Québec, le 8 mars 2009
C’est jeudi le 12 mars que la ministre des Finances déposera le budget du Québec pour l’année 2009-2010. Ce budget arrive sur fond de crise écologique et en plein au cœur d’une crise financière et économique mondiale qui se traduit chez nous, entre autres, par la débandade de la Caisse de dépôt et de placement.
Le 23 février dernier, Québec solidaire a fait connaître ses propositions dans le cadre des consultations pré-budgétaires menées par la ministre des Finances du Québec. Elles sont disponibles sur notre site web http://www.quebecsolidaire.net/actualite-nationale/ (voir : 23 février) dans le document « Sept propositions pour un Québec vert et solidaire ». Dans ses premières pages, celui-ci contient une critique rigoureuse des mesures de sortie de crises annoncées jusqu’ici par le gouvernement Charest. Le crédit d’impôt pour la rénovation résidentielle ne sera accessible qu’aux ménages les plus fortunés et les remboursements éventuels ne se feront qu’au printemps 2010. Le crédit d’impôt pour la production cinématographique, limité à 10 M$, favorisera les projets étrangers et de grande envergure plutôt que les petites productions locales. L’augmentation timide du salaire minimum à seulement 9,00 $ laissera encore 300 000 travailleurs et travailleuses dans la pauvreté. La contribution de 1 G $ à la Société générale de financement profitera aux grandes entreprises plutôt qu’aux petites. Le plan pour les infrastructures, même accéléré, offre peu pour le transport en commun et continue de privilégier les infrastructures routières destinées au transport individuel, sans compter que le gouvernement multiplie les projets en PPP (comme le CHUM et le CHUQ) qui présentent des risques importants, tant du point de vue de la qualité des services que des contrôles financiers. Clairement, l’ensemble de ces mesures est un plan inefficace face à la double crise, économique et écologique, à laquelle nous sommes confrontés.
Quant aux propositions concrètes présentées à la ministre des Finances par Québec solidaire, elles sont au nombre de sept, et elles sont inspirées des valeurs de solidarité sociale et de responsabilité écologique qui caractérisent Québec solidaire.
Dans le présent texte, nous reprenons ces sept propositions en mettant en relief leur effet respectif pour notre région Capitale-Nationale. Au total, ces propositions permettraient de créer plus de 3 000 emplois dans notre région.
[1] Construction de 5 000 logements sociaux… et 700 emplois
Les investissements en construction résidentielle ont un effet multiplicateur important sur l’emploi et sur l’économie de la province. C’est pourquoi Québec solidaire propose l’augmentation des budgets de construction en infrastructures afin de permettre la création d’un vaste chantier de 50 000 logements sociaux sur cinq ans. Ces logements construits par la main-d’œuvre locale et en utilisant des matériaux locaux et écologiques auront un impact économique sur l’ensemble des régions administratives du Québec et seront construits avec le souci d’élever les standards en efficacité énergétique.
Pour la région de la Capitale-Nationale, cela signifierait un investissement d’environ 65 M pour l’année 2009-2010 pour la construction de près de 5 000 logements sociaux, permettant de créer environ 700 emplois.
[2] Amélioration du programme d’efficacité énergétique… et 150 emplois
Dans l’optique d’améliorer le plan d’aide à la rénovation du gouvernement québécois et de stimuler l’emploi écologique au Québec, Québec solidaire propose une aide subventionnée supplémentaire à la rénovation visant l’amélioration de l’efficacité énergétique des résidences québécoise. De plus, Québec solidaire propose de rénover les bâtiments publics existants en favorisant des normes d’efficacité énergétique plus contraignantes qui font la promotion de l’utilisation de sources alternatives d’énergie, de la construction de toits verts et qui encouragent la récupération des eaux. Dans les deux cas, cela contribuerait à faire avancer les normes écologiques dans ce domaine.
Pour notre région, il s’agirait d’un investissement de plus de 10 M$ annuellement, permettant de créer environ 150 emplois récurrents.
[3] Investissement en éducation… et 750 emplois
En diminuant le nombre moyen d’élèves par classe aux niveaux primaire et secondaire, Québec solidaire propose d’améliorer l’état du système d’éducation, tout en stimulant l’emploi. Il s’agit d’investir 400 M$ sur deux ans pour ajouter des enseignant-es, des psychoéducateurs-trices, et du personnel de soutien. Cela s’accompagnera d’un investissement de 20 M$ par année dans la rénovation des écoles pour améliorer la qualité des lieux d’enseignement.
Pour notre région Capitale-Nationale, cela signifie environ 40 M$ sur 2 ans et environ 650 emplois dans les écoles, plus environ 2 M$ par année dans les infrastructures scolaires et environ 100 emplois.
[4] Amélioration du transport en commun… et 1 000 emplois
Québec solidaire propose un investissement de 3 G$ sur cinq ans afin de développer le transport en commun à travers l’ensemble des régions administratives du Québec.
Pour la région Capitale-Nationale, cela représenterait un investissement de près de 300 M $ sur cinq ans, permettant la création d’environ 1 000 emplois récurrents.
À Québec même, ces sommes permettraient l’amélioration de la portée du réseau du RTC, notamment la mise en place accélérée des métrobus 802 et 803, et le financement d’une étude de faisabilité sur l’implantation d’un tramway à Québec. Le projet de tramway doit être vu la colonne vertébrale d’une infrastructure de transport rehaussée dans une vision d’urbanisme qui envisage déjà l’épuisement du pétrole. Contrairement aux mythes, le tramway est adapté pour l’hiver (il y en a en Russie depuis le début du 20e siècle) et pour les pentes abruptes. Bien sûr, un tramway permettra aussi de redéployer des autobus vers les arrondissements périphériques présentement mal desservis. Au niveau régional, le développement d’un plan intégré de transport est requis pour le déploiement de trains de banlieue et de liens ferroviaires régionaux – d’ouest en est, comme avec la rive sud. Enfin, comme le Québec ne produit ni pétrole ni automobile, on estime qu’il est deux fois et demie plus rentable pour la communauté d’investir dans le transport collectif que dans l’automobile (Chambre de commerce du Montréal métropolitain, 2004).
[5] Développement de l’économie sociale… et 350 emplois
Québec solidaire propose d’accélérer la mise en œuvre du Plan d’action en économie sociale adopté par le gouvernement en novembre 2008. L’économie sociale génère déjà plus de 120 000 emplois à travers l’ensemble des régions du Québec et représente un chiffre d’affaire plus important que celui de l’industrie aérospatiale. Comme le taux de survie des entreprises collectives est plus élevé que celui des entreprises classiques, investir dans l’économie sociale et coopérative est extrêmement efficace pour favoriser la création d’emplois de qualité et l’accessibilité des biens et services centrés sur le développement local. Ce financement de l’ordre de 160 M$ est destiné à des entreprises ou coopératives œuvrant dans la production de biens et services écologiquement viables et socialement responsables. Ce faisant, on soutient une économie qui a pour finalité de servir la collectivité plutôt qu’engendrer des profits, et offrant des emplois qui comportent la participation des employé-es, par les structures coopératives et syndicales.
Pour notre région, il s’agirait d’un investissement d’environ 15 M$, permettant de créer environ 350 emplois.
[6] Augmentation des prestations d’aide sociale… et injecter 60 M$ dans la région
Québec solidaire propose la hausse immédiate des prestations d’aide sociale au montant présentement reçu par les prestataires du programme de solidarité sociale (ce qui aurait pour effet d’éliminer les catégories de prestataires). Il faudrait aussi les augmenter chaque année pour que, sur une période d’au maximum cinq ans, elles soient suffisantes pour couvrir l’ensemble des besoins essentiels des prestataires, notamment des femmes. Il s’agit donc d’appuyer des milliers de personnes et de familles dont le maigre pouvoir d’achat n’a cessé de diminuer depuis 15 ans.
Dans la région Capitale-Nationale cette mesure signifierait l’injection de 60 M$ directement dans la consommation, contribuant évidemment à l’économie régionale et par ricochet au maintien d’emplois dans plusieurs secteurs.
[7] Hausse du salaire minimum… pour 5% de nos concitoyen-nes
Québec solidaire propose la hausse du salaire minimum à 10,50 $ de l’heure afin qu’il puisse permettre à la population travaillant au salaire minimum – en majorité des femmes – d’atteindre le seuil de faible revenu. Dans son rapport d’octobre 2006, la Commission sur l’examen des normes du travail fédérales recommande aux gouvernements de « reconnaître le principe selon lequel aucun travailleur canadien ne doit continuer à vivre dans la pauvreté alors qu’il a travaillé à temps plein ». Avec la hausse proposée, une personne travaillant 40 heures par semaine augmenterait son salaire annuel de 3000 $ par année. L’État québécois devra soutenir les petites entreprises indépendantes et les organismes sans but lucratif pour qu’ils soient en mesure d’assurer cette hausse du salaire minimum.
Dans la région Capitale-Nationale, on peut estimer que, par cette mesure, environ 5% de nos concitoyen-nes augmenteraient leur pouvoir d’achat, contribuant ainsi à stimuler l’économie régionale.
Une autre économie est possible
Ces 7 propositions progressistes de Québec solidaire permettraient donc de créer plus de 3 000 emplois dans la région Capitale-Nationale, tout en stimulant des secteurs importants de notre économie régionale.
Malgré leur caractère à la fois innovateur et réaliste, ces sept propositions de Québec solidaire ne seront sans doute pas retenues par la ministre Jérôme-Forget. En effet, le gouvernement libéral n’a pas l’habitude de privilégier la justice sociale et l’environnement.
Par ailleurs, on ne peut qu’être cynique lorsqu’on prend connaissance de la consultation en ligne sur le site du ministère des Finances : on invite les gens à se prononcer sur quelques options étroitement choisies, sans possibilité de rejeter ces options, ni d’en proposer d’autres.
Quoi qu’il en soit, Québec solidaire Capitale-Nationale tient à faire connaître ses propositions progressistes, question de démontrer qu’il est possible d’envisager autrement la sortie de crise, c’est-à-dire avec des mesures plus durables qui tiennent compte à la fois des aspects économiques, sociaux et écologiques du contexte actuel, en commençant dès maintenant à jeter les bases d’un nouveau modèle économique.
Serge Roy et Catherine Flynn,
co-porte-parole régionaux, Québec solidaire Capitale-Nationale

