Kahnawake - Le 20 novembre 2008
L’Association des Femmes Autochtones du Québec (FAQ) est déçue que le gouvernement canadien n’ait mentionné que brièvement les Peuples autochtones dans le Discours du Trône lors de l’ouverture de la 40ème
session parlementaire.
Malgré les excuses du gouvernement du Canada présentées le 11 juin dernier aux anciens élèves des pensionnats indiens, le Discours du Trône n’a introduit aucun plan du gouvernement visant à rétablir une bonne relation avec les Peuples autochtones. Ce discours s’est plutôt révélé être une indication claire que le statu quo se poursuivra, laissant les communautés autochtones dépourvues des moyens et des ressources nécessaires afin de poursuivre les initiatives pour reconstruire leurs nations dévastées par la colonisation et le système de
pensionnats.
Le gouvernement accorde sans aucun doute la priorité de ses actions à la stabilisation de la crise financière actuelle. Toutefois, la réalité financière des Peuples autochtones est toute autre ; les coupures budgétaires massives dans les domaines de l’éducation, de la santé et du développement économique impliquent que ceux-ci ne seront jamais en mesure d’atteindre une qualité de vie semblable à celle des allochtones au Canada. Il est important de souligner que selon l’Indice de Développement Humain (IDH), le Canada se retrouve à la 148ième
position, sur 174 Nations, lorsque l’on y inclut la situation vécue par les Peuples autochtones.
Depuis 2001, 13 300 étudiants autochtones n’ont pas eu accès aux études postsecondaires. Pourtant, durant la rencontre du Conseil de la Fédération à Québec en juillet 2008, la priorité identifiée par les Premiers Ministres était d’améliorer l’accès à l’éducation pour les jeunes Autochtones. La politique actuelle du gouvernement doit donc changer afin de supporter ceux qui désirent améliorer leurs chances d’avoir une meilleure qualité de vie.
Nous désirons tout de même féliciter le gouvernement pour son annonce d’investissement dans la recherche pour le développement d’énergies propres. D’un autre côté, il est malheureux de constater que l’objectif visant à réduire de 20% les gaz à effets de serre ne sera pas suffisant pour s’assurer que les générations futures jouiront de la même qualité de vie que celle de la génération actuelle. Beaucoup de travail reste encore à faire afin de rendre abordables les technologies éco-énergétiques. La question de la sécurité énergétique demeure également problématique, notamment en ce qui a trait à l’exploitation des ressources naturelles et l’utilisation des terres faisant l’objet d’une revendication territoriale ancestrale. De plus, le fait que l’énergie nucléaire soit généralement considérée comme source d’énergie propre soulève de nombreuses préoccupations. Il a en effet été prouvé à
maintes reprises que les déchets radioactifs doivent être traités et gérés de manière responsable par le gouvernement.
Les enjeux liés à la promotion du commerce et à la sécurisation de l’énergie canadienne concordent également rarement avec les principes du développement durable et de la viabilité à long terme des communautés autochtones, surtout lorsque l’on se base sur l’historique des actions du gouvernement dans ce domaine. En fait, la pratique courante a été de déplacer les communautés autochtones dans le but de protéger les intérêts des compagnies privées. Cette situation est d’autant plus controversée lorsque l’on considère l’exploitation des
ressources naturelles sur les territoires autochtones qui n’ont jamais été cédés à la Couronne.
Il est donc recommandé que la législation actuelle sur le processus de négociation des revendications territoriales subisse des changements urgents afin de répondre aux besoins des Peuples autochtones pour qu’ils puissent avoir accès à leurs terres et à leurs ressources. Plusieurs aspects du plan gouvernemental proposé dans le Discours du Trône implique l’exploitation et l’utilisation de territoires autochtones non-cédés, ce qui entraînera ultimement l’élimination du mode de vie, des coutumes, des cultures et des langues autochtones.
Respectueusement,
Ellen Gabriel
Présidente

