Édition du 6 avril 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Une « troisième offre » gouvernementale : Vraiment ?

Secteurs public et parapublic

Le 30 et le 31 mars étaient des journées attendues par au moins 550 000 salariéEs syndiquéEs des secteurs public et parapublic au Québec, dont environ 75% sont des femmes. C’est en effet durant ces deux journées que la présidente du Secrétariat du Conseil du trésor, madame Sonia Lebel, rencontrait en soirée, le 30 mars, les présidentEs des huit grandes organisations syndicales concernéEs par ces offres et ensuite, le 31 mars, elle communiquait à la population, via une conférence de presse, sa « troisième offre » devant permettre le renouvellement des conventions collectives, maintenant échues depuis un an.

La transcription complète de la conférence de presse est disponible sur le lien suivant :

http://m.assnat.qc.ca/fr/actualites-salle-presse/conferences-points-presse/ConferencePointPresse-71425.html. Consulté le 3 avril 2021.

La proposition (dans ses grandes lignes)

Dans le cadre de cette « nouvelle offre », qui n’en est pas véritablement une, le gouvernement Legault maintient l’augmentation salariale de 5% sur trois ans (1,75% pour 2020 à 2021, 1,75% pour 2021 à 2022 et 1,5 pour 2022 à 2023). Le seul élément nouveau que nous trouvons est le suivant : il y a un ajout d’une bonification de 1%, à la fin du contrat, dans la mesure où l’inflation dépasse 5% entre mars 2020 à mars 2023 et que la croissance économique anticipée par le gouvernement se concrétise. Celles et ceux qui suivent les négociations dans les secteurs public et parapublic se rappelleront que cette formule a déjà été proposée par l’ancien ministre libéral Raymond Bachand pour la convention collective de 2010 à 2015.

S’ajoute à cette hausse universelle de 5% pour 3 ans, un montant forfaitaire évalué à 400 millions de dollars pour l’ensemble des salariéEs syndiquéEs des secteurs public et parapublic et une augmentation de salaire supérieure pour les personnes qui gagnent moins de 50 000$ annuellement. La ministre a même ajouté que nous retrouvons dans cette 3e proposition des montants spécifiques pour régler les conditions de travail de groupes ciblés en éducation et en santé. Elle a de plus mentionné qu’en éducation le gouvernement est prêt à accorder une augmentation de salaire plus importante aux enseignantEs, de l’élémentaire et du secondaire, en début de carrière et de créer un statut « d’enseignant émérite » qui serait accompagné d’une rémunération bonifiée (qui n’a pas été vraiment précisée).

Durant sa conférence de presse, la présidente du Conseil du trésor a propagé une information qui dans les faits est nettement exagérée. Il n’y a pas quatre ententes de principes sectorielles à avoir été conclues jusqu’à maintenant dans les secteurs public et parapublic. Il n’y en a qu’une seule et il s’agit de celle avec la FIQ. Nous demandons à voir les autres ententes de principe écrites et signées avant de nous mettre à les additionner.

Les réactions syndicales

Les réactions syndicales n’ont pas tardé à déferler sur le fil de presse. Cette 3e offre a été unanimement dénoncée comme étant nettement insuffisante.

Conclusion

À ce moment-ci il faut prévoir du côté syndical, une fois que cette troisième offre aura été officiellement rejetée par les membres, une intensification des moyens de pression. La FSE-CSQ annonce déjà une journée de grève pour le 14 avril prochain (de minuit une à 9h30 AM). Du côté gouvernemental, il se peut que le premier ministre convoque une rencontre avec les présidentEs des huit grandes organisations syndicales pour leur soumettre une offre qu’il qualifiera alors « d’offre finale ».

En peu de mots, nous pouvons conclure que cette 3e offre ne présente rien de véritablement différent de ce qui est connu depuis décembre 2019. Bref, en ce début du Ve acte et du changement de saison, il n’y a toujours rien de nouveau sous le soleil.

Yvan Perrier

3 avril 2021

17h

yvan_perrier@hotmail.com

Yvan Perrier

Yvan Perrier est professeur de science politique depuis 1979. Il détient une maîtrise en science politique de l’Université Laval (Québec), un diplôme d’études approfondies (DEA) en sociologie politique de l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) et un doctorat (Ph. D.) en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Il est professeur au département des Sciences sociales du Cégep du Vieux Montréal (depuis 1990). Il a été chargé de cours en Relations industrielles à l’Université du Québec en Outaouais (de 2008 à 2016). Il a également été chercheur-associé au Centre de recherche en droit public à l’Université de Montréal.
Il est l’auteur de textes portant sur les sujets suivants : la question des jeunes ; la méthodologie du travail intellectuel et les méthodes de recherche en sciences sociales ; les Codes d’éthique dans les établissements de santé et de services sociaux ; la laïcité et la constitution canadienne ; les rapports collectifs de travail dans les secteurs public et parapublic au Québec ; l’État ; l’effectivité du droit et l’État de droit ; la constitutionnalisation de la liberté d’association ; l’historiographie ; la société moderne et finalement les arts (les arts visuels, le cinéma et la littérature).
Vous pouvez m’écrire à l’adresse suivante : yvan_perrier@hotmail.com

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