Édition du 2 mars 2021

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Livres

Nouvelle parution

Regard sur la vie communautaire cubaine

Résultats d’une recherche universitaire

Un nouveau livre vient d’être publié. [1] Il rapporte les résultats d’une quinzaine d’années de recherche à Cuba. Principale conclusion : il y a deux Cubas, celui vu de l’extérieur et l’autre de l’intérieur tel que vécu par les CubainsEs. Ces deux pays co-existent mais ne se mêlent pas. Ce qui explique pourquoi nous n’avons pas compris comment la culture cubaine a été un élément fondamental dans le soutien au régime Castro alors que d’autres pays socialistes s’effondraient.

25 mars 2009, publié sur le site de l’Université de Buffalo, Traduction A. Cyr.

"Inside el Bario : A Bottom Up View of Neighborhood in Castro’s Cuba", (Kumarian Press 2009) du professeur Henry Louis Taylor [2] de l’Université de Buffalo fait état des résultats d’une recherche de quinze ans auprès de ménages cubains. Cette recherche donne un nouvelle vision du fonctionnement de la démocratie participative cubaine, du bas vers le haut, qui a contribué à soutenir le régime Castro.

Parce qu’il connaissait de nombreux Cubains et pouvait passer lui-même pour l’un des leurs, le professeur Taylor a pu procéder à sa recherche dans les faubourgs de La Havane au cours notamment de l’époque dite ’Periodo Especial’ (la période spéciale) [3] Au cours de cette période, Fidel Castro a fait appel aux masses pour réussir à traverser les ’temps difficiles’ qui commençaient.

Au cours de sa recherche, le professeur Taylor a donc trouvé deux Cubas : le Cuba simplifié, unidimensionnel que la plupart des gens ont découvert via le tourisme ou à travers les écrits de la propagande anti-castriste.

"L’autre Cuba, dit le professeur Taylor, est plus complexe et multidimensionnel. La population y vit dans une société très stable et profondément organisée. Elle exerce un contrôle considérable sur le développement des quartiers (el barrios), des communautés qui y fonctionnent grâce à la démocratie participative, la réciprocité, la collaboration et le cosmopolitisme".

"C’est ce Cuba qui continue à soutenir le gouvernement malgré les immenses difficultés financières" dit le professeur Taylor. Et il ajoute : "Il n’y a pas de rideau de fer entre ces deux Cubas mais, les gens de l’extérieur vont rarement dans les barrios". Ce sont ces deux Cubas que le livre examine.

Le professeur Taylor a passé beaucoup de temps dans les barrios de La Havane entre 1989 et 2006. C’est au cours de cette période que la brusque chute de l’URSS a plongé le pays dans une catastrophe économique sans précédent avec les difficultés financières conséquentes. Cette situation a provoqué des tensions sociales et l’émigration d’une partie de la population.
"Une des choses les plus importantes que j’ai apprises, dit le professeur, c’est qu’il faut pas mal de temps avant que les CubainsEs vous parlent franchement et vous introduisent dans leur monde, deviennent votre amiE. Et sans cette franchise c’est facile pour un étranger de se méprendre, de mésinterpréter les conversations, de se former de fausses impressions". Et il ajoute : "J’ai appris l’importance des barrios dans l’organisation de la vie quotidienne et la place prépondérante qu’ils occupent dans le fonctionnement du système socialiste cubain. Cela a été déterminant dans le maintien du régime Castro, alors que d’autres pays socialistes se sont effondrés à la fin des années 80".

(...) Professeur Taylor souligne que, malgré les difficultés de cette époque. Cuba en tant que société a résisté ; il n’y a pas eu de mouvements pour changer le régime ni de retour au capitalisme : " Non seulement le régime s’est maintenu mais les sceptiques ont continué à se méfier. J’ai voulu comprendre les raisons de cette situation et j’ai cherché la réponse dans la vie quotidienne et la culture des quartiers les plus pauvres. Ce que j’ai découvert, c’est que les CubainsEs ont développé un système solide de développement communautaire qui repose sur des entités sociales très développées, qui doivent fonctionner de manière efficace et effective pour générer les résultats sociaux recherchés. Pour y arriver, le gouvernement encourage le développement de la démocratie participative dans ces quartiers pour que le pouvoir créatif des résidents devienne un véritable partenaire dans la recherche de sorties du marasme économique. Résultat : les quartiers cubains sont des communautés hyper stables et hyper organisées ou les simples résidents exercent un contrôle considérable sur la vie communautaire et la culture malgré un environnement aux ressources limitées".

Le professeur Taylor est allé à Cuba, au point de départ, grâce à un programme de cours d’été de l’Université de Buffalo. Cette université a organisé ce programme pendant plusieurs années ainsi qu’une formation de maîtrise conjointement avec l’Université de La Havane. C’est à cause de son statut académique, croit le professeur, que le gouvernement cubain a consenti à lui accorder toute liberté pour rencontrer toutes les institutions et organisations qui l’intéressait. "Ce furent ces conditions, ajoutées aux pratiques de recherche habituelles qui m’ont donné cette vision unique de cette société et de son fonctionnement. Pour arriver à ce portrait approfondi mon équipe a procédé à 398 entrevues en profondeur".

Par Patricia Donavan, 25 mars 2009, publié sur le site de l’Université de Buffalo,
Traduction A. Cyr


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[1en anglais

[2professeur de planification urbaine et régionale

[3celle qui a suivi la fin du partenariat avec l’ex-URSS

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