et son corollaire l’obésité, sans oublier la délinquance juvénile. Ce qui implique de passer sous silence la subordination dans laquelle une telle institution place inévitablement les femmes, de surcroît dans une société capitaliste où l’accès à l’argent sert de médiateur social généralisé. »

— Diane Lamoureux
La matrice hétérosexuelle de l’antiféminisme

« Nous pouvons désormais appeler cette autorisation à rire de tout “argument Dieudonné”. Contre les “gardien-ne-s de la morale” et les “censeurs”, il est de bon ton, et tout à fait dans l’air du temps, de soutenir que l’on doit rire de tout. Ainsi, danser sur une chanson intitulée “shoananas” avec le négationniste français Robert Faurisson serait, si l’on suit la logique de Dieudonné et de son public, une preuve de souplesse morale, d’ouverture d’esprit et même de justice à l’égard des victimes des autres génocides. Il n’est pas surprenant que cet humoriste soit considéré par certain.e.s comme le “haut-parleur” d’Alain Soral, idéologue d’extrême-droite qui évoque souvent le complot juif et ne se gêne pas pour injurier les homosexuels et les féministes. Sous le couvert d’un humour qui se proclame polémique et même humaniste en disant s’en prendre au système, l’impératif de rire de tout est, le plus souvent, un appel à peine voilé à maintenir une tradition réactionnaire consistant à faire des gorges chaudes des plus faibles. Dans cet humour, “la femme (au singulier) est, comme le juif, l’étranger, le vagabond, le pauvre, une figure de bouc émissaire dans l’imaginaire”. Bien que Dieudonné soit loin de faire l’unanimité dans les médias, la logique qu’il tente de faire valoir est souvent utilisée à mots à peine couverts pour défendre le droit de rire de tout, c’est-à-dire de tout ce qui est déjà méprisé. Les casuistiques douteuses sur la liberté d’expression et les valeurs dites démocratiques de l’Occident viennent ensuite clouer le bec aux personnes qui refusent que ce que l’on présente à tort comme une pensée critique et libre (re)devienne hégémonique. »

— Jérôme Cotte
Les féministes n’ont pas d’humour

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