Édition du 18 juin 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

Construire le barrage populaire et la résistance climatique –réalité et conditions de la campagne ultimatum 20 / 20 de Québec solidaire

Voir la Vidéo de l’intervention de Ruba Ghazal à la manifestation pour le lancement de la campagne Ultimatum 20/20 tenue à Québec le 29 mars dernier.

Lors du dernier Conseil national, tenu à Québec, Simon Tremblay Pepin, alors responsable à la mobilisation à Québec Solidaire, a présenté aux délégué-e-s l’importance et les objectifs de la Campagne ultimatum 2020, qui se veut une réponse aux problèmes climatiques et à l’inaction du gouvernement Legault à cet égard. Nous reprenons ici l’essentiel de son rapport et nous soulignerons les défis qui sont posés à Québec solidaire par cette campagne.

Durant la campagne électorale, le gouvernement Legault n’a guère parlé de changements climatiques. Québec solidaire a été le parti qui a fait de la lutte aux changements climatiques le centre de sa campagne. Une fois élu, dans son discours du trône, François Legault, sous les pressions du mouvement environnementaliste et des interpellations de QS, a déclaré qu’il était sensible à la question de l’environnement et qu’il était prêt à bouger sur ce terrain. Mais, le budget de la CAQ n’a pas été à la hauteur de l’urgence climatique. Il a été très décevant. Le budget a augmenté de 25% des projets autoroutiers et a laissé stagner les investissements concernant le transport collectif. Le gouvernement de la CAQ a encore démontré qu’il ne comprenait rien à l’urgence de la situation climatique. Il a adopté jusqu’à maintenant une attitude qu’on peut qualifier de climato-passive. Il est essentiellement immobiliste sur cette question. [1]

L’ultimatum d’un barrage parlementaire

Le gouvernement Legault ne fera rien de réellement significatif si on n’exerce pas sur lui une pression telle qu’il ne pourra pas éviter la question climatique. Québec Solidaire, comme parti de l’environnement, doit construire la pression nécessaire pour que cette question devienne au centre du débat public.

C’est à partir de ces considérations que la députation de Québec solidaire a jugé nécessaire de lancer un ultimatum au gouvernement. Cet ultimatum pose trois exigences minimales très simples : 1) l’élaboration d’un plan de transition d’ici le premier octobre 2020 qui permettrait au Québec d’atteindre les cibles fixées par le GIEC ; 2) l’évaluation de ce plan par des experts indépendants du gouvernement ; 3) l’interdiction de nouveaux projets d’exploration et d’exploitation pétrolière et gazière d’ici là.

Si le gouvernement ne se rend pas à cet ultimatum, s’il n’agit pas d’ici le premier octobre 2020, la députation de Québec solidaire va, au parlement, mettre en place un véritable barrage politique. Elle va retirer sa collaboration dans l’élaboration d’un plan de transition pour le Québec et fera obstruction à la marche régulière des institutions parlementaires. « Pour faire barrage, les 10 députés solidaires à l’Assemblée nationale utiliseront tous les moyens parlementaires à leur disposition pour retarder l’adoption de tout projet de loi ne portant pas sur la question environnementale et climatique. Pas question que les député.e.s solidaires laissent le Québec foncer dans le mur climatique. » [2] Le premier octobre 2020, ce sera le deuxième anniversaire de l’élection de ce gouvernement. Il aura eu amplement le temps de préparer son plan lorsque la date va arriver.

Si le premier ministre Legault change d’idées et qu’il se rend à nos arguments, nous serons tous contents. Mais, on sait qu’il ne faut pas nécessairement compter là-dessus. Mais si on arrive au premier octobre 2020 et qu’il n’a pas répondu positivement à nos trois revendications, nos député-e-s pourront dresser un barrage politique en usant de tous les moyens dont nous disposons, à l’Assemblée nationale comme dans la rue, pour le forcer à agir pour le climat.

Il est essentiel de construire également un barrage populaire

Mais, ce barrage politique sera impuissant à réaliser ses objectifs s’il n’est pas appuyé par un véritable barrage populaire que nous devons commencer à construire dès maintenant dans les rues en collaboration avec les mouvements sociaux. Le gouvernement Legault répondra positivement à cet ultimatum s’il voit monter la pression à un tel niveau que la crise écologique devienne une véritable crise politique. Il faut donc créer une escalade des moyens de pression. On peut lancer des pétitions, visiter les bureaux des député-e-s de la CAQ, occuper les salles d’attente, multiplier les manifestations... Dès l’automne prochain, on va créer des événements de grande envergure et faire des manifestations sur nos propres bases. Les membres de Québec Solidaire vont se mobiliser dans les manifestations organisées par le mouvement contre le réchauffement climatique. Nous allons apporter notre contribution à la mobilisation pour que ces manifestations soient les plus populeuses possible.

Dès maintenant, il faut construire des petites unités de mobilisation avec des ami-e-s, des collègues de travail, des membres de votre famille et multiplier les initiatives pour mettre la question climatique sur la scène publique. Sur une région donnée, on va chercher à jumeler et à favoriser la coordination de ces différentes équipes. Ces groupes de mobilisation vont recevoir à chaque deux semaines des suggestions d’action qui vont être de plus en plus importantes afin de faire monter la pression. La campagne va durer 18 mois et vise à aller à la rencontre des gens pour chercher de nouveaux appuis aux trois demandes portées par la campagne 20/20. Autour de cette campagne, toute une structure militante sera construite qui sera essentielle pour la prochaine étape, les élections de 2022.

Aucune confiance au gouvernement Legault, des propositions à avancer pour construire un véritable barrage populaire

La discussion sur la campagne au dernier CN s’est limitée à quelques interventions (guère plus de 15 minutes de discussion). L’apport des militant-e-s de Québec Solidaire impliqués dans la lutte contre le réchauffement climatique et pour l’environnement en général n’a pu être entendu. Comment inscrire et articuler les deux grandes revendications de la campagne (Interdiction de l’exploration/exploitation projets gaziers et pétroliers ; et réduction des GES de 45 % d’ici 2030) aux initiatives qui se mènent sur le terrain dans les différentes régions) n’a pas pu être discuté. Il faudra donc que la campagne 20/20 puisse être discutée démocratiquement (dans les structures locales, régionales et nationales du parti), si le parti veut pouvoir l’articuler aux combats concrets.

Pour que la campagne ne se limite pas à un simple travail de pression sur la CAQ, il faut, à partir du Plan de transition de Québec Solidaire, mettre de l’avant des mesures les plus essentielles et les plus urgentes d’un véritable plan de transition articulé aux luttes concrètes menées par les mouvements sociaux, mesures pour lesquelles, il est urgent d’engager la lutte immédiatement. L’identification de ces mesures permet de rendre concret ce que signifie notre exigence d’un plan de transition que nous adressons au gouvernement de la CAQ.

1. Interdire les projets d’exploration et d’exploitation pétrolière et gazière est un axe essentiel d’un éventuel plan de transition. Elle peut se concrétiser par des luttes contre l’exploitation pétrolière et gazière en Gaspésie ; par l’interdiction de la construction du gazoduc de 750 km qui partirait du nord-est de l’Ontario pour aboutir au port méthanier de Saguenay ; par l’annulation de tous les permis de forage...

2. Exiger des investissements massifs en transport collectif électrifié dans les milieux urbains et interurbains et soutenir la mobilisation à cet effet en avançant vers la gratuité du transport public le plus tôt possible. La lutte pour le tramway à Québec, un grand chantier de transport collectif à Montréal sont des batailles actuelles qui permettent de rendre visible dès maintenant ce qu’est un véritable plan de transition. La nationalisation des transports interurbains est une revendication mise de l’avant durant la campagne électorale et qui doit être exigée du gouvernement Legault.

3. Défendre l’abandon des investissements sur les infrastructures autoroutières qui participent de l’étalement urbain, du développement du parc automobile, de la congestion automobile et de l’augmentation de GES. La bataille amorcée contre le 3e lien s’inscrit dans une telle perspective.

4. Appeler au financement et à la réalisation par des entreprises publiques d’un vaste plan de rénovation et d’isolation des bâtiments et maisons dans les secteurs industriel, commercial, public et résidentiel dans une perspective d’économie d’énergie serait une mesure phare d’un plan de transition qui doit s’amorcer le plus tôt possible. Ce financement pourrait être l’occasion de la création d’emplois publics visant à assurer la transition énergétique.

5. Soutenir la rupture avec l’agriculture agro-exportatrice en favorisant une agriculture paysanne développant l’emploi agricole et en tournant les subventions vers des productions orientées vers une distribution de proximité et en aidant l’agriculture urbaine et l’installation des jardins communautaires.

6. Élargir le contrôle public sur le secteur de l’énergie, au-delà de l’hydro-électricité en socialisant les secteurs des énergies renouvelables déjà en place.

Un véritable plan de transition sera le fruit des luttes actuelles face aux changements climatiques portées par un front des mouvements et organisations qui s’inscrivent dans une telle perspective.

Québec Solidaire annonce qu’il va prendre des initiatives d’action sur ses propres bases. Il faut saluer cette volonté d’initiative. Mais, le rapport de force avec le gouvernement de la CAQ va d’abord être établi par la force des mouvements sociaux mobilisés pour faire face aux urgences sociale (lutte contre l’austérité) et écologique. Les changements nécessaires ne pourront avoir lieu que s’ils jouissent d’un large soutien populaire reposant sur des citoyen.e.s bien informé.e.s et mobilisé.e.s. La construction de mobilisations de plus en plus massive passe par une stratégie de rupture avec les partis néolibéraux et la tâche de Québec solidaire est d’accompagner ces mouvements sociaux, de favoriser leur unité d’action afin de pouvoir s’opposer réellement aux forces politiques néolibérales.

Mobiliser les membres du parti pour miser sur la mobilisation sociale, doit être au coeur de la construction du barrage populaire que la campagne 20/20 doit construire. Il ne faut pas seulement faire pression pour amener le gouvernement de la CAQ à s’engager sérieusement à mettre en place un plan de transition dans 18 mois – même si cet objectif est important. Il faut mettre les décideurs au défi de poser tout de suite des gestes concrets qui vont dans le sens de la réalisation de la transition économique et énergétique véritable.


Vidéo de l’intervention de Ruba Ghazal à la manifestation pour le lancement de la campagne Ultimatum 20/20 tenue à Québec le 29 mars dernier.


[1Il est vrai que la CAQ est en train de discuter environnement. Il faudra évaluer la rhétorique environnementale dans laquelle il voudra envelopper ses politiques néolibérales.

Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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