Édition du 16 juin 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Lettre

Vous avez entendu, mais vous n’avez pas compris, monsieur le ministre Blanchet,

Nous sommes déçus. L’annonce d’un moratoire dans les Basses terres du SaintLaurent aurait dû être, pour le Regroupement interrégional qui s’oppose au gaz de schiste, une belle victoire et la fin de sa lutte. Or, il n’en est rien : vous avez entendu nos revendications, mais vous ne les avez pas comprises. Il est vrai que vous pourriez répliquer que nous allons recevoir ce que nous avons demandé, soit un moratoire. De quoi nous plaindrions-nous alors ?

Nous sommes des gens ordinaires, pas des gestionnaires, des avocats bardés de diplômes, des lobbyistes fins renards et pleins de contacts dans le milieu. Nous ne sommes que des gens ordinaires et c’est en tant que citoyens que nous nous sommes élevés contre une pratique industrielle que nous jugeons dangereuse et que nous avons demandé un temps d’arrêt, une suspension pour réfléchir à la fracturation hydraulique comme technique d’extraction, d’abord, puis aussi à nos besoins énergétiques. Car c’est bien cela que veut dire un moratoire : un stop.

Où est ce temps d’arrêt ? Vous venez d’autoriser la fracturation sur l’île d’Anticosti, avant un BAPE générique sur la question. Mais de quoi nous plaignons-nous, nous allons avoir notre moratoire, si l’opposition se rallie. Les études ne devraient-elles pas être faites d’abord, pourquoi se précipiter ?

Où est cette réflexion ? Il y aura un nouveau BAPE, un moment donné. Pourriez-vous dire quand ? Les travaux sont annoncés, mais pas les études, ne procède-t-on pas à l’envers ? Mais de quoi nous plaignons-nous, nous allons avoir nos terres protégées dans les Basses terres du Saint-Laurent, si le projet de loi ne meurt pas au feuilleton.Il s’agit de fracturation hydraulique autant pour gaz que le pétrole, si cette pratique est néfaste pour les terres agricoles, est-elle meilleure sur une île ?

Nous n’avons pas besoin d’être rassurés [1], nous ne sommes pas des enfants perdus dans le noir. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une réflexion approfondie sur la manière dont nous allons utiliser nos sources d’énergie et notre eau. Le groupe Moratoire d’une génération réclame que l’on laisse tout sous la terre au moins le temps d’une génération ; Greenpeace et Équiterre s’opposent au renversement du pipeline Enbridge ;Option
nationale veut nationaliser les ressources naturelles pour qu’elles profitent à l’ensemble des citoyens ;Québec solidaire veut l’interdiction totale des hydrocarbures sur le territoire dans un horizon de vingt ans. Voilà une série de propositions intéressantes avec lesquelles on peut être plus ou moins en accord ; elles ont toutefois le mérite de nous donner une vision de l’avenir. Un avenir dans lequel il n’y aura plus autant de gaz à effets de serre, et où
on trouvera de l’eau, des sols et de l’air propres.

Quelle est la vision de l’avenir le PQ a-t-il pour nous ? Plusieurs électeurs ont été enchantés de la vision qui était proposée par votre parti lors des dernières élections : les groupes écologistes, après l’analyse de votre plateforme, avaient jugé que vous étiez le deuxième parti le plus vert au Québec. Où est-elle maintenant, cette vision ? Martine Ouellet et Daniel Breton en étaient les principaux porte-parole ; ils sont aujourd’hui maintenus à l’écart. Et vous ouvrez les bras tout grands à l’industrie pétrolière et aux sables bitumineux !

Ce n’est pas l’image que nous avions en tête lors des élections. La Montérégie est la région qui vous a donné le plus de députés ; étrangement, c’est aussi celle où se retrouvent le plus d’opposants au gaz de schiste. Auraient-ils voté pour vous, si vous aviez présenté le visage
que vous nous montrez aujourd’hui ? Peut-être, car beaucoup de citoyens tiennent à la souveraineté aussi et le PQ a toujours été le défenseur de cette option. Gardez-vous cependant de nous prendre pour des électeurs captifs : vous n’êtes plus les seuls souverainistes. Et vous n’êtes pas les plus écologistes non plus.

Il n’est pas trop tard pour vous reprendre. Pourquoi la gouvernance souverainiste n’aurait-elle comme fer de lance une vision proprement québécoise de la consommation d’énergie ? Nous sommes déçus, vous pouvez faire mieux. Ce sont les citoyens qui votent aux élections, pas les compagnies. Avec une gouvernance souverainiste verte, il y a fort à
parier que vous redonneriez plusieurs conditions gagnantes à la cause de l’indépendance du Québec.

Pour une vision énergétique indépendante et verte !

Marie-Ève Mathieu, présidente du comité contre les gaz de schiste de la Vallée des

Patriotes et membre du R.I.G.S.V.S.L.

Mots-clés : Québec

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