Édition du 21 décembre 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Océanie

Moi, française anticolonialiste, je ne suis pas fière ce soir

L’allocution du président de la république française ce soir, à propos du référendum « tronqué* » qui vient de se dérouler, me remplit de honte. (* dixit un jeune issu d’une union mixte caldoche-kanak qui expliquait sur NC1e pourquoi il n’irait pas voter)

Tiré de Entre les lignes et les mots

Publié le 13 décembre 2021

Le non l’a emporté ! quelle surprise !!! Même les sondages pour une fois ne se seraient pas trompés. Mais il n’y en a pas eus. Pas la peine, le résultat était connu…

En effet, la victoire du non quand seuls les partisans du non ont participé, quelle victoire ! Plus de 56% d’abstention, moins de 44% de participation dans les résultats encore provisoires… 80 938 votants se sont exprimés, 78 517 pour le non et quelques 2 755 oui.

Il n’y a vraiment pas de quoi crier victoire comme le font les Loyalistes et Macron ce soir. C’est un résultat digne d’une république bananière.

Comme si le résultat n’était pas connu d’avance. La seule inconnue était le taux de participation/abstention. Et il est de taille : 56% des électeurs n’ont pas voté (et cela notre président n’en parle pas, cela ne concorde pas avec le ton de son discours !)

Et dans ce discours d’autosatisfaction, Macron, sans honte, surfe sur le vocabulaire kanak, pas n’importe lequel, celui d’Ouvéa… Respect et humilité !

« J’accueille la réponse de la Nouvelle-Calédonie avec respect et humilité. »

Et ces termes scandent son discours… Un véritable mépris pour les Kanak.

Il se fout de nous ! Il se fout des Kanak…

Il est « fier de ce cheminement inédit et pacificateur » avec « trois fois non à l’indépendance » ?

C’est faire fi du fait que les indépendantistes n’ont pas participé et que plus de la moitié des électeurs n’ont pas voté et une petite minorité est quand même allée « oui ».

Il parle d’une période de transition qui « s’ouvre qui est libérée de l’alternative binaire entre le oui et le non », comme si c’en était fini de la revendication d‘indépendance…

Il va consulter pour une « organisation politique conforme aux résultats des 3 consultations »…« mais les discussions à venir ne pourront se limiter aux institutions ». Et donc ?

« les Calédoniennes et Calédoniens ont décidé de rester français, ils l’ont choisi librement », mais pas 56% de l’électorat…qui s’est volontairement abstenu en très grande majorité.

« ce soir, la France est plus belle car la Nouvelle-Calédonie a décidé d’y rester ! »

« La France est fière d’être votre patrie. Elle renouvelle pour vous ce soir son engagement à vous protéger »…

Et le peuple premier, les Kanak, sont-ils fiers ce soir ? Et tous les indépendantistes, quel que soit leur origine, sont-ils fiers ?

Ils ont fait preuve d’un calme sans commune mesure durant le déroulement de ce scrutin honteux, malgré le non-respect du deuil en maintenant ce jour de vote.

Moi, je me sens bafouée, niée. J’ai honte d’appartenir à cette république qui nous ramène tant de temps en arrière, au bon temps du docteur Pons et de son référendum de l’époque. Et il nous parle de cheminement inédit et pacificateur ? Mais tout est en KNC un éternel recommencement.

Il n’y a que la météo qui semble tenir compte de l’état d’esprit qui doit régner dans plus de 50% de l’électorat : « Avis de dépression demain, ça ne s’invente pas » me disait par mail un de mes interlocuteurs indépendantiste en KNC.

Salutations anticoloniales

Isabelle Leblic, 12 décembre, 15h (heure de métropole)

https://blogs.mediapart.fr/aisdpk-kanaky/blog/121221/moi-francaise-anticolonialiste-je-ne-suis-pas-fiere-ce-soir

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