Édition du 13 avril 2021

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La révolution arabe

Egypte : Le palais présidentiel encerclé au milieu d'une explosion de grèves ouvrières

(Mise à jour du 11 février)

Les médias relaient les images des regroupements à Place Tahrir, ces rassemblements de plus en plus massifs. Toutefois, ces mêmes médias sont plutôt chiches sur l’apport des mouvements sociaux organisés à ces mobilisations visant le départ de Moubarak et une société démocratique et populaire. Presse-toi à gauche vous offre un panorama des mouvements grévistes que connaît l’Égypte actuellement.

Le Caire, 11 février 2011. Hier, au cours d’une allocution télévisée, le président Hosni Moubarak annonce qu’il a l’intention de rester au pouvoir jusqu’à la fin de son mandat. Dans la nuit du 10 ou 11, la colère des manifestants monte d’un cran et leur nombre est suffisant pour que des dizaines de milliers gardent la place Tahrir tandis que d’autres marchent sur le palais présidentiel de El Orouba, dans le quartier d’Heliopolis. Le quartier est entièrement bouclé et sous la protection des chars et des troupes de l’armée.

En marchant sur le palais d’El Orouba, les égyptiens obtiennent la confirmation qu’ils cherchent à obtenir depuis hier. Que fera l’armée en pareil cas ? Réponse : l’armée laisse faire et les manifestants par centaines prennent place dans la nuit et sont rejoints, ce matin, par des milliers de manifestants supplémentaires. L’armée s’adresse aux manifestants dans des termes polis. Elle recommande aux manifestants de retourner place Tahrir et met à leur disposition des bus de l’armée. Les manifestants qui veulent rester n’en sont pas empêchés, mais l’armée prévient que, pour leur sécurité, il plus sûr qu’ils retournent place Tahrir.

Il ne faut pas pour autant s’empresser de conclure que l’armée menace la population de représailles. D’autres menaces semblent plus plausibles. Tout d’abord, l’envoi possible de forces de police ; l’envoi d’hommes de mains armés ; et enfin une intervention agressive de la garde présidentielle.

La situation est intéressante à observer car il est probable que le Conseil Supérieur des Forces Armées (CSFA) soit en train de laisser faire dans le but de s’appuyer sur l’intensification et le "rapprochement" de la colère des manifestants pour presser Hosni Moubarak de quitter le pouvoir.

Le bâtiment de la Radio Télévision du Caire, également sous la protection de l’armée est, ce matin (et depuis hier soir aussi), encerclé par une dizaine de milliers de manifestants.

Mais ce n’est pas qu’au Caire que la pression sur l’armée est forte. La crise de Suez et la grève de 6000 ouvriers responsables de la gestion quotidienne du canal est de nature à justifier un durcissement du ton du CSFA à l’égard de Moubarak et de son entourage.

Le CSFA annonce ce matin qu’il fera déclaration importante ce matin.
Des millions d’égyptiens sont attendus aujourd’hui dans les rues de l’Egypte, pour un troisième vendredi de la colère.
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Coordination et revendications sociales

Insensibles à la fatigue et aux intimidations en tous genres, les insurgés de la place Tahrir ne faiblissent ni en nombre ni en détermination. Bien au contraire, après avoir mis en échec, mercredi 2 février, les tentatives des miliciens pour reprendre la place, et après les grandes manifestations du vendredi 4 février dans les plus grandes villes du pays, leur moral est au plus haut. La présence permanente de milliers de Cairotes sympathisants a permis depuis trois semaines de rendre le couvre-feu caduc et d’organiser l’autodéfense permanente de Tahrir, à la fois centre névralgique et laboratoire de la révolution.

Alors que la gauche réformiste, certaines ONG et la direction politique des Frères musulmans négocient leurs places dans un futur gouvernement provisoire, des structures syndicales indépendantes du régime se mettent en place (enseignement, impôts, retraités, techniciens de la santé, notamment). Une coordination politique large, animée (entre autres) par des militants révolutionnaires sortis récemment de la clandestinité, mais aussi par des militants des droits de l’homme, des ouvriers, des écrivains ou des artistes, cherche une issue loin des tractations institutionnelles en cours.

Les revendications portées par le mouvement peuvent se décliner ainsi : une augmentation générale des salaires accompagnée de la mise en place d’un Smic à 1.200 livres, le salaire médian étant aujourd’hui de 600 livres, l’indemnisation du chômage, la défense de la sécurité sociale, le droit au logement, la gratuité scolaire réelle, la reconnaissance du droit syndical. Sur le plan politique : non à la transition, départ immédiat de Moubarak et fin de la dictature, interdiction du PND, dissolution des milices, mise en place d’un processus constituant sous contrôle populaire !

Vague de grèves dans toute l’Egypte

Depuis le 8 février, l’Egypte connaît une explosion de luttes ouvrière. Ce jeudi 10 février, on recensait :

— Rassemblement de protestation contre la compagnie d’électricité dans le Sud du Caire.

— Manifestation des travailleurs des télécommunications dans le quartier d’Ataba, au cœur du Caire. Cela s’ajoute à ceux d’hier et aux travailleurs de la communication qui sont aussi en grève à Banha, dans le Delta.

— Des mécaniciens du secteur ferroviaire aussi en grève.

— Les travailleurs de l’usine Maspero dénoncent la corruption de la direction.

— Les travailleurs de l’entreprise pharmaceutique de Masheya el Bakr ont coupé le pont sur le Canal de Suez.

— Plus de 2000 travailleurs de l’entreprise de filature et de textile Misr ont appelé à une grève à Helwan.

— Les travailleurs temporaires de l’Université du Caire sont aussi en grève.

— Des travailleurs du secteur du fer et de l’acier ont également fait un appel à la grève (National Steel Company, Misr National Steel Company).

— Des entreprises de sous-traitance de l’État sont en grève à Kafr el Dawar, Helwan et Kafr el Diat.

— Plus de 4.000 travailleurs en grève à l’usine de charbon de Helwan (Helwan Coke Company).

— Protestation à Gharbeya, à l’entreprise Sianco.

— Les travailleurs toujours actifs de El Mahalla ont annoncé que, demain, va commencer une grève.

— Un grand nombre de travailleurs du secteur pétrolier est en grève et se rassemblera demain à Nasr City, district se trouvant en dehors du Caire, où se trouve le ministère du Pétrole.

— D’autres techniciens du secteur ferroviaire sont en grève à Beni Suef.

— Plusieurs entreprises sont fermées à Suez, où il y a un important secteur pétrolier et où les batailles de rue ont été les plus dures que partout ailleurs.

— Le Service des transports publics en grève dans trois dépôts. 
Les journalistes des quotidiens contrôlés par le régime sont en trains de se soulever contre leurs employeurs.

— Les employés des transports publics du Caire ont appelé à une grève générale demain. Au moins les dépôts de Nasr, Fateh, Ter’a, Amiriya, Mezzalat et Sawwah Station, paralysant la ville. Il semble que demain ils vont se réunir au siège, à Nasr City, pour former un syndicat libre. Ils ont fait un communiqué demandant la chute du régime (en précisant le Parti national) et la levée de l’état d’urgence.

— Des travailleurs des télécommunications d’Alexandrie ont également manifesté devant le central de Mansheya.

— Des informations parlent également de quatre entreprises d’armement à Helwan.

— L’entreprise Portland, qui produit du ciment à Alexandrie, a également connu des manifestations. Il s’agit de la plus grande usine de ciment dans le monde arabe et l’une des premières dans le monde.

— 1500 personnes sont en grève dans l’usine de coton et de lin de Mahala.

— 2000 sont sorties de l’usine de médicaments de Sigma.

— 250 journalistes se sont réunis afin d’obtenir le quorum pour l’assemblée générale extraordinaire qui permettra de démettre l’actuel président du syndicat, l’officialiste Mohammed Makram, élu l’an dernier lors d’une élection dénoncée comme frauduleuse.

— 3000 travailleurs du secteur ferroviaire demandent une augmentation des salaires, entre autres demandes.

— 6000 travailleurs de l’Autorité du canal de Suez ont manifesté dans les villes de Port-Saïd, Suez et Ismaïlia exigeant de meilleurs salaires et rappelant que c’est l’une des plus importantes sources de revenu du pays. Revenus destinés exclusivement aux dépenses présidentielles.

— Omar Effendi, une sorte Galeries Lafayette locale, a aussi connu des grèves et des mobilisations. Il existe des informations sur celles qui ont eu lieu à Alexandrie.

— Plusieurs centaines de travailleurs de la soie et des filatures à Kafr el Dawar ont fait des débrayages au changement d’équipe pour réclamer le paiement des salaires impayés et des indemnités accrues.

— Les postiers à Sharqeya sont également en grève.

— 3000 habitants du quartier de Zarzara ont brûlé bâtiment du gouverneur de Port-Saïd en découvrant qu’en raison de la corruption, il avait été prévu de transformer leur quartier en décharge.

— 4000 travailleurs du nettoyage ont manifesté aujourd’hui à Alexandrie.

— 800 travailleurs des compagnies pétrolières ont manifesté à Behera, près d’Alexandrie.

— En relation à ceci, un millier de personnes du quartier du Max, à Alexandrie, ont manifesté pour demander que les compagnies pétrolières qui travaillent là, les prennent en considération pour l’indemnisation accordée dans les situations de risque écologique et de santé dans lesquelles ils vivent.

— 500 personnes se sont rassemblées dans un hôpital d’Alexandrie exigeant des augmentations de salaire.

— Les travailleurs des centres d’information, sorte de collecteurs d’informations pour les enquêtes et les statistiques, ont repris la lutte pour des améliorations concernant leur travail. Leur lutte a été l’une des plus importantes et les plus longues l’an dernier de l’année passée.

— 500 centres de santé de soins primaires du Croissant-Rouge étaient en grève contre les dirigeants corrompus de cet organisme.

— Selon Al-Jazira qui l’a annoncé, les postiers au Caire ont rejoint les mobilisations.

— À l’aéroport du Caire, des grèves ont éclaté dans des sociétés de services ou de sécurité.

— Des fonctionnaires du département des statistiques gouvernementales ont également manifesté dans la capitale.

— Des grèves ont également été signalées dans une société gazière dans la région du Fayoum (150 km au Sud-Ouest du Caire).

— Mouvement aussi dans l’usine pharmaceutique Sidna de Quesna
.

— Grève dans les arsenaux de Port Saïd
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Dans le sud du Pays (Haut-Nil) des manifestations de paysans ont été rapportées. 8000 personnes, dont une majorité de fermiers et d’ouvriers agricoles, ont bloqué la route principale et le chemin de fer avec des barricades de palmiers enflammés (d’après AP). En fin de journée, les affrontements dans la région de El Wadi el-Gedid se poursuivraient…

Vous voyez cela est irrépressible et difficile à quantifier. Je pense qu’il y a beaucoup plus de luttes, mais ce sont celles que j’ai pu trouver pour le moment. Je mettrai à jour au fur et à mesure. Préciser que Helwan est l’un des trois gouvernorats qui divisent le Caire (ou le Grand Caire, comme ils l’appellent).

Bien comprendre aussi qu’une partie de ce soulèvement est le résultat de l’insurrection de Mahala en 2008. Une insurrection entièrement ouvrière qui, avec le mouvement contre la guerre en Irak, a reconfiguré l’activisme égyptien. Aujourd’hui, ils sont en train de recueillir ces fruits. 



Ajouter, avant de clore, que l’Égypte a commencé à voir clairement que le départ du raïs est inévitable. Du moins, c’est ainsi que la rue le sent. Un exemple : la tentative de la pop star Tamer Hosny d’entrer sur la place Tahrir. Au début de l’insurrection, il a exprimé son soutien pour le régime. Comme il a vu que celui-ci vacillait, il a tenté de se rapprocher des rebelles dans un acte d’opportunisme absurde. Les gens, évidemment, l’ont sifflé et il a dû quitter la place en pleurant, comme on a pu le voir à la télévision.

Source : http
www.egiptebarricada.blogspot.com/

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