Édition du 21 juin 2022

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Afrique

Thomas Sankara : fin en première instance d’un procès “hors du commun”

Après les condamnations prononcées contre 11 des 14 accusés, le 6 avril dernier, dans l’affaire de l’assassinat de l’ancien président du Burkina Faso, le parquet militaire de Ouagadougou a rendu son jugement sur les intérêts civils, ce lundi 10 mai. La famille Sankara n’avait réclamé qu’un franc CFA symbolique.

Tiré de Courrier international.

“L’épilogue en première instance de l’affaire Thomas Sankara s’est écrit le 10 mai dernier, dans la salle des banquets quasiment vide d’Ouaga 2000”, attaque le quotidien burkinabé Le Pays, dans un article intitulé “La fin en première instance d’un procès hors du commun”.

Le procès des assassins du révolutionnaire Thomas Sankara, au pouvoir de 1983 à 1987, et de 12 de ses compagnons, ouvert le 11 octobre 2021, s’était achevé au pénal le 6 avril. Trois des principaux accusés, l’ancien président Blaise Compaoré (absent du procès), son ancien chef de la sécurité Hyacinthe Kafando (en fuite) et Gilbert Diendéré, chef du Conseil de l’entente, siège du pouvoir révolutionnaire et lieu du crime le 15 octobre 1987, avaient alors écopé de la prison à vie.

Dans le volet civil de l’affaire, il a été question des compensations financières. À l’issue de l’“une des audiences les plus expéditives”, de “pas plus de trente minutes”, relève le site burkinabé L’Obspaalga, les 11 condamnés [sur 14 accusés initialement] devront “verser à chacun des dizaines d’ayants droit des montants [allant] de 2 à 40 millions de francs CFA [de 3 000 à 60 000 euros]”. Ils devront aussi prendre en charge “les avocats venus de barreaux étrangers” ainsi que les frais de procédure.

L’État burkinabé responsable ?

L’Obspaalga s’arrête sur le statut de l’État burkinabé dans cette affaire. Car un doute a plané sur ces six mois d’audience. L’État était-il partie civile ou pénalement responsable de l’assassinat d’un ancien président par des éléments de l’appareil militaire ? “La Chambre a plutôt estimé que sont fondées et recevables les demandes aux fins de citation de l’État comme civilement responsable, résume-t-il. Mais dans le fond, la chambre n’a pas établi cette responsabilité de l’État qui est seulement appelé en garantie des condamnations pécuniaires prononcées contre les accusés.” De surcroît, “l’État burkinabé a été débouté de ses demandes aux fins de dédommagement.” Une décision guère appréciée par l’agent judiciaire de l’État, “qui n’a pas écarté la possibilité d’interjeter appel”.

“La Cour n’a pas donné suite aux prétentions de l’État, pas plus qu’à la demande de restitution des biens personnels de Thomas Sankara”, poursuit Le Pays. Mariam Sankara, veuve de l’ancien président, souhaitait notamment récupérer son revolver, son alliance, et que soit rectifié son acte de décès, établi peu après le drame et flanqué de la mention “mort naturelle”. Mais elle n’a réclamé qu’un franc symbolique de dommages et intérêts. Ce qui “montre que la poursuite n’est pas pour tous une question d’argent, mais de quête de vérité et de rétablissement de leur honneur”, salue Aujourd’hui au Faso.

Un geste en résonance avec les actes du “fringant capitaine” Sankara, qui, rappelle le site burkinabé, “débaptisa l’ancienne Haute-Volta pour l’appeler Burkina Faso, fit de la rustique Renault 5 une limousine présidentielle, pratiqua l’autoajustement structurel bien avant le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale”.

“Notre engagement n’a pas de prix. On ne peut pas nous payer”, avait argué en conférence de presse l’avocat de la famille Sankara, Bénéwendé Sankara (sans lien de parenté avec l’ancien chef de l’État). Et d’évoquer à cette occasion une autre question sensible au “pays des hommes intègres” : les restes de Thomas Sankara. “Il a assuré qu’ils étaient sous scellé, dans un lieu sûr gardé secret. Ils seront inhumés en temps opportun après un choix consensuel du lieu”, rend compte Le Pays.

Courrier international

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