Édition du 21 juin 2022

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Afrique

La multinationale Glencore et la corruption : Vous reprendrez bien un chocolat !

Glencore, la multinationale minière et de négoce, accepte de payer environ un milliard et demi de dollars d’amendes pour les accusations de corruption, manipulation des prix et autres malversations dont elle se reconnait coupable. Pas cher payé pour les profits engrangés depuis des décennies affirment deux chercheurs de Open Secrets, une ONG sud-africaine.

Tiré du blogue de l’autrice.

Les deux chercheurs, Michael Marchant et Hennie van Vuuren , dans leur article, montrent que ces amendes sont broutilles face aux profits engendrés par la pratique de la corruption. Un avocat américain a même exprimé sa surprise : « L’étendue de ce système de corruption donne le vertige. Glencore a versé des pots de vin pour s’assurer des contrats pétroliers ; Glencore a payé des amendes pour éviter les contrôles du gouvernement ; Glencore a graissé la patte aux juges pour que les poursuites disparaissent…Glencore a payé des pots de vin pour faire des affaires – des centaines de millions de dollars ». https://www.opensecrets.org.za/the-toxic-chocolatier-the-case-for-prosecuting-glencore-executives/

Et c’est bien là le problème : corrompre pour faire du profit. Comme le dit l’agence Blomberg « le retour sur investissement était mirobolant ». Par exemple en Côte d’Ivoire Glencore a réalisé 30 millions de dollars de profit après avoir versé 4 millions de dollars de pots de vin ! Et si 1’amende de 1,5 milliards de dollars peut sembler énorme, les journalistes spécialisés dans le monde des affaires estiment que cette somme représente cinq semaines de transactions pour Glencore ! Le jeu en vaut la chandelle.

Et si on lit ce que la société Glengore écrit sur son site, on peut apprécier la rouerie du groupe en ce qui concerne le développement durable et la protection de l’environnement. On pourrait croire que Glencore est spécialiste de la tarte aux pommes bio, alors qu’elle tire profit du mépris des droits humains, de l’exploitation du charbon et de la crise climatique. Elle n’hésite pas à faire sienne cette belle formule des Nations unies « Le monde des affaires doit œuvrer contre la corruption sous toutes ses formes, y compris l’extorsion de fonds et le versement de pots de vin ».

Les activités de Glencore sur le marché américain, qui est très réglementé, cachent ses activités dans le monde entier où nous savons maintenant que plus de 100 millions de dollars ont été versé pour corrompre des responsables gouvernementaux au Brésil, au Nigeria, en RDC, au Vénézuela. « La corruption fait partie de la culture d’entreprise » a affirmé un avocat au cours d’une conférence de presse. Et qui est l’instigateur de cette culture d’entreprise ? Pas les cadres moyens, pas la piétaille, mais le sommet de la hiérarchie parce que les profits rapportent gros aux dirigeants de Glencore.

Le versement des pots de vin se fait avec courtoisie et savoir vivre, il suffit d’utiliser le mot codé « chocolat » dans la conversation. Le PDG de Glencore de 2002 à 2021, Ivan Glasenberg, né et éduqué en Afrique du Sud, aujourd’hui citoyen australien vivant en Suisse, avait mis au point l’offre chocolaté. Il a démissionné en 2021, mais on estime sa fortune à 135 milliards de Rands et il détient toujours 9% des actions de Glencore.

Glasenberg a fait ses classes avec un maitre dans l’art de corrompre, Marc Rich qui n’avait pas été surnommé « le Roi du pétrole » pour rien, car lui-même reconnaissait que vendre du pétrole au régime d’apartheid alors sous embargo pétrolier avait été « une affaire particulièrement rentable » de l’ordre de 2 milliards de dollars de bénéfice.

Marc Rich avait un don particulier pour les affaires. Il a réussi à vendre du pétrole russe au régime d’apartheid en pleine guerre froide et du pétrole iranien à Israël. Comme l’explique un de ses biographes, citant une source anonyme, “Nous avons vendu du pétrole iranien et russe à l’Afrique du Sud pour, en retour, vendre de l’uranium namibien à l’Union soviétique”. La Namibie était à l’époque sous le contrôle de l’Afrique du Sud. Bien sûr, il était comme tout le monde contre l’apartheid, il faisait seulement des affaires avec l’Afrique du Sud. http://renapas.rezo.net/spip.php?article562

Glesenberg travaillait pour Marc Rich & C° juste après que ce dernier en 1983 soit poursuivi aux Etats-unis pour fraude et évasion fiscale. Cette période coïncidait avec le renforcement de l’embargo sur les exportations de charbon sud-africain pour violations des droits humains. Cela n’empêcha pas Rich, Glasenberg et les autres de faire de Glencore un géant transnational. Marc Rich n’a jamais été poursuivi et il est mort milliardaire en Suisse en 2013, blanchi de ses crimes par Bill Clinton en 2011.

Les vrais responsables ne rendent de comptes à personne comme, précise les deux auteurs de l’article, les PDG des banques et autres institutions financières responsables de la crise financière de 2008 et du coût de la catastrophe humanitaire qui a suivi. Les autorités américaines ont empoché des milliards en imposant des amendes mais sans poursuivre les vrais coupables.

Le scandale Glencore va-t-il être la paille qui casse le dos chameau ? Les Usa n’exclut pas, en plus d’imposer des amendes, de poursuivre en justice les responsables de Glencore et des enquêtes sont en cours en Suisse et aux Pays-Bas. Le seul espoir d’inverser la tendance et mettre fin à l’impunité des crimes financiers.

Jacqueline Dérens

Blogueuse sur le site de Mediapart (France). Ancienne militante contre l’apartheid, fondatrice de l’association RENAPAS - Rencontre nationale avec le peuple d’Afrique du Sud.

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