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Europe

L’amour de l'Union Européenne ne s'achète pas ; le cas des supporters du Brexit du comté de Cornwall

Joshua Chaffin, ft.com 17 mai 2016 | Traduction, Alexandra Cyr

Penryn, était une ville portuaire sur le déclin dans le comté le plus à l’ouest d’Angleterre, Cornwall. L’argent de l’Union européenne s’y déploie un peu partout. Elle y a investit 100 millions de livres pour la construction d’un tout nouveau campus universitaire sur la colline qui domine la ville. Au bord de l’eau, l’Union a aidé à transformer un quai décrépit en un espace de bureaux ultra modernes. Elle a payé pour la réfection des routes et des chemins de fer. Elle a, en plus, dépensé 50 millions de livre pour équiper cette région isolée de connections internet à haute vitesse ; il n’y en avait que quelques unes au paravent.

Malgré tout, plusieurs dans cette ville sont prêts-es à voter pour la séparation d’avec l’Union européenne lors du référendum du mois prochain. Cette situation est si étrange que les résidents-es de la ville qui y sont installés-es depuis longtemps se grattent la tête pour tenter de comprendre. Caroline Cox, qui aide à gérer le Jubilee Wharf Developpement financé en partie par l’Union européenne, déclare que cette position est complètement étonnante.

Au cours du cycle financier 2007-13, le comté de Cornwall qui ne compte que 530,000 habitants-es a reçu la plus grande part de l’aide européenne au Royaume uni, soit 654 millions d’euros ; il est le plus grand bénéficiaire de cette aide. D’ici 2020, l’UE s’est engagée à y dépenser 600 millions d’euros de plus soit environ 1,209 euros par personne. Cornwall demeure donc une preuve que l’argent n’achète pas l’amour.

Cinq sur six des députés de la région soutiennent la sortie de l’UE. Ceux et celles qui continuent à défendre le maintient dans l’UE paniquent quand les partisans-es de la sortie se font de plus en plus nombreux-euses. Peter Moody, propriétaire d’une imprimerie raconte que sa propre conjointe est pour la sortie : « Je n’arrive pas à y croire. J’en tombe en bas de ma chaise ». Pour sa part, il ne voit pas comment les risques liés à la sortie peuvent dépasser les bénéfices potentiels (du maintien dans l’UE).

Il semble que beaucoup dans Cornwall soient motivés par des facteurs moins quantifiables. La région a traditionnellement vécu de la mer. Les politiques européennes sur la pêche rendent les résidents-es furieux-euses. Ces politiques auraient favorisé les flottes françaises et espagnoles à leurs propres dépends. C’est également dans Cornwall que l’on trouve un très grand taux d’insatisfaction envers le gouvernement et les élites égal à celui ailleurs dans le monde occidental. Cette grogne a fait, par exemple, qu’on a refusé à des riches de l’extérieur d’y acheter des maisons. La campagne (référendaire) ne fait que jeter de la lumière sur les passions centrées sur les identités, qui ne sont guère en phase avec les fonds pour le développement ou les projections économiques.

Le comté de Cornwall est au bout nord-ouest d’une région éloignée de l’Angleterre avec son héritage unique et sa propre langue. On ne s’y est pas toujours identifié comme « Anglais-se » avec enthousiasme, encore moins comme Européen- ne.

Mais il y a quand même un certain nombre d’électeurs-trices qui soutiennent fortement le maintient dans l’UE. Elle a donné un soutient financier à cette région qui se débattait pour regagner de la prospérité depuis la fermeture des mines d’étain du 19ième et 20ième siècle. Bert Briscoe, poète et musicien, membre indépendant du conseil de Cornwall, remercie Bruxelles pour avoir soutenu le développement de l’identité culturelle du comté : « Cela nous a permis de nous voir différemment. Maintenant plus de gens veulent demeurer ici que partir. C’est un tournant super important ». Il est convaincu que les deux plus récents investissements européens dans le comté, (le lien internet à haute vitesse et le campus universitaire) vont transformer la région. Cela permet à des jeunes talentueux-ses de démarrer des entreprises plutôt que de s’ajouter au flot de partants-es qui a commencé avec l’effondrement des mines d’étain.

La Falmouth University de Penryn et son campus, construits sur le site d’un ancien couvent, n’existent que depuis 2001. L’UE a donné à ses 5,000 étudiants-es leur école de cinéma et de télévision, une installation en arts de la scène avec des studios d’enregistrement à haut niveau de performance et plus encore. Le bâtiment de l’administration, avec ses solives en bois blond et ses fenêtres où l’entrée de la lumière s’ajuste automatiquement tout au long de la journée, à l’air d’avoir été apporté depuis Berlin. Dehors, un drapeau de l’UE flotte rappelant la contribution de Bruxelles. D’autres plaques de rappel sont distribuées un peu partout sur le campus. La vice- chancelière de l’université, Mme Anne Carlisle, les trouve un peu insistant pour l’installation de ces plaques. Cela semble une bien petite nuisance pour ce projet qui devrait relever les standards du comté, la région avec la plus petite proportion de diplômés-es universitaires de tout le Royaume uni. Mais, en 2011, une étude, largement publicisée, montrait que malgré tout le financement européen, Cornwall n’avait pas amélioré son PIB per capita. La création d’emplois est au-dessous des prévisions. « Je vous l’avais bien dit » répète M. Kim Conchie, p.d.g. de la Chambre de commerce de Cornwall.

L’argument massue des partisans-es de la sortie de l’UE qu’à utilisé l’ancien maire de Londres, M. Boris Johnson quand il est passé à Cornwall pour donner une poussée à cette campagne, est que le Royaume uni pourrait mieux investir dans ses régions si sa monnaie n’avait plus à faire avec Bruxelles.

Ni M. Conchie, ni Mme Carlisle n’en sont convaincus. Selon M. Conchie : « L’UE à bien mieux fait que notre propre gouvernement, pour prendre la richesse des plus aisés-es et l’amener dans les parties les plus pauvres d’Angleterre. Il semble qu’un grand nombre de personnes de Cornouailles ont travaillé contre nous dans cette affaire. Peut-être ne savons-nous pas tout à propos de cet argent qui nous est venu de l’UE et dont une partie a servi à tenter de le faire dérailler ».

Peu de gens à Penryn voient ce genre de financement comme un argument convaincant (en faveur du maintient dans l’UE). Quand, l’an dernier, David Seabourne, un marchand de poisson s’est adressé à l’UE pour de l’aide pour le déménagement de son commerce, il a trouvé qu’il « y avait tellement de bureaucratie et de niveaux à passer que j’ai décidé de m’arranger par moi-même ; c’était plus facile ».

Même lorsqu’il examine l’entente avec l’UE pour la transformation d’une cour à charbon abandonnée au coût de 600,000 mille livres, M. Seabourne n’est pas content. La cour a été transformée en un complexe résidentiel et en une zone de bureaux. Pour lui : « Si cet argent avait été tiré des fonds du Royaume uni, sur la plaque on lirait : Avec l’argent britannique ». Quand on lui demande comment lui et son personnel vont voter le mois prochain, il répond sans hésitation « Pour la sortie » !

Note de la traductrice : vendredi le 20 mai, les sondages, selon ce site, donnait le maintient du Royaume uni dans l’UE gagnant à 47% contre 40% pour la sortie.

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