Édition du 1er décembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Négociations du secteur public

« Devant la crise des conditions de travail, le gouvernement doit agir maintenant ou laisser la maison brûler » - Sonia Ethier

MONTRÉAL, le 21 oct. 2020 - « La crise sanitaire s’est transformée en crise généralisée des conditions de travail », explique la présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Sonia Ethier. Devant les quelque 300 personnes déléguées de la Centrale réunies en conseil général, elle lance un cri d’alarme au gouvernement de François Legault pour que le plan de relance économique prévoie de toute urgence un rehaussement des conditions de travail pour les travailleuses et les travailleurs de l’éducation, de la santé, de l’enseignement supérieur et de la petite enfance du Québec.

Le syndrome de la chaudière percée

Devant le plan de relance économique qui se dessine, la présidente de la Centrale met en garde le gouvernement de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier des infrastructures et du béton. Sonia Ethier clame l’urgence de déployer des mesures structurantes permettant de renforcer les services à la population et de mettre en échec la désertion professionnelle. « Résultat des années d’austérité et de sous-investissement, les services à la population sont actuellement confrontés à une véritable crise des conditions de travail. À coup de lois spéciales, de budgets étriqués et de compressions, on nous oblige depuis des années à faire toujours plus avec moins. En santé et en éducation, le gouvernement a été dans l’obligation de faire appel à l’armée canadienne ou de lancer des initiatives de recrutement à vitesse accélérée pour compenser les mauvaises conditions de travail. C’est le "syndrome de la chaudière percée". Le gouvernement a beau multiplier les initiatives pour ajouter des ressources, tant qu’il ne réglera pas le problème structurel des conditions de travail, il ne fait que nourrir le problème. Ça continue de couler de partout et ça ne fait qu’entretenir un cercle vicieux », lance Sonia Ethier.

Un impact direct sur les personnes vulnérables

La CSQ explique que la crise des conditions de travail a actuellement un impact direct sur les services à la population, particulièrement en ce qui a trait aux conditions de vie des personnes aînées hébergées. « Déjà, en 2018, on a dénoncé vivement la situation de maltraitance organisationnelle causée par l’inaction des gouvernements. Au printemps dernier, l’AREQ-CSQ était au front pour soutenir le personnel qui œuvre auprès des personnes les plus vulnérables de notre société, pendant que le gouvernement laissait les CHSLD dans l’angle mort. Les mauvaises conditions de travail sont à l’origine d’une hécatombe qui est a causé plus de 4 000 morts, souvent dans l’indignité, par manque de personnel et de ressources », soutient la présidente de la CSQ.

Pour appuyer sa proposition de plan de relance équitable à visage humain, la CSQ interpelle également le gouvernement sur le rôle crucial du secteur communautaire pour renforcer le tissu de solidarité au bénéfice des personnes les plus vulnérables. « Des milliers de femmes et d’hommes œuvrant quotidiennement dans le secteur communautaire méritent leur part du gâteau dans la relance économique. Leurs interventions quotidiennes auprès des personnes dans le besoin permettent chaque année à l’État d’économiser des millions de dollars. Les services sociaux seront-ils les grands oubliés de la relance du gouvernement ? », questionne Sonia Ethier.

Par ailleurs, l’organisation syndicale réitère qu’un plan vigoureux de création de nouvelles places en garderie permettrait aux femmes de rattraper leur retard en matière d’accès au marché du travail, qui s’est accru depuis la pandémie. Elle appelle ainsi des investissements massifs dans les services éducatifs à la petite enfance dans l’objectif de combler rapidement le fossé des 55 000 places manquantes pour les familles.

Le Québec à l’heure des choix

Du côté des négociations du secteur public, Sonia Ethier déplore que le gouvernement continue de mettre en pratique la stratégie de la sourde oreille. Elle dénonce l’immobilisme du gouvernement devant les nombreux problèmes pourtant connus et décriés dans les milieux de travail en éducation, en santé et en enseignement supérieur. « On est devant un gouvernement intransigeant qui semble vivre dans un autre monde. Malgré nos propositions et notre contreproposition, il reste campé sur sa position initiale, qui est à peu de choses près un copier-coller de l’offre insultante de décembre dernier, qui ne règle rien. Quand on entend dire que le gouvernement a un cadre financier limité, rappelez-vous que c’est une question de choix politique. Les données démontrent que les femmes ont été parmi les premières victimes économiques de la pandémie. L’enjeu de la présente négociation, c’est d’amorcer la relance économique équitable pour les femmes, qui occupent plus de 70 % des postes du secteur public. Il s’agit, pour le Conseil du trésor, de régler les problèmes structurels ou, sinon, de fermer les yeux sur la réalité vécue à la dure par les travailleuses et les travailleurs, à majorité des femmes, en éducation, en santé et enseignement supérieur. L’austérité des dernières années a fait mal et le Québec est aujourd’hui à la croisée des chemins : investir maintenant dans les conditions de travail du secteur public, ou laisser la maison brûler », explique Sonia Ethier.

Une pandémie qui commence à avoir le dos large

Aux conditions de travail précaires dans les milieux s’ajoute la centaine de décrets ou arrêtés ministériels qui ont été adoptés depuis le printemps dernier pour suspendre plusieurs articles de droits et de conventions touchant le travail. La présidente constate une dérive autoritaire de la part du gouvernement, qui s’étire dans le temps au détriment des droits fondamentaux des travailleuses et des travailleurs. Elle annonce que la CSQ travaille activement à l’élaboration d’un dossier de contestation devant les tribunaux. « Ça fait au-delà de 100 arrêtés qui sont décrétés unilatéralement pour suspendre différentes lois et imposer des façons de faire dans nos milieux de travail. Il y a des limites à se servir de la pandémie pour imposer à peu près tout et n’importe quoi. On constate une dérive autoritaire à plusieurs égards. Ces arrêtés maintiennent une pression négative sur les milieux de travail et jettent de l’huile sur le feu des problèmes de rétention et d’attraction du personnel », conclut Sonia Ethier.

Réunis en conseil général les 21 et 22 octobre, les syndicats affiliés à la CSQ doivent notamment faire le point sur l’actualité, dont les transformations du travail ainsi que les enjeux liés au télétravail.

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