Édition du 4 mai 2021

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La révolution arabe

Tunisie- Habiba Ghribi, un clin d’œil à la « complémentarité »

L’athlète Habiba Ghribi a suscité bien des émotions en Tunisie. Sa médaille d’argent, première victoire olympique féminine pour la Tunisie a fait la fierté des Tunisiens, en plein débat sur la « complémentarité » de la femme.

Voilà de quoi faire taire les mauvaises langues qui médisent sur la « complémentarité » homme femme, notion proposée par le parti Ennahdha dans la commission des libertés et qui n’a pas fini de créer la polémique. La victoire de la jeune tunisienne de 28 ans,
Habiba Ghribi, championne du 3000 m steeple aux jeux Olympiques 2012 et détentrice du record en Tunisie est venue rappeler à tous la place de la femme tunisienne dans la société depuis l’indépendance. Championne en 2006 sur le 3000 m steeple aux championnats d’Afrique, cette jeune Kairouanaise aussi gagné la médaille d’argent aux championnats du monde d’athlétisme en 2011. Première femme tunisienne médaillée olympique, elle est devenue en quelques heures un symbole pour les internautes tunisiens qui s’indignent sur la notion de « femme complémentaire » proposée à l’Assemblée.

Via Habiba Ghribi c’est en effet une autre vision de la femme tunisienne qui est mise en avant par rapport à celle proposée dans l’article 27 de la commission des libertés. La version telle quelle, suppose une infériorité de la femme dans un rôle qui lui semble être assigné de fait au sein de la famille comme le justifie la députée nahdhaouie, Salma Sarsout, qui avait proposé l’article :

« Pour nous il ne s’agit pas d’avoir seulement les mêmes droits, mais aussi les mêmes devoirs. Et si l’homme et la femme ont les mêmes devoirs ça ne sera pas bénéfique pour la femme. Car ils ne peuvent pas avoir les mêmes devoirs. Par exemple l’accouchement, l’éducation des enfants, l’allaitement…Même si l’homme y participe, c’est une participation partielle et non pas totale. Si la femme a plus de devoirs au sein de la famille que l’homme, alors ce dernier doit se charger des dépenses. Et c’est que nous voulons dire par la complémentarité au sein de la famille. C’est-à-dire cet enfant que j’ai mis au monde, et que j’ai le devoir d’éduquer, mon mari doit se charger de ses dépenses. Alors trouve que dans ce cas la relation entre les deux sexes sera juste et équitable ».

Or, cette vision est tirée de « l’imaginaire collectif » selon la chercheuse et intellectuelle Héla Ouardi, qui pense que certaines femmes se « confortent aussi dans ce statut et l’entretiennent ». L’article met ainsi en avant l’idée d’une « équité » homme-femme et non l’égalité qui, où la femme est perçue comme une « associée » :

« L’État assure la protection des droits de la femme et de ses acquis, sous le principes de complémentarité avec l’homme au sein de la famille en tant qu’associée à l’homme dans le développement de la patrie. L’état garantit l’égalité des chances pour la femme dans toutes les responsabilités. L’état garantit la lutte conte les violences faites aux femmes, quelqu’un soit la sorte ».

Lundi 6 août, la présidente de la Commission des libertés, Farida Labidi a déclaré sur un site d’information tunisien que « l’égalité absolue homme-femme n’existait pas » confirmant les intentions derrière l’article. Pourtant, dans les faits, l’histoire vient contredire cette idée d’une femme dont l’existence ne se résumerait qu’à son rôle familial. Mis à part leur émancipation amorcée par la politique de Bourguiba, les femmes tunisiennes ont toujours été premières dans certains domaines bien avant d’autres pays arabes. En 1936, la première femme médecin arabe qui était la tunisienne Tawhida Ben Cheikh , et en 1983 la tunisienne Fethia Mzelhi sera aussi la première femme ministre dans le monde arabe sans compter les militantes historiques Sihem Ben Sedrine, Radhia Nasraoui opposantes au régime de Ben Ali. On peut aussi citer la tunisienne Alya Menchari, première femme dans le monde arabe à être commandant de bord d’un avion. Il faut aussi citer aussi dans l’année 2011, l’étudiante de la Manouba, Khaoula Rachidi qui s’était élancé contre l’extrémiste ayant voulu arracher le drapeau tunisien en mars 2012. -

La femme tunisienne -qui célébrera le 13 août l’anniversaire de la promulgation du Code du Statut Personnel, continue via des symboles forts, à affirmer le combat pour ses droits. Si Habiba Ghribi a dédié sa médaille à « tout le peuple tunisien », sa victoire a un écho bien particulier dans le contexte actuel comme le confirme avec humour ce tweeple.

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