Édition du 9 juin 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Les premiers ministres doivent réagir à la crise économique

(Traduction de l’article publié dans le Toronto Star, le 15 janvier 2009)
par Ken Georgetti

Le premier ministre et ses homologues provinciaux et territoriaux se rencontreront, cette semaine, pour discuter du budget fédéral qui doit être déposé le 27 janvier. Je leur demande, au nom des 3,2 millions de travailleuses et travailleurs canadiens que représente le Congrès du travail du Canada, de prendre des mesures décisives pour les protéger de la crise économique dévastatrice qui ruine notre pays.

Rien que dans les deux derniers mois, plus de 100 000 personnes ont perdu des emplois à temps plein bien rémunérés. Nous sommes officiellement entrés en récession, qui ne fera que s’aggraver à moins que les gouvernements ne réagissent à la crise avec rapidité et détermination. D’autres pays ont pris des mesures pour protéger leurs citoyens. Notre ministre des Finances, Jim Flaherty, a déposé, en novembre 2008, une mise à jour économique, mais qui ne comportait aucun programme de protection de l’emploi, de l’épargne et des retraites de nos citoyens. M. Flaherty nomma ensuite un comité consultatif économique, de 11 membres, agissant auprès de lui en tant que conseiller sur les mesures à prendre. Ce comité comprend surtout de très riches PDG, n’ayant aucune idée des difficultés que traversent la plupart des Canadiens et Canadiennes pour affronter cette crise. Le Toronto Star ne manqua pas d’interpréter valablement le fait que ce groupe « semble prendre parti, de façon injustifiée, pour une seule des facettes de l’équation économique. »

Les travailleurs et les travailleuses n’a rien à voir avec les décisions à courte vue du monde des affaires qui sont à l’origine de cette crise économique, mais nombreux sont ceux et celles d’entre nous dont les emplois et l’épargne-retraite subissent maintenant les conséquences de ces erreurs. C’est la raison pour laquelle le monde du travail doit figurer dans le plan d’action du gouvernement et que le mouvement syndical a le droit de s’exprimer à cet effet.

Au moment où l’on assiste à une destruction des emplois et où une perte de confiance se manifeste au sein de la population, nous exigeons que le gouvernement fédéral prenne des mesures visant à stimuler l’économie. Une simple réduction des taux d’intérêt, à laquelle procéda la Banque du Canada, n’est pas suffisante. Le plan directeur économique des syndicats permettrait de créer des emplois en faisant appel à des investissements indispensables dans l’infrastructure publique et le réaménagement des habitations et des immeubles publics. Il apporterait un soutien à nos secteurs manufacturier, minier et forestier durement touchés ; il améliorerait aussi l’assurance-emploi et les possibilités de formation pour les personnes mises à pied, tout en protégeant les retraites des Canadiens et des Canadiennes.

Nous demandons au gouvernement de prendre les mesures suivantes :

Augmenter les prestations de l’assurance-emploi. Les personnes qui travaillent ont contribué pour des milliards à l’AE, alors que les prestations ont été fortement réduites. La prestation hebdomadaire moyenne n’est que de 335 $ et, en réalité, sous le régime actuel, moins que la moitié des personnes au chômage ont droit aux prestations. Le fonds de l’AE enregistre un excédent de 54 milliards de dollars, qui devrait être utilisé pour améliorer l’accès aux prestations pour les sans-emploi et assurer que les personnes mises à pied ont accès à la formation et aux programmes d’adaptation.

Lancer un programme d’investissement public majeur pour créer des emplois bien rémunérés dans l’infrastructure, les industries manufacturières et les services, tout en rattachant ce programme à une politique d’achat de produits fabriqués au Canada.

Créer un fonds de garantie pour les retraites des travailleurs et travailleuses. Les États-Unis disposent d’un tel régime, dont nous devrions aussi pouvoir bénéficier. Introduire des augmentations progressives aux régimes de retraite du Canada et du Québec et accorder une augmentation immédiate à la Sécurité de la vieillesse pour protéger les retraités et réduire leur dépendance vis-à-vis des retraites privées et des REER.

Investir directement dans des stratégies de renouvellement sectoriel conçues pour sauvegarder l’emploi et favoriser une restructuration fructueuse des industries les plus touchées, telles que l’automobile et les produits forestiers. Poursuivre des stratégies d’appui aux industries culturelles, à la technologie de l’environnement, l’énergie renouvelable et aux autres secteurs prometteurs.

Maintenir la péréquation et les autres transferts aux provinces, territoires et villes pour l’infrastructure, les services publics et les programmes sociaux.

Ne pas réduire les impôts, comme l’a suggéré M. Flaherty. L’investissement dans l’infrastructure publique, l’industrie manufacturière et les autres industries sera beaucoup plus approprié pour stimuler l’économie que des réductions d’impôts. Un allégement fiscal mis à l’essai aux É.-U, en début d’année, n’a eu aucun effet.

Nous pouvons transformer cette crise économique pour en faire une occasion de bâtir pour l’avenir. Des investissements dans l’infrastructure publique permettraient de s’attaquer à l’énorme déficit qui s’est accumulé à cet effet durant les 20 dernières années affectées par des compressions dans les dépenses. La Fédération des municipalités canadiennes estime que le déficit dans l’infrastructure s’élève à 123 milliards de dollars et qu’il s’agit surtout des routes, ponts et immeubles, qui n’ont jamais été réparés, des usines de traitement des eaux et des voies de transport rapide, qui n’ont jamais été construites. Une étude effectuée par la compagnie Informetrica Ltée, d’Ottawa, montre que chaque milliard de dollars additionnel dépensé dans l’infrastructure créerait 11 500 emplois, la moitié dans la construction et l’autre moitié dans les autres secteurs.

Le Canada a besoin d’un plan économique réel pour stimuler l’économie et remettre la population au travail. Le mouvement syndical dispose d’un plan qui permet de réaliser ces objectifs. Nous devons nous assurer que le gouvernement est vraiment à l’écoute, et qu’il n’oublie pas les travailleurs et les travailleuses.

Ken Georgetti est président du Congrès du travail du Canada.


Source : http://congresdutravail.ca

Mots-clés : Communiqués

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