Édition du 20 octobre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Élections québécoises 2012

Élection québécoise 2012

Un bilan positif et plusieurs questions pour l’avenir de la gauche

candidat de Québec solidaire dans Taschereau

En tout premier lieu, je veux souligner le grand nombre de personnes qui se sont impliquées dans cette belle aventure pour faire avancer concrètement le Projet de Pays de Québec solidaire dans la circonscription de Taschereau. Dès le début de l’année 2009 nous nous étions fixé l’objectif de gagner Taschereau la prochaine fois. Il s’agissait de nous placer dans l’état d’esprit d’une victoire, de faire savoir que le candidat ou la candidate de Québec solidaire dans Taschereau était en mesure d’assumer la fonction de député à l’Assemblée nationale. C’était ambitieux certes, mais cela a permis de mener une campagne énergique, d’augmenter de manière significative l’appui de la population et surtout d’enraciner encore plus notre projet et notre organisation.

Nous avons aussi fait le choix stratégique de faire une campagne « sur le terrain » plutôt que de compter sur notre présence dans les grands médias. Le comité électoral de Taschereau vient de terminer son bilan de la campagne du mois d’août et ses membres restent convaincuEs que ce choix était le bon puisque notre organisation a été présente de manière exemplaire sur le terrain. C’est là que se trouve notre réel succès. D’ailleurs, depuis le 4 septembre, il ne se passe pas une journée sans que je rencontre des gens de la circonscription dans la rue pour féliciter Québec solidaire pour sa campagne et souligner l’espoir que notre projet représente. On me dit souvent : « Bravo monsieur Roy ! Il ne faut pas lâcher ! Merci de vous être présenté dans Taschereau. J’espère que vous serez là à la prochaine élection. » Durant la campagne, tous les jours, nous recevions des tas de témoignages d’appui ou de sympathies, même dans les quartiers où nous sommes moins bien implantés.

Ensemble nous avons fait en sorte que la grande majorité des citoyennes et des citoyens de Taschereau ont vu et entendu notre message pour un Québec solidaire, écologiste, féministe, plus démocratique, pluraliste, altermondialiste et clairement souverainiste. Il est également important de souligner que la grande qualité et efficacité des interventions de nos porte-parole nationaux, Françoise et Amir, a représenté un atout avec lequel nous avons su compter. Les résultats positifs de cette campagne électorale sont nombreux : élection de Françoise et Amir, augmentation significative du vote solidaire, enracinement beaucoup plus grand, etc. Notre bilan permet aussi d’identifier les points sur lesquels il faut apporter des changements ou des améliorations.

Québec Solidaire a avancé, la gauche politique consolide sa place

L’expérience acquise par Québec solidaire depuis 2006 montre qu’il est possible de faire entendre le discours de la gauche au Québec, y compris dans une région comme Québec. Malgré la force de la droite, de ses réseaux et de ses appuis, il n’en demeure pas moins que la gauche a continué de progresser dans la Capitale nationale. Progressivement, des portes s’ouvrent à nous dans plusieurs milieux. Il faut que dans les prochains mois et les prochaines années nous devenions incontournables sur toutes les grandes questions qui se posent dans une région comme la nôtre : pauvreté, transport en commun, accès à des logements à prix abordables, protection de l’environnement, droits des travailleurs et des travailleuses, accès à l’éducation, défense des services publics, besoins grandissants des personnes âgées, etc.

À l’échelle du Québec, le progrès de Québec solidaire est encore plus éclatant avec l’élection de Françoise et Amir. Cela peut paraître insuffisant, mais il faut comprendre que ces deux victoires permettront d’aller plus loin, de toucher des milieux plus nombreux et différents.

Par ailleurs, la présence d’Option nationale, particulièrement dans Taschereau, nous oblige à engager une réflexion sur le possible rapprochement avec ce nouveau parti. Ses positions politiques, surtout sa stratégie au sujet de l’indépendance, sont-elles compatibles avec notre projet ?

Quelques défis pour l’avenir

Le projet de transformer la société ne concerne pas seulement la gauche politique, c’est aussi l’affaire de la gauche sociale. Les mouvements sociaux progressistes qui inspirent beaucoup Québec solidaire, les syndicats, le mouvement des femmes, les groupes écologistes progressistes, le mouvement étudiant, les altermondialistes et les indignéEs jouent un rôle primordiale dans la transformation de la société québécoise.

Dans le contexte d’un gouvernement péquiste minoritaire, avec une majorité d’éluEs de droite, seul un mouvement social mobilisé pourra faire la différence. C’est le premier défi qui se présente à la gauche. Il faut souhaiter plus de solidarité et l’adoption d’une stratégie la plus unitaire possible entre tous ces acteurs sociaux si nous voulons éviter que les difficultés du PQ se transforment en une victoire des forces liées au pouvoir économique et financier responsable des problèmes importants que nous connaissons.

Avec l’élection du 4 septembre nous avons hérité d’un casse-tête politique inédit pour le Québec. La gauche a déjà été accusée d’avoir empêché l’élection d’un gouvernement péquiste majoritaire. Les chiffres semblent donner raison à cette thèse. Qu’en est-il véritablement ? Il faudra faire une analyse plus raffinée que celle qui se limite à faire des calculs mathématiques et tenir compte du fait que tous les votes de QS et d’ON ne seraient pas automatiquement allés au PQ. D’autre part, exiger de la gauche qu’elle se retire du terrain électoral pour permettre au Parti québécois de prendre le pouvoir et d’avoir les « deux mains sur le volant », comme Jean Charest, est tout à fait irresponsable alors que le PQ se montre de plus en plus nébuleux quant à l’objectif de la souveraineté et qu’il se refuse à rompre ouvertement et définitivement avec le néolibéralisme dominant. Ce ne sont pas les tergiversations des dernières semaines au sujet de la taxe santé et de l’équité fiscale qui vont nous rassurer.

Il n’est donc pas question pour la gauche responsable d’attendre la réalisation de la souveraineté politique du Québec avant de s’attaquer à la domination du capital sur la société et proposer de construire aussi la souveraineté populaire. Ce n’est pas le « vote stratégique » en faveur du PQ qui permettra au peuple québécois de se libérer du carcan du fédéralisme canadien et encore moins de la dictature du marché et du capital. C’est donc le second défi auquel nous avons à faire face, celui de démasquer les tenants et aboutissants de ce fameux « vote stratégique ».

Plutôt que le « vote stratégique » il importe d’inviter, encore une fois, le PQ et ON à examiner la question des alliances possibles entre ces trois partis sur le terrain électoral. C’est un troisième défi que je met en perspective. Pouvons-nous faire confiance au PQ ? La question est sérieuse et grave. L’entêtement du Parti québécois à refuser de reconnaître la nouvelle réalité politique sur sa gauche risque de faire échouer tout projet politique conduisant le Québec vers une véritable souveraineté. La direction du PQ a la responsabilité d’engager un dialogue réaliste et respectueux avec Québec solidaire. Malheureusement, aucun signe n’a été donné jusqu’à maintenant que la direction du Parti québécois soit capable de faire les remises en question qu’exige la situation actuelle.

Par ailleurs, Option nationale, malgré les différences importantes entre nos projets, apparaît plus en mesure de chercher, avec Québec solidaire, des solutions permettant un rapprochement réel. Il y a lieu de proposer rapidement d’identifier ce qui est convergent dans nos propositions et de réfléchir aux rapprochements possibles sur les questions qui nous distinguent, en premier lieu la question de la souveraineté.

L’élection québécoise du 4 septembre 2012 aura finalement débouché sur une précarité politique inattendue. Il appartient maintenant à toutes les composantes de la gauche de relever les défis qui se présentent grâce à cette élection. Québec solidaire doit profiter de toutes les tribunes pour faire avancer le projet d’un Québec libre et solidaire.

Serge Roy

Militant de Québec solidaire Capitale-Nationale et de divers groupes sociaux. Il a été président national du Syndicat de la fonction publique du Québec de 1996 à 2001.

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