Dans son rapport publié cette semaine sur un décès survenu à l’urgence de l’Hôpital de la Cité-de-la-Santé de Laval, la coroner Blondin soulève de sérieuses questions sur la prise en charge des patients dans un contexte de surcharge dans le réseau de la santé. Mais la situation est la même partout.
« On travaille sous pression en situation de débordement, souvent épuisés par le temps supplémentaire obligatoire et par le manque de personnel avec lequel on doit composer. On manque de locaux, de chambres, de lits. Or, le travail de nos membres consiste à sauver des vies humaines. Il est nécessaire de réunir toutes les conditions requises pour arriver à bien faire notre travail, sinon, j’ai peur que des situations comme celle décrite dans le rapport de la coroner Blondin ne se reproduisent », clame le président de la FSQ-CSQ, Déreck Cyr.
Pas juste la faute de l’influenza…
Bien qu’il soit juste de blâmer en partie l’influenza pour les taux d’occupation actuels dans les urgences, elle n’est pas la seule responsable. Le problème est multifactoriel et il s’accentue depuis des mois.
Jamais les patients de niveau de soins alternatif (NSA) n’ont été aussi nombreux dans les centres hospitaliers du Québec. Les patients NSA sont en attente d’une place ailleurs qu’aux urgences ou que sur les étages de nos hôpitaux pour obtenir des soins en santé physique ou mentale, en raison de leur déconditionnement. « Ils n’ont rien à faire aux urgences ou sur les étages d’un hôpital », explique Déreck Cyr. « Mais comme le réseau prend l’eau de partout, on ne sait pas où les envoyer. Ils attendent donc dans les corridors, sur les étages et parfois sur des civières aux urgences. À titre d’exemple, il y a actuellement 73 patients NSA au CISSS de Laval. Sur un total de 489 lits, ça représente 15 % des lits disponibles. »
Un autre problème de taille est celui des patients provenant de centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) ou de maisons des aînés (MDA). Puisqu’il manque de personnel pour effectuer sur place des tests visant à déceler la cause d’un malaise ou d’une poussée de fièvre, les patients doivent régulièrement être transportés en ambulance vers les urgences. Ils y restent en attendant de passer les examens dont ils ont besoin et de recevoir les résultats. Même chose lorsqu’ils sont prêts à retourner au CHSLD ou à la MDA. « Ils attendent qu’une ambulance se libère pour les raccompagner vers leur centre. Parfois, ça peut prendre jusqu’à plusieurs heures, car pour les ambulanciers, ce n’est pas une urgence si le patient est stable ! En plus d’accaparer des ambulances, ils occupent deux lits durant tout ce temps d’attente : celui au CHSLD et celui aux urgences », explique le président de la FSQ-CSQ. Il serait temps que Santé Québec et la ministre de la Santé apportent des solutions par rapport à cet enjeu qui est décrié depuis des années par les travailleuses et les travailleurs dans les urgences du Québec, sans que rien ne change.
Il n’est donc pas rare qu’un patient prêt à quitter à 8 h le matin attende jusqu’à 18 h pour partir. Cela a un impact sur les patients qui attendent à l’urgence que des lits se libèrent sur les étages et nuit au personnel qui doit s’occuper des nouveaux patients instables dans les corridors », renchérit Déreck Cyr.
Que fait Santé Québec ?
Difficile de comprendre la plus-value de Santé Québec dans tout ça, d’autant plus que, contrairement aux années précédentes, l’organisme a pris la décision de ne pas instaurer de cliniques de la grippe vers lesquelles diriger les patients malades. Ces cliniques avaient pourtant fait leurs preuves par le passé et aidaient à limiter l’achalandage dans les urgences.
Santé Québec et le ministère ont aussi pris la décision de créer des postes de directeur de fluidité pour chaque CISSS et CIUSSS qui le souhaitent. Il est difficile de mesurer l’apport de ces nouveaux gestionnaires, alors que la capacité dans les urgences n’a jamais été autant dépassée, notamment à la Cité- de-la-santé de Laval, qui a un directeur de la non-fluidité.
« C’est à n’y rien comprendre. La création de Santé Québec devait améliorer les choses, mais, à part avoir augmenté le nombre de gestionnaires dans le réseau, on ne voit pas en quoi ça a changé. On a même l’impression que ça va plus mal qu’avant, avec des taux d’occupation allant de 200 % à 300 % dans certaines urgences », dénonce le président de la FSQ-CSQ. Aujourd’hui, le taux d’occupation atteint 190 % à l’urgence de la Cité-de-la-Santé de Laval, 140 % à Maria en Gaspésie, 180 % à Baie-Comeau et 210 % à Sept-Îles. Dans les deux plus grosses urgences de la Côte-Nord, c’est inacceptable pour la qualité des soins et cela augmente les risques d’erreur humaine ou d’événements dits « sentinelles ».
« Il est légitime de se demander si Santé Québec n’a pas été créé seulement pour protéger la ministre de la Santé ou le gouvernement de la CAQ. Car au ministère, on nous réfère à Santé Québec pour toutes demandes, mais on obtient très peu de réponses ».


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