Édition du 11 mai 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Les janettes et les yvettes

Les « janettes » d’aujourd’hui, par leur appellation, nous rappellent les « yvettes »
d’hier. Pourtant tout les oppose. Les yvettes étaient rétrogrades, elles
représentaient les femmes au foyer. Les janettes sont progressistes. Elles militent
en faveur du principe de l’égalité entre les hommes et les femmes. Et pourtant…

Comparons les deux contextes. Le foulard est perçu comme le symbole de la domination masculine. Il y a quelques décennies, le confinement dans un rôle de « femme au foyer » était le lieu effectif d’une domination économique. Les janettes sont en faveur de l’interdiction des signes religieux qui symbolisent l’aliénation des
femmes afin que l’égalité ne soit pas compromise « au nom de la liberté de religion
 ». La solution d’aujourd’hui aurait-elle été valable jadis ?

En 1980, s’il était vrai que la « femme au foyer » était sous la domination de l’homme
parce qu’elle n’avait pas d’autonomie économique, aurait-il fallu légiférer pour
forcer les femmes à occuper un emploi rémunéré ? L’État aurait-il dû interdire d’être
« femme au foyer » ? Les « pro-égalité » auraient eu beau jeu de répondre à celles qui
prétendaient vouloir choisir de rester à la maison que ce choix n’est pas vraiment
libre, qu’il résulte des pressions de l’entourage, qu’elles ont été conditionnées
depuis leur tendre enfance à idéaliser ce mode de vie…

En 1980, les yvettes avaient fait leurs choux gras en caricaturant une déclaration
de Madame Payette. Cependant, elles n’avaient pas tort de défendre le droit des
femmes de choisir leur mode de vie. Peut-on réellement contraindre les aliénées à se
libérer par un projet de loi ? Le rôle de l’État est de mettre en place des
conditions permettant une réelle liberté de choix et non de faire ce choix à la
place des femmes.

Il aurait été ridicule de légiférer pour interdire aux femmes de rester à la maison.
Ce n’est pas en limitant les choix qui leur sont offerts que l’État rendre possible
l’égalité réelle entre les hommes et les femmes. Cette conclusion est tout aussi
juste aujourd’hui qu’hier. Les rétrogrades ne sont pas toujours là où on les attend…

Diane Gendron
Professeure au collège de Maisonneuve

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